‹ La jeunesse de StendhalChapitre 275 sur 288 · H. Br,., I, 241. — Cf. I, 124 ; II · texte numérisé non relu

H. Br,., I, 241. — Cf. I, 124 ; II

3. On reconnaît le détail donné déjà dans Henri Bridard. Ici Beyle suppose qu'il regarde la campagne par la fenêtre du musée de Grenoble, alors dans l'ancienne église des Jésuites, qui avait fait partie des bâtiments de l'Ecole centrale.

contraste à la chaleur ardente par sa neige éternelle, et donnait de la profondeur à la sensation... Un tel moment mérite seul un long voyage... C'est dans ces instants célestes que la vue ou le souvenir d'un homme qiai peut vous parler fait mal à l'âme... J'étais ravi au point de me demander comme à Naples : Que pourrais-je ajouter à ceci, si j'étais le Père éternel ^ ?... »

Beyle avait, ce jour-là, découvert une sensation nouvelle, l'une de celles qu'il devait le plus finement savourer^ et le plus longtemps ; car cet amour-ci est de tous les âges : « J'ai recherché avec une sensibilité exquise la vue des beaux paysages ; c'est pour cela vmiquement que j'ai voyagé... », dira-t-il plus tard ^. L'adolescent va désormais promener ses rêveries et ses tendresses à travers la campagne ; il croira reconnaître dans le fier horizon qui l'entoure l'écho de ses pensées ; et cette sympathie de montagnes sublimes sera très douce à son cœur.

La nature avait tout d'abord consolé sa solitude ; elle vint bientôt ennoblir ses amitiés. Bigillion fut le compagnon préféré de ces courses sentimentales. « Nous faisions de longues promenades ensemble, surtout vers la tour de Rabot et la Pastille. La vue magnifique dont on jouit de là... élevait notre âme ^. .. » L'Isère tordait au-dessous d'eux sa courbe mince. A leurs pieds Grenoble s'humiliait, sous la fumée. A mesure qu'ils montaient dans l'air plus pur, la triple vallée s'élargissait à leurs yeux. Bientôt ils pouvaient se croire seuls au milieu de ces montagnes aux grands mouvements tragiques, qui semblaient s'élever avec eux et rester leurs uniques confidentes. Alors sans doute ils se sentaient tout animés de hautes et nobles pensées *. Les conseils surhumains que peuvent donner à des imaginations de seize ans les cimes glacées et les nuages les préparaient aux plus audacieuses folies. Et

1. Mém. d'un Touriste. II, 146-147. Le passage avait déjà été rapproché par C. Sirj'ienski du texte d'Henri Brulard.

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