‹ La jeunesse de StendhalChapitre 49 sur 288 · Br., I, 3G · texte numérisé non relu

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2. A CCS quelques rapprochements psychologiques il faut sans doute en ajouter un autre. Henri Beyle retrouvait dans son tempérament quelques fâcheuses incommodités dont souffrait son grand-père : « 11 avait des vapeurs (comme moi misérable), des rhumatismes... » (/(/., 35). Et l'on peut croire que Beyle tenait de la race fine des Gagnon, et non de la rvulc chair paysanne des Beyle, cette folle irritabilité nerveuse, cet épidcrme délicat comme celui d'une femme, tout ce tempérament d'une morbide sensibilité, dont il faudra reparler à loisir.

LES ORIGINES d'hENRI BEYLE 57

sens et pour sa claire raison sans doute, plutôt que pour des audaces qui devaient parfois l'inquiéter.

Peut-être le préférait-il à Jean- Jacques ^. L'éloquence du philosophe genevois ne semble point son fait. Il n'aimait pas plus les phrases que son petit-fds, et n'était point à l'âge de se laisser émouvoir encore par le bosquet de Clarens. Les prédications vertueuses ou l'optimisme inexpérimenté de Rousseau devaient parfois faire sourire ce médecin sceptique. Pourtant, comme il avait l'esprit large et ouvert aux nouveautés, il fut, dit-on 2, « l'un des organisateurs et des exécutants de la sérénade, composée des motifs du Devin de Village, que l'on donna à l'auteur de VEmile, sous les fenêtres de sa chambre de la rue des Vieux- Jésuites », en 1768.

Quant aux grâces naïves et recherchées des bergeries à la mode, elles ne lui plaisaient pas plus que leur sensiblerie fade ^. Il aimait les sages et les forts, ceux qui connaissent l'homme.

Comment ne verrions-nous pas ici une sorte de prédestination pour Stendhal? Celui qui allait, un demi-siècle plus tard, devenir l'un des créateurs de la psychologie moderne, ne devait pas entendre vainement son grandpère alléguer si souvent devant lui « la connaissance du cœur humciin «. « Mon grand-père, dit-il, m'étourdissait sans cesse « de ce « g-rand mot ». Henri Gao-non l'habituera ainsi à demander aux livres, avant de la trouver dans la vie, cette science qui devait faire pendant cinquante ans sa passion *. Pareille leçon sera pour Beyle d'un merveilleux profit.

Aussi bien Henri Gagnon ne concevait-il point la littérature comme un domaine à part, celui des jolies phrases

1. Si le docteur Gagnon eût beaucoup aimé Rousseau, Stendlial n'aurait-il point parlé de cette prédilection ?

2. « Ce détail, écrit C. Stryienski dans sa brochure (9), m'a été donné par M. Charaux, professeur à la Faculté des Lettres, qui le tenait d'un petit-fils du docteur, le général Oronce Gagnon, mort à Grenoble en 1883. » Peut-être est-ce là beaucoup d'intermédiaires.

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