Id., I
5. « Bientôt mon père, variable et absolu dans ses goûts, fat tout politique, a [Id., ib., 137.)
posséda dès lors tout entier ^. Il lut des livres sur l'agriculture, il donna cinquante francs d'assignats pour acheter la chimie de Fourcroy ^, il allait sans cesse visiter son domaine de Claix. Et, signe propre à tous les passionnés, qui sont en même temps des naïfs, il voulait toujours convertir les autres à sa toquade du jour ^. « Mon père était si rempli de sa passion nouvelle qu'il m'en parlait sans cesse *. » Il exposait même à cet enfant exaspéré ses plans de culture, ses « romans qu'il appelait des calculs » : car il avait, faute d'une autre, ce genre d'imagination créatrice que donne la passion ^ On peut lire à la bibliothèque de Grenoble de longues lettres écrites par Chérubin Beyle à son fils ^ ; d'une écriture fine, serrée, implacable, il lui explique, avec les plus minutieux détails, comment il conçoit la culture de la vigne, la reproduction des moutons mérinos, et l'élevage des vaches laitières.
Cette manie lui fut fatale : il commença par ennuyer et persécuter son fils ; il finit par s'y ruiner lui-même.
Une telle passion, comme on s'en aperçoit, n'avait rien de poétique, rien de vague ; elle était précise, et pratique ; on y trouve singulièrement unies l'âme d'un paysan rusé et celle d'un rêveur chimérique.
Si l'on en croit son fils, cette passion n'était pas la seule. Chérubin Beyle aurait été doué d'un tempérament des plus vifs. De complexion amoureuse, cet homme dévot
1. Mais il est probable qu'il l'avait héritée de sa race. Ne semble-t-il pas singulier que, de ces Beyle si profondément enracinés au sol natal, ait pu naître un errant, un cosmopolite, un déraciné comme Stendhal ? L'âme voyageuse des Gagnon en est peut-être la cause.