H. Br., I
4. Il parle dans les Mémoires d'un Touriste de « ces moments de générosité et de supériorité » que donne à l'esprit un tel spectacle. (II, 147.)
nous connaissons trop les rcves de gloire, d'héroïsme et d'amour qui brûlaient depuis tant d'années la jeune âme de Beyle, pour ne pas croire qu'il ait trouvé, sur les pentes du mont Radiais, en face des sommets vertigineux de Belledonne, ses exaltations les plus sublimes ^.
De là-haut, ils regardaient la vie ; ce n'est peut-être pas le moyen de la bien voir : « Dans ces promenades nous nous faisions part, avec toute franchise, de ce qui nous semblait de cette forêt terrible, sombre et délicieuse, dans laquelle nous étions sur le point d'entrer. On voit qu'il s'agit de la société et du monde. »
C'est ainsi que les Alpes du Dauphiné servaient d'accompagnement magnifique aux désirs et aux mélancolies d'Henri Beyle. Les lignes émouvantes de ces montagnes achevèrent de former, en l'exaspérant, sa morbide sensibilité.
Dix ans plus tard, il rappellera un jour à sa sœur les rêves de sa jeunesse, si mal réalisés par la vie ; et il les unira dans son souvenir au paysage natal qui en avait formé l'harmonieux décor : « ... Comme je regardais la chute des montagnes du côté de Yoreppe en soupirant ^ ! C'était surtout au crépuscule du soir, en été ; le contour en était dessiné par une douce couleur orangée !... Hélas ! ce bonheur charmant que je me figurais,... le seul souvenir en est plus fort que tous les bonheurs présents ^... »
La nature, à peine découverte par Beyle, se subordonnait donc, comme elle fera toujours, aux passions qui remplissaient son cœur. Pas plus que la peinture ou la
1. En ce même temps, dans un article que Beyle put lire [Clairvoiiant du 24 vendémiaire an VII : Les Montagnes), un de ses compatriotes découvrait dans les montagnes du Dauphiné une leçon de libettc :
« La nature, en travaillant d'une main hardie et révolutionnaire le sol du département de l'Isère, en l'environnant d'une magnificence sauvage, l'a consacré particulièrement à la liberté... Du haut de ces régions escarpées,... I l'homme] voit avec pitié ces pygmées qu'on appelle rois, ces charlatans qu'on nomme prêtres, et tous leurs vains cfTorts pour arrêter dans leur marche ces géants que l'on nomme peuples... »
Les conversations entre Beyle et Bigillion n'étaient assurément pas de ce style, mais elles pouvaient être dans cet esprit.