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5. Le trait le plus saillant de cet amour de Beyle pour les paysages du Daupbiné, c'est qu'il en goûte à la fois les deux aspects, la vallée et la montagae^.
« ... je m'en vais errer dans les roches comme le malheureux Cardénio... Ce pays m'enchante et est d'accord avec ce qui reste encore de romanesque dans mon âme. Si vraiment une Julie d'Etange existait encore, je sens qu'on mourrait d'amour pour elle parmi ces hautes montagnes... »
{Corr., I, 65.)
Ce n'est point à Grenoble qu'Henri Beyle put vivre dans l'intimité de la nature, et jouir d'elle en toute liberté ; c'est à Claix, en cette maison familiale qui finit par devenir son séjour préféré ^.
Le domaine, qui appartenait à la famille des Beyle depuis 1705 ^, resta leur propriété durant plus d'un siècle ; il ne fut vendu par les héritiers de Chérubin
Cette intelligente compréhension de beautés aussi opposées était alors infiniment rare. Sans doute dès longtemps quelques-uns appréciaient la montagne *. Mais les admirateurs traditionnels d'une large plaine bien cultivée ne se confondaient point d'habitude avec les admirateurs révolutionnaires des glaciers et des rocs. Ceux-ci depuis peu se multipliaient. Dans cette Claudine, qui faisait alors les délices d'Henri Beyle, Florian nous apprend que, en 1788, Chamouny commençait à être fréquenté et enrichi par les voyageurs, mais seulement depuis moins de dix ans. Florian proteste, quant à lui, contre ce goût nouveau de la montagne ; la mer de glace 1' « a frappé de terreur et pénétré de tristesse » ; « en regardant ces belles horreurs », il a « remercié l'être tout puistant de les avoir rendues si rares. » Combien il préfère « la délicieuse vallée ! » Il se promet de « consoler » ses « yeux attristés... dans ce riant paysage », devant de " riches tapis de verdure », des « prés émaillés », et des chaumiè^;es peuplées de vieillards sentimentaux. (96-97.)
Le goût de Beyle pour la montagne a donc encore quelque mérite. Ici comme partout, i) concilie les contraires. Lecteur de Florian, il s'attendrit sur le paysage bucolique et fleuri de la vallée. Lecteur de Jean-Jacques ** et de Shakespeare, il s'exalte devant les hautes cimes tragiques.
1. Il alla souvent aussi dans son enfance au petit domaine que son grandpère possédait « entre le Fontanil et Voreppe », simple » chaumière adorée » par Beyle (//. Br., I, 74, 169 : II, 293).
2. On trouvera quelques renseignements sur l'origine de cette propriété dans H. Cordier, Stendhal et ses amis, p. 44-45, note.
* Voir sur toute cette question le livre merveilleusement précis de M. Mornet. ** Qui d'ailleurs avait une "secrète tendresse pour un niais jardin bien peigné.
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Beyle ^ que le 20 août 1820 ^. Mais il ne doit pas nous intéresser seulement parce que le père de Beyle y dissipa sa fortune et celle de ses enfants : c'est dans ce petit jardin, dominé par des montagnes grandioses, qu'Henri Beyle adolescent fit ses lectures les plus décisives, et cultiva ses plus beaux rêves.
Quand on sort de Grenoble par la porte du cours Saint- André, on voit s'ouvrir au regard et se perdre à l'horizon une large avenue parfaitement rectiligne. Sans jamais s'infléchir, l'espace de deux lieues, elle s'en va vers le sud jusqu'au pont de Claix. C'est par cette grande route plantée d'arbres comme une allée de jardin qu'Henri Beyle, encore tout enfant, suivit « mille fois peut-être», de son petit pas rapide, les grands pas réguliers de Chérubin Beyle.
Plus tard il admirera la route et la vallée : « A droite se déploie la plaine du pont de Claix avec sa magnifique avenue... : cette idée à la Lenôtre, placée au milieu de montagnes sauvages, est d'un effet admirable ^. » Mais alors il suivait son père en rechignant, dans ces promenades qui lui semblaient une pénitence inventée pour son tourment. Anivés au pont de Claix, l'une des « sept merveilles du Dauphiné », le père et le fils traversaient le Drac, et prenaient, vers la droite, la route de la montagne. Au delà du village de Claix, ils atteignaient bientôt un hameau modeste, Furonières, sur les premières pentes du Moucherotte.
C'est là qu'on peut trouver encore aujourd'hui le domaine de Chérubin Beyle. Il n'a guère changé depuis cent ans. La maison *, au toit bas, large et trapue, a gardé sous le crépi neuf sa banalité ancienne. Les bergeries somptueuses, voûtées comme une église romane, et faites pour braver le temps, attestent encore la folie de Chérubin, et son amour immodéré pour les moutons mérinos. Enfin le jardin où Beyle vécut tant d'heures passion-