‹ La jeunesse de StendhalChapitre 33 sur 288 · H. Br., I · texte numérisé non relu

H. Br., I

3. « Quelquefois... je me dis : mais comment aurais-je du talent pour la musique à la Cimarosa, étant Français ?

Je réponds : par ma mère, à laquelle je ressemble... » (H. Br., II, 99.)

femme, qui mourut obscurément vers la fin du xviii^ siècle, quelques-unes de ces impressions d'art, si originales et si vives, que Stendhal a données à la postérité.

Il avait retrouvé aussi quelques exemplaires de la Divine Comédie dans l'appartement de sa mère ^ ; et il s'étonnait avec raison qu'une femme de ce siècle frivole sût prendre plaisir à une poésie si difficile et si forte. Ainsi la figure de sa mère vint se mêler à ses premières rêveries italiennes, à son premier enthousiasme pour le pays inconnu de son désir ; c'est peut-être un peu à cause d'elle qu'il finira, tant d'années après, par être tout entier italien, même sur sa tombe ^.

Mais il ne faudrait pas se figurer que cette femme d'un esprit cultivé ait été quelque chose comme un bas bleu ; en petite bourgeoise élevée avec sagesse, Henriette Gagnon brodait savamment et longuement. Dans le salon fermé depuis sa mort, et que l'on n'ouvrait plus que deux fois l'an pour enlever la poussière, Beyle regardait avec recueillement les « douze beaux fauteuils » brodés jadis par sa « pauvre mère ». « Hélas ! que ne faisait-elle j^as bien? » disait-on, en se rappelant, « avec un profond soupir ^ «, On aime à penser que Stendhal, qui a peu goûté cette engeance, ne sortait pas d'une pédante.

Elle était jolie, nous dit-il, « fort jolie », fraîche et ronde, petite et gracieuse, « vive et légère comme une biche *. » N'avait-elle pas aussi un peu de cette âme pleine de déraison, qui devait donner à son fils tant de bonheurs et tant de peines, un peu de cette sensibilité sitôt émue, de cet esprit si vite excité, de cette joyeuse folie endiablée?... De qui aurait-il donc pris son tempérament de femme nerveuse, sa délicatesse, même physique, son cœur capricieux ? Les Beyle ne connaissaient point ces fragilités, ni ces ardeurs.

Avec Stendhal, qui se plaisait à cette pensée, on peut

Page 1