‹ La jeunesse de StendhalChapitre 202 sur 288 · H. Br., J · texte numérisé non relu

H. Br., J

2. L'abbé Gattel avait jadis publié un dictionnaire espagnol. Ce n'était point suffisant pour inspirer à Beyle le goût de l'espagnol, que d'ailleurs il n'a jamais eu.

3. Il avait publié son dictionnaire espagnol-français et français-espagnol en 1790 (Lyon), et fit paraître, au temps même où il était le professeur de Beyle, un Nouveau dictionnaire portatif de la langue française (1797, 2 vol. in-8°), qui fut réimprimé en 1813, 1819, 1827, et 1844. « M. Gattel, écrit Beyle, avait fait un fort bon dictionnaire où il avait osé noter la prononciation, et dont je me suis toujours servi. » (//. Br., I, 239-240.) L'abbé Gattel publia encore un dictionnaire angleds-espagnol, et une grammaire italienne *.

11 deviendra proviseur du lycée de Grenoble, et mourra en 1812.

* Que Beyle, officier de dragons, emportera dans ses bagages (voir l'appendice).

double objet de ses études passées, on le chargea de professer cette science ^, renouvelée par les idéologues, qui aurait pu s'appeler la philosophie de la grammaire.

La grammaire générale a depuis longtemps quitté les programmes d'études. On le peut regretter. Intermédiaire naturel entre les lettres et la philosophie, elle faisait la conclusion normale des premières, et une utile préparation à la seconde. C'était une sorte d'analyse logique approfondie. Elle considérait philosophiquement les différentes parties du discours ; elle décomposait les éléments de la phrase ; en analysant le mécanisme de l'expression, elle analysait le mécanisme de la pensée ; elle conduisait ainsi, d'une marche insensible, l'étude de la langue jusqu'à celle de la logique même, qui n'était plus que la suite immédiate et la facile conséquence de la première.

Les éducateurs de la fin du xviii^ siècle attachaient, non sans raison, une importance extrême à semblable exercice. Ils comprenaient tout ce que l'esprit pouvait y gagner de fme précision, de clarté, de rigueur. Comment ne pas admettre que Beyie en ait profité, si justement pareils mérites ont été les siens ^ ? Croyons donc que la grammaire générale ^ et le cours de l'abbé Gattel ont servi à l'aménagemeiit de cette intelligence lucide *.

Mais l'abbé Gattel n'enseignait pas seulement à ses élèves la grammaire générale au sens précis et étroit du mot. Les fondateurs de l'Ecole centrale, en faisant de

1. Son cours avait lieu, les jours impairs, de 8 heures à 10 heures.

2. Et ceux qu'il a aimés. Chacun sait combien la Logique lui était chère. « Ce mot revenait souvent clans sa conversation, et ses amis se souviennent de Temphase particulière qu'il mettait à le prononcer lentement, séparant les deux syllabes par une virgule : la Lo, gique. » (Mérimée, Noies el souvenirs, en tète de la Corresp. inédite, IX.)

3. Beyle gardera un goût très vif pour la grammaire générale. Quand Destutk de Tracy publiera la sienne, en 1803, il l'achètera, et trouvera le livre si passionnant, qu'il entreprendra d'enseigner la grammaire et l'idéologie à sa maîtresse. [Corr., I, 196.)

4. L'abbé Gattel ne fut pas seulement son professeur de grammaire, mais encore son conseiller et son guide dans l'étude des lettres. C'était une partie de son enseignement que « de donner de temps en temps à ses élèves de bons discours et de bons livres à extraire et à analyser. » [Arrêté de l'adni. centrale, 19 brum. an VII.) Nous le voyons même plus tard indiquer des lectures à Beyle. (Corr., 1, 20G-207.)

BEYLE A l'École centrale 281

cette étude le couronnement de leurs programmes, avaient entendu y mettre autre chose encore que de la grammaire. C'est du moins ce qu'allirme Destutt de Tracy, bien qualifié pour le savoir, puisqu'il avait pris la plus grande part à la création du nouvel enseignement ^. Il définit ainsi, dans la préface de son Idéologie ^, le vrai rôle de la grammaire générale :

«... les auteurs de la loi du 3 brumaire an IV... avaient établi une chaire de grammaire générale dans chaque école centrale : je comprenais par là qu'ils avaient senti que toutes les langues ont des règles communes qui dérivent de la nature de nos facultés intellectuelles, et d'où découlent les principes du raisonnement ; qu'ils pensaient qu'il faut avoir envisagé ces règles sous le triple rapport de la formation, de l'expression, et de la déduction des idées, pour connaître réellement la marche de l'intelligence humaine, et que cette connaissance, non seulement est nécessaire à l'étude des langues, mais encore est la seule base solide des sciences morales et politiques dont ils voulaient avec raison que tous les citoyens eussent des idées saines, sinon profondes ; qu'en conséquence leur intention était que, sous ce nom de grammaire générale, on fît réellement un cours d'idéologie, de grammaire et de logique... »

L'abbé Gattel se conformait scrupuleusement à ces intentions ; on en sera persuadé en lisant le programme de ses leçons ^, dressé par lui-même, et que Destutt de Tracy aurait pu signer :

« Le cours s'ouvrira par une introduction sur les facultés et les opérations de l'esprit humain, tirée principalement des ouvrages de Locke et de Condillac. A cette analyse de la pensée succédera celle de la parole qui, dans quelque langue que ce soit, n'est que la pensée elle-même

1. Beyle appelle les Ecoles centrales 1' « admirable ouvrage de M. de Tracy. » {H. Br., I, 106.) Cf. p. 237 : « ... j'appris de M. de Tracy que c'était lui, en grande partie, qui avait fait la loi excellente des Ecoles centrales. »(De même p. 27.)

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