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4. Henriette Gagnon était brune ainsi qu'Henri Beyle. {H. Br., I, 39.)
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donc croire qu'en effet son fils lui ressemblait ; n'était-il pas tout au moins petit, comme elle, et, comme elle, doué d'un embonpoint assez joli. Rien chez lui de l'âpre et maigre sécheresse des Beyle. Sans doute il n'avait guère sa grâce ; mais c'était d'elle peut-être qu'il tenait ces yeux si vifs et si beaux, ces yeux qui l'onc fait aimer.
Cette femme, légère et fantaisiste, à laquelle il eût fallu un peu d'amour jeune et heureux, épousa, le 20 février 1781, à vingt-trois ans. Chérubin Beyle ^. Stendhal se réjouissait en pensant que sa mère n'avait jamais aimé son père. Elisabeth Gagnon se serait un jour laissée aller à le lui dire, et la vieille bonne de la famille le lui aurait confirmé ^.
Pourquoi ne le croirions-nous pas, nous aussi? Tels que nous les connaissons, le mari et la femme se convenaient mal. Henriette Gagnon avait une tendresse expansive ', sans doute aussi une âme enthousiaste et romanesque, qui devaient lui faire trouver bien froid le caractère de son mari, et pas très enivrante cette figure grave, laide, et si convenable *. On a i^eine à croire que Stendhal fût le fils de l'amour.
Non point que Chérubin n'aimât sa femme, mais c'était d'un de ces amours concentrés et moroses qui ne savent pas obtenir de réponse. Et la singulière antipathie de Beyle à l'égard de son père pourrait s'expliquer par une de ces discordances secrètes, un de ces dégoûts cachés, que les parents transmettent, le jour qu'ils les créent, à leurs enfants.
Peut-être essaya-t-elle de trouver dans la vie mondaine
1. Il avait dix ans de plus qu'elle. — Romain Colomb, qui n'en est pas à cette erreur près, donne la date du 16 août 1781.
2. « En me parlant de ma mère, un jour, il échappa à ma tante de dire qu'elle n'avait point eu d'inclination pour mon père... J'allai raconter ce mot à Marion, qui me combla d'aise en me disant qu'à l'époque du mariage de ma mère,... elle avait dit un jour à mon père qui lui faisait la cour: « Laissez-moi, vilain laid. » — Je ne vis point alors l'ignoble et l'improbabilité d'un tel mot... » (//. Br., 149.)
3. « Elle m'aimait à la passion et m'embrassait souvent... » [H. Br., I, 39.)
4. « Il n'y avait rien de moins espagnol et de moins follement noble que cette âme-là... » (//. Br., I, 78.) Henriette Gagnon, au contraire, d'après son fils, t avait un caractère généreux et décidé. » [H. Br,, II, 307.)
quelques distractions nécessaires, peut-être aussi en avaitelle naturellement le goût : les Gagnon étaient gens sociables, bien faits pour apprécier la gaîté légère et fugitive d'une aimable réunion ^. Henri Beyle avait gardé « l'image des jolis soupers donnés » par sa mère, du « salon étincelant de lumières... » Un peu de vanité et de coquetterie ne seraient pas pour gâter cette physionomie gracieuse.
Elle était mariée depuis deux ans, lorsqu' Henri Beyle vint au monde. Il n'était pas son premier né ^. Elle eut après lui deux filles ^. Un dernier enfant lui coûta la vie *. Elle mourut en prononçant le nom de son fils ^.
Nous voudrions pouvoir la mieux connaître qu'en devinant, en supposant, en imaginant. Cette première figure de femme qui apparaît dans la vie de Stendhal fut « ce qu'il aimait le plus au monde » ; sans doute est-ce aussi l'être c{ui plus que tout autre le fit ce qu'il a été.
Par elle il reçut en effet le sang des Gagnon, qui étaient bien la seule famille de son choix, celle de son cœur : « je me regardais comme Gagnon et je ne pensais jamais aux Beyle qu'avec une répugnance qui dure encore en 1835 \ »
Il y trouvait un héritage très varié de vertus aimables, de caractères originaux, de fine culture, le tout enveloppé
1. « ... ma mère était l'âme et la gaîté de la famille. » [H. Br., I, 111.)
2. Un premier enfant, qui portait déjà le nom d'Henri, et avait déjà comme parrain le docteur Gagnon, était né le 16 janvier 1782, et mourut au bout de quatre jours. (Arch. munie, de Grenoble, GG 112.) Henri Beyle se trouvait ainsi, non seulement l'aîné de la famille, en un temps où le droit d'aînesse existait, mais le fils anxieusement attendu comme la consolation d'un premier deuil. Double raison pour être aimé et trop choyé. (D'autant mieux que le 11 octobre 1784 naissait à Beyle une sœur qui mourait le même jour.) Henri Beyle gardera par la suite la prérogative d'être l'unique fils. En exagérant la sollicitude des siens, cette prérogative lui fut d'ailleurs funeste.
3. Pauline-Eléonore, née le 21 mars 1786 ; Marie-Zénaïde-Caroline, dont Beyle fut parrain, née le 10 octobre 1788. (Voir //. Br., II, 337-339, 342.)
4. Au moins d'après Beyle : //. Br., I, 43 ; Jour, de St., 470. Mais il faut admettre que ce fut un accident de grossesse, car les registres de Saint-Hugues ne portent l'indication d'aucun décès d'enfant.
5. Le 23 novembre 1790. Ici encore Colomb donne la date erronée de 1791. 6 //. Br., I, 90.
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d'usage, de bonne éducation, des traditions de la meilleure société. C'est surtout au milieu des Gagnon qu'il va vivre ; il apprendra d'eux comment il faut sentir et ce qu'il faut aimer ; il apprendra d'eux aussi comment on raisonne et comment on pense. Toute son âme, cœur et esprit, fut donc cultivée par eux ; et si la plante étonna et déçut plus tard les jardiniers par ses fruits inattendus, c'est que les germes rudes et un peu vulgaires des Beyle y avaient laissé quelques durs instincts trop vivaces.