H. Br., I
3. H. Br., I, 79. Cependant Beyle parle ailleurs de l'enthousiasme de son père pour quelques écrivains, Jean-Jacques, Bourdaloue.
4. D'après Berriat Saint-Prix, et quelques autres témoignages dauphinois.
5. C'est ainsi que les Gagnon et les Beyle méprisaient les Bigillion, qui étaient de simples « bourgeois de campagne, n {H. Br., I, 297.) Ici encore, Beyle et Berriat Saint-Prix sont d'accord.
a II faut convenir, écrit Beyle, que c'était un plaisant animal qu'un bourgeois de France vers 1794,... se plaignant amèrement de la hauteur des nobles et entre eux n'estimant un homme absolument qu'à cause de sa naissance... etc. » (H. Br., I, 308.)
LES ORIGINES d'hENRI BEYLE 19
une montée de jalousies mesquines, et d'ambitions jamais découragées. Les petits intérêts et les vanités basses se disputaient sans cesse ; on y dépensait des trésors de diplomatie et de mécbanceté.
Mais la bourgeoisie de robe surtout, habituée aux subtilités de la procédure, mettait à se distinguer des autres une opiniâtreté minutieuse. Elle était aussi portée à mépriser le reste des bourgeois et à les écarter que les membres du parlement avaient soin de la tenir elle-même à distance. On y vivait donc en un mélange de dédain aristocratique et d'envie, envie que venaient consoler de secrètes espérances. Car il n'était pas sans exemple qu'un avocat de talent, riche, et de bonne famille, fût admis à pénétrer dans ce monde si fier et si fermé des conseillers au Parlement.
Ce mépris pour les bourgeois de bas-étage y entretenait une certaine distinction conventionnelle et guindée. On voulait, par les façons, être les égaux de ces nobles parlementaires, que l'on frôlait tous les jours sans pouvoir se mêler à eux. Les hommes, grâce à leur métier, les fréquentaient bien au palais ^, mais les femmes étaient soigneusement tenues à l'écart. Et la vanité féminine, sans cesse blessée, venait ajouter ses petitesses à l'orgueil ambitieux et souvent froissé des maris. Elles excellaient dans cette longue bataille ; c'était, avec la galanterie, leur meilleure distraction. Elles y mettaient une passion, un entêtement, un sens subtil des nuances, qui leur donnaient souvent la victoire.
Le sentiment de la famille, l'orgueil du nom, venaient encore soutenir cette émulation. Le fils devait succéder au père, et, s'il se pouvait, aller plus haut que lui. Les mères étaient plus ambitieuses encore que les épouses. Quelle gloire enfin quand une femme d'avocat, une bourgeoise, qui avait été bien souvent éclaboussée par la voiture de
1. L'exercice même de leur profession amenait parfois des heurts entre les Parlementaires et les Avocats. Ainsi y eut-il une grève d'avocats pendant presque toute l'année 1780. D'autres conflits furent moins graves et plus comiques. (Voir, dans le Bulletin de l'Académie delphinale de 1892, les deux discourg déjà cités.)
Madame la Conseillère ^, tandis que l'usage la condamnait à patauger dans la boue, pouvait faire arriver son mari ou son fds à la chambre des comptes, dont les charges conféraient la noblesse, ou, mieux encore, au Parlement ^, orgueil de cette « capitale ».
Chérubin Beyle avait sans doute pour son fils les mêmes ambitions et les mêmes espoirs. N'est-ce pas afin de lui laisser sa charge d'avocat qu'il renonça lui-môme à entrer dans les ordres, après la mort de sa femme ^? « Mon père, a dit et répété Stendhal, m'aimait comme le soutien de son nom, mais nullement comme fils *. »
Ainsi que tous les bourgeois, ceux-ci avaient un désir douloureux de cette particule noble, dont les parlementaires, tout près d'eux, étaient si fiers. Et même, quand ils espéraient posséder bientôt le droit de la porter, ils la prenaient tout de suite, par provision. Mais les vrais nobles se révoltaient contre ces prétentions trop promptes, et défendaient âprement leurs privilèges ^
N'est-ce point ainsi que Chérubin Beyle, vaniteux, mais timide, se contentait de prendre dans les actes le titre de noble ^, et se servait d'un cachet portant ses armoiries '.
1. Berriat Saint-Prix nous montre les rêves qui enchantent une de ces bourgeoises ambitieuses ; « ... elle braverait dans une voiture élégante les intempéries des saisons auxquelles l'opinion condamne sans refuge et sans appel les bourgeoises de province. » (I, 20.)
2. « On recevait quelquefois au parlement des entants d'avocats célèbres et riches, et ceux-ci obtenaient eux-mêmes cette faveur, lorsque la disette de juges éclairés dans une chambre faisait sentir le besoin de s'aider de leurs talents. » {L'Amour et la Philosophie, I, 16-17. — Voir sur cette question, plus haut, p. 1(1, note 2.)
3. //. Br., I, 79. Mais voir à ce sujet la note 1 de la page 4.