‹ La jeunesse de StendhalChapitre 28 sur 288 · H. Br., I · texte numérisé non relu

H. Br., I

2. « Sa cliambre est restée fermée dix ans après sa mort. Mon père me permit avec difFicullé d'y placer un tableau de toile cirée et d'y étudier les mathématiques en 1798, mais aucun domestique n'y entrait, il eût été sévèrement grondé, moi seul j'en avais la clef. > (//. Br., I, 40.)

LES ORIGINES d'iIENRI BEYLE 29

tenta de trouver une fois de plus que les pleurs lui allaient mal ^.

Cet homme, qui manquait de liant et d'amabilité mondaine, avait apparemment quelque gêne à montrer ses émotions ; il était timide ; comme il se rendait compte peut-être que les épanchements ne lui seyaient point, il les refoulait pudiquement. Mais nous ne saurons jamais ce qu'il pouvait cacher de sensibilité et de tendresse sous ses dehors de procureur. N'oublions pas qu'il ne parlait de la Now^elle Héloïse « qu'avec adoration ^ ».

C'était d'ailleurs, en toutes choses, un homme passionné, avec des passions âpres, tenaces, à la dauphinoise. Mais, pour être opiniâtres, elles n'en étaient pas moins changeantes. Et voilà bien le trait le plus curieux de cette forte individualité : cet homme grave était fantasque, il avait des caprices et des emballements, mais, tant qu'il les avait, il n'en démordait point. Stendhal l'a très précisément noté : « Malgré toute sa finesse dauphinoise, mon père... était un homme passionné... Mon père rêvait nuit et jour à ce qui était l'objet de sa passion ^... »

On l'a vu, dans sa première exaltation religieuse, se séparer brusquement du monde. Alors il lisait Bourdaloue, Massillon, et la Bible de M. de Sacy *. Quand mourut Louis XVI, l'histoire et la politique lui inspirèrent tout à coup un vif intérêt, et il remplaça les pieuses lectures par celle de l'historien Hume ^. Mais cela ne dura point. Il se prit, ou plutôt se reprit, car c'était là une disposition innée, de passion pour l'agriculture ; cette maladie de r « agriculturomanie », comme l'appelle Stendhal, le

1. Il avait d'ailleurs auprès de ses enfants quelques habitudes touchantes d'intimité familiale. Après la mort de sa femme, c'est lui qui endormait sur ses genoux sa plus jeune 011e, Zénaïdc (99). Il en fit peut-être autant pour Henri Beyle, qui ne s'en est pas souvenu.

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