A l'exception du seul Barrai. [H. Br., I
tant souffert ^... « Nous n'avons pas la réponse de Beyle. — « Je t'aime, lui disait une autre fois Bigillion, plus que Remy mon frère. »
Mais cette amitié si vive n'offusquait pas sa clairvoyance. Il nous a laissé de Beyle le portrait le plus vrai. Seule image authentique que nous ayons de lui en cette période de sa jeunesse, et dessinée par son meilleur ami,, c'est un document précieux entre tous ^ :
« ... Ta sensibilité fut toujours mêlée de folie... Toi,. Henri, tu as beaucoup réfléchi, mais d'après les autres, car à chaque nouvelle lecture tu changes de façon de penser... Ton imagination emporte ta raison... Tu attaches avec force tous ceux qui t'aiment, quatre ou cinq de tes camarades désirent ton bonheur comme le leur... Mante, Faure, ne sont pas passionnés, tu les appelles froids ; moi, je les trouve raisonnables... L'amour seul, que tu ne connus jamais que comme poète, te changerait... »
Cet ami plus âgé ^ et qui le jugeait si bien aimait donc à faire profiter Beyle de son expérience. Grondeur, admiratif et attendri, tant que Beyle voudra de lui, il lui restera fidèle. Jusqu'en 1806, nous trouvons des lettres de Bigillion. Ensuite Beyle, parcourant l'Europe dans l'état-major de la Grande-Armée, ou fréquentant à Paris la crur de l'Empereur, négligera cet homme un peu simple, embourgeoisé dans sa petite province ^.
En 1798, le jeune Beyle n'avait point de ces dédains. Il fut trop heureux de rencontrer cette franche amitié. François Bigillion le mena chez lui. Il y trouva Victorine.
1. Il était alors inquiet pour la santé morale de sa sœur Victorine. On trouverait, sur cet événement douloureux et passager, des renseignements précis dans les lettres inédites de Félix Faure.
2. J'extrais les citations qui suivent d'une lettre de dix pages, — Bigillion est verbeux, — écrite en caractères minuscules. Elle porte la date du 3 frimaire an XIV.
■i. François Bigillion avait un an de plus que Beyle (voir à l'appendice son acte de baptême).
1. Mais qui devait pourtant finir en romantique, par le suicide. La cause, à vrai dire, en était vulgaire. Bigillion, dit Bevle, était « ennuyé... d'être cocu. » (//.Zy;-., 1,285; II, 92.)
Les deux frères BigiDion et leur sœur liubitaient rue Chenoise ^, au troisième étage. Cette rue Chenoise n'a rien perdu aujourd'hui de son ancienne laideur. Profonde, tortueuse et puante, elle s'en va entre de hautes maisons grises, aux couloirs d'entrée visqueux et sombres comme des puits. Mais Beyle, négligeant ces laideurs familières, se plaisait seulement à regarder de loin, quand il venait chez ses amis, une certaine « fenêtre à croisillons », qui était celle de Yictorine, et qu'il trouvait en harmonie avec sa simple et rustique beauté.
Il a décrit d'une façon charmante la vie frugale que menaient là ses amis, et les plaisirs naïfs qu'ils lui firent partager ^ : expérience utile pour cet enfant trop bien élevé, nourri dans une famille bourgeoise de préjugés aristocratiques. Il apprit chez les Bigillion qu'on peut avoir des sentiments délicats et manger du pain bis ^.
« Là, souvent j'assistais au souper des deux frères et de la sœur. Une servante de leur pays, simple comme eux, le leur préparait... Nous vivions là en toute innocence, autour de cette table de noyer couverte d'une nappe de toile écrue... Nous formions une société bien jeune,... et aucun grand parent pour nous gêner'*... Xous vivions... comme de jeunes lapins jouant dans un bois tout en broutant le serpolet. M^^^ Victorine était la ménagère ; elle avait des grappes de raisin séché dans une feuille de vigne serrée par un fd, qu'elle me donnait et que j'aimais presque autant que sa charmante figure^... »
L'intimité des Bigillion révélait à Beyle la saveur d'une existence plus libre et plus près de la nature. Telle une élégante de Paris découvrant les charmes de la vie rustique dans les livres de Rousseau. Beyle passa donc derrière