L. J. JAY
Correspondant de VInslilul royal de France, de V Académie des Arcades de Rome, de celle des heaux-arls de Pérouse et de Grenoble, ancien professeur de l'école centrale, et ancien conservateur du musée de cette ville.
Même en ce temps de phrases et d'emphase, Jay devait surprendre ses auditeurs par l'excès de sa rhétorique. La prosopopée est son style habituel, et voilà sans doute en quel langage il apostrophait ses élèves : « C'est donc à vous, amans passionnés des beaux-arts, amateurs ou artistes, que je présente la portion la plus précieuse et la moins connue de l'immense héritage que ces grands hommes nous ont laissé ; c'est vous, que je regarde comme mes amis, par l'enthousiasme qui nous est commun, qui communiquerez à d'autres l'instruction que vous y aurez puisée vous-mêmes... Artistes et amateurs ! bientôt vous allez jouir de l'entretien de ces artistes immortels. Bientôt vous allez les entendre ^. . . »
1. Rochas, Biog. du DaupJiiné ; Rapport précilé au préfet de l'Isère. — En l'an VI, ces leçons d'estliétiqiio et d'histoire n'avaient lieu qu'une fois par mois. {Pro;^rammes des cours... pendant l'an VI, Arch. de Grcn., LL 223.)
2. Recueil de lettres sur la peinture, la sculpture et l'architecture, écrites par les plus grands maîtres et les plus illustres amateurs qui aient paru dans ces trois arts depuis le AT'^' siècle fusqu'au Xl'JII'^ : Paris, 1817. — Il avait déjà publié, en l'an IX, une notice sur le musée de Cirenoble. (Grenoble, in-8°.)
o. Fragments de la préface.
BEYLE A L ECOLE CENTRALE
Mais le voici, grave et pénétré, qui affecte le ton de Bossuet achevant l'oraison funèbre de Condé : « Après avoir rendu d'assez longs services aux beaux-arts, si celui-ci devait être le dernier, je n'aurais plus qu'un vœu à former, ce serait qu'ils pussent s'élever dans la France, ma chère patrie, à la hauteur sublime du siècle de Léon X... »
Il s'attendrit : « 0 divin Raphaël, rare et précieux assemblage de la bonté, de la beauté et des talents, peuton jamais assez vous aimer et vous admirer ^ ? »
Ou il s'indigne : « Eh bien ! infâme Lanfranc ! toi et tes complices, êtes-vous satisfaits? Vos noms seront-ils assez en exécration chez les races futures ?... Tes lettres vont reparaître dans une langue répandue chez les nations. Elles y verront ta scélératesse ; et nous applaudirons, si l'horreur que mérite ton nom odieux passe jusqu'à tes ouvrages, tandis que celui du Dominiquin, toujours plus chéri, toujours plus révéré, brillera dans tous les temps d'une gloire immortelle ^. »
Nous ne savons comment Henri Beyle, à quinze ans, jugeait ce galimatias prétentieux. Toujours est-il qu'on retrouve, chez le maître, beaucoup des préférences et des jugements de l'élève ^. Comme Stendhal, L. J. Jay est un passionné de l'art italien, et fait peu de cas, en comparaison, des maîtres de la Flandre et des Pays-Bas ; comme Stendhal, il aime moins encore Boucher et tous les peintres maniérés et mondains du xviii® siècle * ; comme Stendhal, il admire Mengs, chérit le Dominiquin, met Raphaël au premier rang et le préfère hautement à Michel-Ange.
Mais, si l'élève a peut-être gardé quelqu'une des opinions du maître, rendons-lui cette justice, qu'il ne lui prend jamais son style.