Voir le Clairvoyant du 16 germinal an VII
sa dictée ^, son propre cours manuscrit -, et ce même cours publié en 1813, par les soins de son petit-fds ^.
Dubois-Fontanelle semblait prendre au sérieux son jeune auditoire * ; il lui faisait ce que nous appellerions aujourd'hui un cours de faculté ^. C'est qu'en réalité il
1. Ces noies ne sont que le résumé du cours, mais un résumé qui semble avoir «té dicté par le maître à la fin de chaque leçon. Le travail de l'élève consistait seulement à abréger encore le sommaire du professeur. (Nous avons souvent un premier brouillon de Beyle, probablement celui qu'il avait pris sous la dictée, puis une rédaction plus concise, et écrite avec plus de propreté.)
Dubois-Fontanelle a expliqué sa méthode dans sa préface (t. I, p. ix) : Les élèves, « invités à faire par écrit le résumé [de la leçon]... qu'ils venaient d'enîendrc, apportaient ce travail à la leçon suivante. Pour le leur faciliter, on leur donnait quelques notes qui leur en rappelaient les objets, et l'ordre dans lequel ils devaient être classés... »
Les différentes rédactions de Beyle couvrent environ 150 pages, dispersées au hasard dans les manuscrits de Grenoble. Quelques-unes font double emploi ; elles sont de tous les formats. En voici la liste :
1° R 5896, tome I : Six pages de notes sur la poésie lyrique, datées du 19 prairial an VL 2° R 5896, tome XV : Dix grandes pages (tragédie, comédie et drame), datées
du 9 et du 19 floréal an VI.
3° R 5896, tome XXV : — Notes sur « l'art d'écrire » : 29 frimaire an VL
— « Premier cahier d'extraits » : notions préliminaires d'un cours sur l'éloquence, datées du 19 frimaire an VL
— « Deuxième cahier d'extraits » : huit pages d'une écriture extrêmement fine, contenant le résumé de cinq leçons (de la troisième à la septième).
— Brouillon pour la fin de l'oxlralt précédent.
— Cinq pages de brouillon du même cours sur l'éloquence.
•4° R j896, tome XXVI : — Un cahier d'une cinquantaine de pages, résumé d'un cours sur la tragédie et la comédie.
— Un cahier de plus de trente pages (suite du précédent), sur la comédie, le drame, l'opéra, la poésie pastorale et la satire.
— Un cahier d'une trentaine de pages : notions préliminaires sur l'éloquence (répétition des 3'^, 4'^ et 5^ leçons, déjà contenues dans le tome XXV ; quelques adjonctions) ; — une leçon sur l'imagination, du 9 nivôse an VL
2. A la biblioth. de Grenoble, avec un portrait du maître, en costume d'inlérieur, à sa table de travail.
3. Cours de Belles- Lettres, par J. G. Dubois-Fontanelle, ancien professeur de belles-lettres à l'Ecole centrale du département de l'Isère, professeur d'histoire, doyen de la faculté des lettres de l'Académie de Grenoble, conservateur de la Bibliothèque publique et membre de la Société des sciences et des arts de la même ville : Paris, Duf our, 4 vol. in-8".
4. Beyle, son élève en l'an VI, n'avait encore que quinze ans. Mais, régulièrement, la troisième section, à laquelle appartenait le cours de belles-lettres, devait être réservée aux élèves de plus de seize ans.
5. Le cours de belles-lettres avait lieu tous les deux jours, de dix heures à midi.
BEYLK A l'École centrale 2GÎ
parlait surtout pour ces « amateurs des deux sexes » qui venaient en foule à ses leçons. Quant à ses élèves véritables, il leur demandait seulement de bien suivre et de bien s'assimiler son enseiirnement. Nulle trace d'exercices proprement scolaires. Et il n'est pas sans intérêt de savoir que Beyle ne fit sans doute à l'Ecole ni dissertations ni discours ^. Il ne pouvait donc apprendre à écrire qu'en écoutant son maître, et en prenant exemple sur son éloquence, une éloquence prolixe, grave et pompeuse. C'est d'ailleurs ce qu'il ne fit point. Beyle, grâce à une telle méthode, ne sut pas l'orthographe ; mais peut-être, ne s'étant jamais exercé à la composition et au développement, aura-t-il gardé, mieux qu'un bon élève de nos écoles, toute l'originalité d'une pensée qu'aucune habitude scolaire ne disciplina jamais. On ne trouvera dans ses livres ni plan, ni style. C'est un moyen d'être soi-même.
Si Dubois-Fontanelle ne daignait point donner des devoirs à ses élèves, son cours du moins était savant et vraiment complet. Toute la littérature, de tous les temps et de tous les pays, passait devant ces jeunes esprits insufiîsamment préparés.
L'antiquité avait naturellement la première place ^. Dubois-Fontanelle, pur classique, admirait les Anciens, mais avec liJDcrté ; et il déclarait à l'occasion que les modernes les avaient surpassés quelquefois ^.
1. Il était dit seulement, dans un arrêté de l'Administration centrale du 19 brumaire an VII : « Le professeur aura... soin de faire extraire et analyser par ses élèves de bons discours et de bons livres. » A vrai dire, il était bien prescrit, à tous les professeurs sans distinction, d'exercer les élèves à lire à haute voix, à écrire sous la dictée, « en observant l'orthographe «, à dicter à d'autres, à parler en public, « enfin à rendre compte par écrit, avec précision, de ce qu'on peut leur demander, de ce qu'ils ont appris, de ce qu'ils ont à demander ou à apprendre à d'autres. » Mais ces prescriptions générales, s'adressant à tous, n'étaient peut-être suivies par personne. Dans tous les cas, on ne voit nulle trace de composition personnelle.
2. Dubois-Fontanelle ne suit pas un ordre historique. Il étudie les genres littéraires et leurs principes, ilais, à propos de chaque genre, il énumère ceux qui l'ont illustré. Son premier volume est une rhétorique ; il consacre le deuxième à l'épopée et à la traï^édie ; le troisième à la comédie, au drame, à l'opéra, à la poésie lyrique, et à la poésie didactique ; le quatrième à l'apologue et au conte, à l'histoire, au roman, et à la critique. — Les citations sont fréquentes et copieuses.