Br., I
2. «... quatre ou cinq mois du bonheur le plus vif et de la sensation de volupté la plus forte... que j'aie jamais éprouvée. » [H. Br., I, 267.)
tout ce qui m'environnait ^, ce [fut] l'époque de la mort de ma haine pour feu ma tante Séraphie ^. »
Cette bienfaisante influence de l'amour, qui rend indulgent et bon, — seulement, peut-être, parce qu'il rend indifférent, — Beyle ne la retrouvera plus qu'une seule fois dans sa vie, quand il aimera Métilde Viscontini.
Un si profond amour se suffit à soi-même ; il est pudique, respectueux, religieux. Beyle aimera toujours ainsi quand il aimera bien. Malgré la réputation détestable de ce roué, l'émule des Faublas et des Valmont, ses plus grandes passions furent chastes ; et l'on compterait dans sa vie plus d'une femme mortellement aimée, dont il n'eut pas un baiser. Aussi Mademoiselle Cubly, qui ignora toujours le plus passionné de ses admirateurs, estelle fort bien à sa place en tête de la liste où Stendhal énumère toutes celles qu'il ne peut oublier. « J'ai été constamment occupé par des amours malheureuses. J'ai aimé éperdument M^^^ Cubly, M*^® de Grisheim, M^^^ de Diphortz, Métilde, et je ne les ai point eues... L'état habituel de ma vie a été celui d'amant malheureux ^... »
Mais, quand il aimait Virginie Cubly, il ne songeait même point à désirer et à souffrir. Comme il l'écrira plus tard, « le bonheur est d'aimer, bien plus que d'être aimé * ». Il connut alors ce bonheur en toute sa délicieuse plénitude.
Cette passion discrète avait pourtant ses tortures : Beyle souffrait pour la réputation de Mademoiselle Cubly, qui sans doute elle-même n'en prenait pas tant de soin. « Si quelqu'un disait la Cubly,... j'éprouvais un sentiment de haine et d'horreur, que j'étais à peine maître de contenir ^. .. » Il eut «■ le courage... de demander si
1. 11 dit encore : « Que j'étais loin de l'envie,... et de songer aux autres de quelque façon que ce fût dans ce temps-là !... » (//. Br., I, 273.)
2. Id., 2G3. — Ce dernier trait pourrait au besoin expliquer la contradiction (juc M. Chuquet a cru voir entre la haine puérile d'Henri Beyle pour Séraphie, et la façon presque bienveillante dont il parle d'elle quelques années plus tard.
3. //. Br., I, 3-4, 17-18. — Et Beyle reconnaît avoir « toujours été un enfant » avec toutes les femmes qu'il a aimées (20).
/j. Napoléon, 216.
ô. //. Bi:, I, 265.
elle avait un amant. A quoi l'interrogé... répondit par quelque dicton grossier ^... » Mais, crédule et confiant, Beyle enveloppait l'amie de son cœur d'une admiration « tendre, la plus dévouée et la plus folle ^ », et il ne doutait point d'elle.
« Je n'osais pas, raconte-t-il, prononcer le nom de Mademoiselle Cubly ; si cjuelqu'un la nommait devant moi, je sentais un mouvement singulier près du cœur, j'étais sur le point de tomber. Il y avait comme une tempête dans mon sang. »
Avec une sensibilité aussi exaspérée, la passion vit d'elle-même ; il n'est pas besoin d'événements pour l'entretenir. Aussi les amours de Beyle pour Mademoiselle Cubly n'ont-ils presque pas d'histoire.
Il allait au théâtre le plus souvent qu'il pouvait : « Quel désappointement quand elle ne jouait pas, et qu'on donnait quelque tragédie ! Quel transport de joie pure, tendre, triomphante, quand je lisais son nom sur l'affiche ! Je la vois encore, cette affiche, sa forme, son papier, ses caractères. J'allais successivement lire ce nom chéri à trois ou quatre des endroits auxquels on affichait ^. .. »
Beyle l'admirait également dans tous ses rôles, mais elle Je touchait surtout dans ceux où il y avait du romanesque et de la pitié. Aussi la Claudine de Florian * lui laissa-telle des souvenirs inoubliables. Et il confondit dans son cœur le doucereux et tendre poète, et sa plaintive interprète.
A l'entendre chanter « de sa pauvre petite voix faible »