‹ La jeunesse de StendhalChapitre 246 sur 288 · Quand Saint-André aura cessé d'être le Temple Décadaire · texte numérisé non relu

Quand Saint-André aura cessé d'être le Temple Décadaire

lumière. Nous ne savons si Henri Beyle fréquentait la messe de midi, mais le Jardin de \ille,

Ce jardin, où l'amour a semé le désir 1,

avait été la première conquête de sa liberté. Il y pouvait contempler à son aise la foule élégante.

Au milieu d'elle commençaient, dès l'an V, à apparaître les Incroyables. Une cravate verte au col, un bâton noueux à la main ^, ils se pavanaient aux yeux des belles. Zézayant et plastronnant, ils promenaient par les allées leurs airs languides et leur impertinence agressive.

Mais, parmi les changements de la mode, il était d'anciens rites dont la tradition se conservait. Les premières femmes arrivées s'asseyaient des deux côtés de la large allée qui, encore aujourd'hui, traverse tout le jardin. Les chaises et les bancs, « chargés de jeunes dames élégamment mises, offraient un coup d'oeil ravissant... » Mais tout d'abord personne n'osait se promener, devant tant de spectateurs attentifs : « C'est... qu'on craint le contrôle. Les jeunes femmes, surtout, n'osent quitter leurs bancs que lorsque la promenade est assez garnie pour qu'elles échappent, du moins en partie, à la censure de ceux qui sont assis ^... » Les provinciaux sont timides, parce qu'ils se savent malveillants.

Le jeune Beyle se trouvait assurément parmi les plus timides. Aussi préférait-il les heures où, dans le crépuscule favorable aux rêveries, il pouvait, sans être remarqué, se glisser parmi les promeneurs.

« Souvent... je redescendais en courant pour aller passer une demi-heure à la promenade du Jardin-de-Ville

1. Sur la promenade du Jardin, à Grenoble, poésie publiée en 1797, par Hatot- Rozièrc, dans son livre : Mes riens {Flore lillêraire du Dauphiné, par L. Côte et P. Bcrthet, I, 133.)

Déjà un poète du xvn^ siècle avait consacré trente-deux strophes à Ce beau Jardin, qui ne voit naislre Jamais d'autre chaleur que celle de l'Amour.

2. Le Clairvoyant se moque volontiers de leurs ridicules. Comme cette cravate verte était un insigne politique, la municipalité songea uu instant à proscrire la cravate verte. (Arcli. de Grenoble.)

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