‹ La jeunesse de StendhalChapitre 43 sur 288 · H. Br., I · texte numérisé non relu

H. Br., I

Le fait est que, choisi comme délégué à l'assemblée de Romans ^, (Stendhal se souvenait de l'avoir vu partir, par « un froid à pierre fendre », un des derniers jours de décembre 1788), il déclina tout autre mandat. Mais il « fit nommer un député ou deux... » Il « n'oubliait pas le service qu'il leur avait rendu et les suivait des yeux dans l'assemblée, où il blâmait leur énergie ^. »

Car ce bourgeois qui fréquentait la noblesse, ce lettré sceptique et désenchanté, n'avait rien d'un jacobin. Ces audacieux lui paraissaient redoutables et naïfs. « Il était alors, dit Stendhal, patriote fort considéré, mais des plus modérés ^. »

S'il s'étonnait des audaces de la Constituante, la Convention le scandalisa et lui fit peur. Elle lui fit peine aussi, car c'était une bonne âme, et il s'afïligea de la mort de Louis XVI. Puis la finesse de son goût, et son bon sens, l'inclinaient à trouver ridicule l'éloquence des révolutionnaires ^. Il souriait et tremblait ; pourtant il ne s'indignait pas ; ce n'était point sa façon ^. Il s'abstenait, lisait Horace, et se chauffait les jambes au soleil, sur sa terrasse, en prenant « son excellent café ^ ».

Beyle s'est pourtant exagéré, à distance, l'aversion du vieillard pour le gouvernement nouveau. A lire Henri Brulard, on prendrait le docteur Gagnon pour un aristocrate morose. Ce libre esprit n'avait point si grande peur des nouveautés. En 1787, il faisait de l'opposition au gouvernement de Louis XVI, en regrettant publique-

1. Au commencement de décembre 1788, le président de l'assemblée de Romans avait invité le Tiers-Etat de Grenoble a nommer trois nouveaux délégués pour l'élection des députés aux Etats-Généraux. Le 19 décembre eut lieu l'élection, et Henri Gagnon fut l'un des trois élus. (Cf. Prudhomme, ouv. cit., 595-596.)

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