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LES ORIGINES d'hENRI BEYLE 23
donner de force et de clarté aux sensations. Julien Sorel sera le chef-d'œuvre de ce type moral.
Sensible et raisonneur, le Dauphinois sait vouloir ^, et sait ce qu'il veut ^ :
« Le Dauphinois réfléchit longtemps avant d'agir, écrit-il dans les Mémoires d'un Touriste^... Les populations du Lyonnais, de la Provence ou de la Savoie ne ressemblent en aucune façon au sagace habitant des montagnes du Dauphiné.
M. Casimir Périer fut une empreinte assez exacte, quoique peu élégante, du type dauphinois ; il savait vouloir, et le voisinage du danger ne troublait point son jugement *... »
Quand on est si avisé, et maître de soi, l'on n'est pas dupe ; Stendhal a vu là encore un des traits essentiels de ses compatriotes ®. Je ne crois guère avec lui que les dix ans de règne du Dauphin, plus tard Louis XI, eussent pu donner à tout un peuple ce caractère, s'il ne l'avait eu déjà ^. Mais Stendhal est moins imprudent quand il voit dans Lesdiguières le plus bel exemplaire de sa race : « brave et jamais dupe "^ ».
1. A cette explication purement psychologique, on peut en ajouter une autre tirée de la géographie. C'est celle qu'à choisie M. J. de Crozals, dans son intéressante étude, où la compilation a une grande part [Le caractère dauphinois. Essai d'ethnologie rvrovinciale, Grenoble, 1894, broch.). Il explique par l'influence de la montagne l'opiniâtreté dauphinoise : « Cette nécessité de renouveler sans cesse un effort maigrement payé fait naître et développe la ténacité, cette volonté froide, constante, tendue vers le but, que rien ne décourage et ne fait fléchir. » (19)
2. Il en résultera que le Dauphinois n'aura point l'esprit large, et ne connaîtra guère la tolérance ; du moins ne sont-ce pas là vertus stendhaliennes.