‹ La jeunesse de StendhalChapitre 181 sur 288 · août 17'JG · texte numérisé non relu

août 17'JG

4. Chaque année désormais, une cérémonie semblable marquera l'ouverture des cours.

Juiy et le Département ont choisis pour... vous ouvrir la carrière brillante des sciences, des lettres et des arts ; la réunion de leurs talents... bientôt nous procurera le complément... de régénération qui doit fonder le bonheur du peuple sur ses vertus, et ses vertus sur ses lumières. »

A son tour le Commissaire du Pouvoir exécutif adressa un appel ému à cette « jeunesse intéressante, douce espérance de la patrie ». Puis, se haussant à la prosopopée, il évoqua la Cité de Grenoble : « Tu fus jusqu'ici le modèle et l'exemple de la sagesse et de la modération ; tu vas renfermer dans ton sein l'école des sciences ; fais qu'elle soit aussi l'école des mœurs et de la vertu. »

Enfin le docteur Gagnon prit la parole, et la fine raison de son langage fait un étrange et plaisant contraste avec la sensibilité excessive de ceux qui l'avaient précédé. Comme il était permis, en 1796, de stigmatiser la Terreur, il rappela d'abord quel mal elle avait causé à l'instruction, en faisant périr savants et artistes ; puis il dit l'impatience des jeunes gens à voir s'ouvrir les écoles centrales : u nos jeunes citoyens, en effet », savent « que les sciences agrandissent la pensée, que les lettres font le charme de la vie ». Aussitôt il entreprit l'éloge de celleslà : « c'est à des citoyens absorbés dans l'étude que nous devons une grande partie des brillants succès de nos armées » ; et M. Gagnon cita les aérostats et le télégraphe, les progrès de l'artillerie, et les bienfaits des chimistes fabricateurs de la poudre à canon. Alors, s'élevant jusqu'à la philosophie des sciences, il en montra les progrès rapides K depuis qu'on avait abandonné les systèmes pour chercher la vérité par la voie de l'expérience. » Enfin il conclut en espérant qu'une bonne éducation formerait « la nouvelle génération aux vertus républicaines. »

Et ]\I. Dubois-Fontanelle fit encore après lui un discours ^.

1. Brochure contenant le récit de la séance, dans les Archives de l'Isère, L378.

Beyie se souvenait vaguement de cette pompeuse cérémonio (//. Br., I, 00 , 238).

BEYLE A l'école CENTRALE 243

L'Ecole centrale s'ouvrit le 1^^ frimaire an V (21 novembre 1796) ^, dans les immenses bâtiments, d'une monotonie lugubre, construits par les Jésuites pour leur collège Royal-Dauphin ^.

Les « jeunes citoyens » n'étaient pas « tous accourus « pour se faire admettre, mais pourtant, dès le premier trimestre, on put compter 126 inscriptions. Le registre avait été ouvert le 30 brumaire. « ^larie Henry Bayle, âgé de 14 ans », fut le quinzième à donner son nom ^. Il n'attendit donc pas, comme il l'a écrit, le printemps, et malgré Séraphie, encore vivante, quoi qu'il en ait dit, il entra à l'Ecole centrale le jour même de son inaugmation *. Quand même la mode ne s'en fût pas mêlée, et n'eût pas décidé le consentement de Chérubin Beyie ^, le petit-fds du Docteur Gagnon ne pouvait bouder l'Ecole centrale.

Beyle, d'après son âge, aurait dû entrer dans la deuxième section ^, réservée aux études de sciences. Mais la règle était mal observée à Grenoble, et, en même temps qu'il suivait un cours de mathématiques, comme il convenait, il faisait encore partie d'une classe de latin et

1. Les cours se terminaient à la fin de fructidor; l'année scolaire comptait ■donc dix mois.

2. Prudhomme, oui>. cit., 654. Mais M. Prudhomme donne, :': tort, je crois, la date du 11 frimaire.

Les bâtiments de l'Ecole centrale subsistent encore aujourd'hui à peu près tels que Stendhal les a connus. Ils servent maintenant au lycée de jeunes filles.

3. Registre des Inscriptions, aux Archives de l'Isère. — L'inscription coûtait ■6 fr. 05. On devait s'inscrire à chaque trimestre. Mais la plupart des élèves (Beyle n'était pas de ceux-là) négligèrent cette formalité.

La première année, l'Ecole centrale compta 176 élèves. En l'an VI, il y en ■eut 196, et 266 en l'an VII. Mais cette prospérité n'empêche pas le Clairvoyant (18 messidor an VI) de gémir sur l'injuste « défaveur » qui « plane » sur les écoles républicaines.

4. Les souvenirs de Beyle sur ce point sont très confus et contradictoires. Tantôt il place ses débuts à l'Ecole centrale en « 1794 ou 95 », et tantôt « vers 1797 ». [H. Br., I, 125, 235, 242.) Mais les archives de l'Isère nous permettent ■de négliger les caprices de sa mémoire.

5. D'après Colomb, qui d'ailleurs, bien qu'il ait été condisciple de Beyle à l'Ecole centrale, multiplie sur ce chapitre erreurs et bévues.

« Mon père, écrit Beyle, se borna à dire des mots profonds et sérieux sur le danger des mauvaises connaissances pour les mœurs. » [H. Br., I, 238.)

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