JI. Chuquct a déjà romarqué cette confusion
'J. Lettre du 17 vendémiaire an VII, aux professeurs des Ecoles centrales. (Arch. de l'Isère.)
BEVLE A l'École centrale 245
Ces fêtes donnent à l'Ecole centrale sa physionomie originale et plaisante. Sans doute les philosophes qui l'avaient fondée avaient apporté da:is l'enseignement bien d'autres nouveautés plus sérieuses. Mais ce pittoresque naïf ne doit-il pas lui gagner tous les cœurs?
Aussi l)ien la sollicitude gouvernementale ne prit jamais autant de soins pour amuser les populations. Jamais il n'y eut tant de cérémonies touchantes, tant de cortèges fleuris, tant de fanfares, de chants et de discours. Fêtes essentiellement moralisatrices, d'ailleurs, et qui, par des spectacles vertueux et sensibles, devaient tour à tour inspirer aux spectateurs des pensées philosophiques, ou mouiller leurs yeux de larmes pieuses.
Les maîtres et les élèves de l'Ecole centrale étaient les figurants obligés, et le plus souvent les acteurs convaincus, de ces divertissements patriotiques. Est-il besoin de le dire? Nul ne songeait alors à la neutralité. Le premier devoir des professeurs comme de leurs disciples était de haïr la royauté ^, et de desservir fidèlement le culte décadaire ^. L'Administration centrale prenait même, le 19 brumaire an VII, un arrêté pour prescrire aux membres du jury d'instruction et aux professeurs « de se rendre en corps et de conduire les élèves, chaque jour de décadi ou de fête nationale, à la salle décadaire ». Et l'on devait noter soigneusement les élèves absents ^.
Comment Beyle n'a-t-il gardé nul souvenir de ces pieuses cérémonies, où son grand-père comme lui-même
1. « Tous les professeurs s'attacheront particulièrement à inspirer dans leurs leçons la haine de la royauté, l'amour de la patrie, et les vertus républicaines. » {Arrêté de l'Admin. centrale, du 19 brumaire an VII, titre XVI.) Cette intolérante partialité est surtout visible dans les programmes d'histoire (voir le Procès-verbal de la distribution des prix faite en l'an VI, Arch. de Gren., LL 223). Les lettres circulaires envoyées aux professeurs en l'an V, l'an VI et l'an vu par les ministres successifs de l'Intérieur montrent combien l'enseignement tout entier demeurait un enseignement de doctrine. Tout candidat à l'Ecole Polytechnique doit être ^< porteur d'une attestation de la municipalité » prouvant » qu'il a constamment manifesté l'amour de la liberté et de l'égalité, et la haine des tyrans. » (Arch. de Gren., LL 224.)
2. Sur le culte décadaire, les fêtes, et particulièrement le rôle de François de Neutchâteau, voir A. Mathioz, La Théophilanthropie et le culte décadaire : Paris, 1904, in-8^. (Lire surtout pages 429 et suiv.)