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5. Berriat Saint-Prix nous montre ce double spectacle. Madame Mérinbert, l'une des héroïnes de son livre, quand son mari lui a promis de tout faire pour devenir conseiller au parlement, se fait appeler aussitôt Madame de Mérinbert. Mais les femmes des conseillers, en vraies jurisconsultes, déclarent qu'elles lui ouvriront leurs portes seulement le jour que son mari deviendra authcntiquemcnt conseiller.
6. Par exemple dans l'extrait de baptême d'Henri Beyle, cité page 70.
A moins qu'il ne s'agisse, comme le pense M. Lanson, de cet usage, signalé par La Bruyère (Des biens de fortune, Périandrc), qu'avaient certains bourgeois de prendre le titre de « noble », pour se distinguer des classes inférieures de la bourgeoisie.
7. « Un grand nombre de lettres écrites par Chérubin Beyle sont scellées d'un cachet » dont les armes ont été « gravées dans l'Armoriai du Dauphiné, de
LES ORIGINES d'hENRI BEYLE 21
Henri Beyle n'aura garde d'oublier en ceci l'exemple paternel. Officier et fonctionnaire de l'Empire, il ne sera plus que M, de Beyle ^.
Ainsi Chérubin Beyle était bien tout entier un bourgeois de Grenoble, non point bourgeois seulement, mais bourgeois du palais, bourgeois tout frotté de noblesse, bourgeois et avocat consistorial. Il a de ce monde très spécial les goûts et les tares, le langage et le tour d'esprit, la culture et les passions, les vertus et les ridicules. C'est par lui que ce monde d'avocats ira jusqu'au petit Beyle^ mettra jusque dans son esprit quelques idées et quelques façons de penser, mais surtout, par son formalisme, sa rigidité, ses préjugés étroits et sa bourgeoise aristocratie, viendra gêner et étriquer cette âme trop vive et trop tendre.
Mais par Chérubin Beyle devait pénétrer encore jusqu'à son fds un nouvel afflux d'idées et de sentiments, tout autrement profonds que les habitudes d'esprit acquises dans une classe sociale ou dans une profession. Je veux parler de l'âme dauphinoise ^.
M. Rivoire de la Bâtie, p. 76, » écrit M. Maignicn {oiw. cil.). Il les décrit ainsi ; « D'argent au chevron de gueules, accompagné do trois roses de même, au chef de gueules chargé de trois étoiles d'argent ».
Est-ce à cause de ces armes qu'Alfred de Bougy admet la noblesse de la famille Beyle ? [Stendhal, sa vie el son œuvre, broch. iu-S", Paris, 1868, p. 30-31.)
1. Les biographes de Beyle se sont souvent trompés en racontant ses prétentions à la noblesse. Elles apparaissent pour la première fois, semble-t-il, quand Beyle, intendant à Brunswick, en 1808, signe De Beyle toutes ses lettres ofTicicllcs. (Voir à la bibliothèque de Grenoble, R 296. — !M. Cordier avait déjà signalé le fait dans Stendhal et ses amis, 31.)
h' Alinanach Impérial ne connaîtra plus que M. de Beyle.
A en croire Colomb, qui a déjà rapporté une anecdote fausse sur l'origine de cette particule, les compatriotes de Beyle, en 1814, auraient agrémenté de quolibets les aiïîches qu'il signait de sa signature officielle. Mais le fait est contesté par ]M. Ducoin (séance de V Académie Delphinale du 3 mai 1847).
2. Sur le caractère de la race, consulter : Voyages à travers les Dauphinois, Notes sur le caractère des gens de la province..., par le Sieur Amédée Guérin (M. Guillemin). Ce sont des extraits copieux de tous les écrivains qui ont parlé des Dauphinois.
On le verra bientôt, les Gagnon venaient d'ailleurs ; ils n'avaient pu prendre à leur patrie d'adoption que certains traits superficiels. Mais les Beyle, dauphinois aussi loin qu'on puisse remonter, et tout mêlés à la vie de Grenoble depuis deux siècles et beaucoup plus peut-être, portaient, profondément, toutes les marques de la race. Stendhal nous l'a dit, et tout confirme son dire : « ... mon père... le plus dauphinois des hommes». Mais lui-même, grâce à son père^, garde la môme empreinte ineffaçable.
Personne, il me semble, mieux que Stendhal n'a fait la psychologie de cette race. Le trait essentiel, d'après lui, c'est que le Dauphinois sent profondément, mais reste maître de ses émotions ; il dissimule avec énergie ses ardeurs secrètes. C'est qu'avec une âme sensible, il possède une raison ferme, toujours présente ; cette union remarquable est le signe propre de son caractère ^.
Qui ne reconnaît ici déjà un trait particulier d'Henri Beyle? comme son père, par là surtout il tient au Dauphiné ; et c'est lui-même qu'il définit en définissant ses compatriotes : «... Le Dauphiné a une manière de sentir à soi, vive, opiniâtre, raisonneuse... La nature dauphinoise a une ténacité, une profondeur, un esprit, une finesse que l'on chercherait en vain dans la civilisation provençale ou dans la bourguignonne, ses voisines. Là où le Provençal s'exhale en injures atroces, le Dauphinois réfléchit et s'entretient avec son cœur ^... »
On imagine aisément, d'après ce portrait véridique, tout ce qu'une sensibilité aussi aiguë apporte de délicatesse à la raison, et tout ce qu'une raison si ferme peut
1. Je veux dire grâce à sa naissance; il subit en effet bien peu l'influence du milieu, puisque de bonne beure il fut en antagonisme avec sa famille et sa patrie.
2. Les historiens qui ont étudié le caractère dauphinois lui reco-.inaissent volontiers la raison et la volonté ; ils n'ont pas coutume d'insister comme Stendhal sur la profondeur de sentiment. C'est peut-être qu'il y a là un trait moins facile à discerner pour qui n'a point la pénétration de ce psychologue professionnel. Peut-être aussi Stendhal a-t-il trop prêté à ses compatriotes sa propre sensibilité. — Je n'ai d'ailleurs point ici la prétention de refaire l'étude de l'âme dauphinoise, mais seulement de marquer ce que Beyle en a pu conserver.