‹ La jeunesse de StendhalChapitre 6 sur 288 · PREFACE XIII · texte numérisé non relu

PREFACE XIII

Raconte-t-il par exemple une scène de famille, qu'il lui serait bien facile de compléter, il confesse avec candeur : « A côté des images les plus claires, je trouve des manques dans ce souvenir, c'est comme une fresque dont de grands morceaux seraient tombés ^. » — « Je ne sais, dit-il ailleurs, comment moi, si timide, je me rapprochai de M, Gros... La fresque est tombée en cet endroit 2. » Et, reprenant une fois de plus la même image : « En écrivant ma vie en 1835, j'y fais bien des découvertes... Ce sont de grands morceaux de fresques sur un mur, qui depuis longtemps oubliés apparaissent tout à coup, et à côté de ces morceaux bien conservés sont... de grands espaces où l'on ne voit que les briques du mur... Le crépi sur lequel la fresque était peinte est tombé, et la fresque est à jamais perdue ^. » Beyle était heureusement un amateur trop délicat de sensations vraies pour restaurer les peintures effacées de sa mémoire. A plusieurs reprises il déclare qu'il ne veut pas « faire du roman * ».

Et je crois aussi que Beyle n'a point fait un roman, quand il a écrit sa Vie d'Henri Brulard. Sans doute l'accent de la sincérité n'est point une preuve absolue, et la suprême adresse est d'imiter avec candeur les maladresses de la vérité. Mais alors il faudrait admettre que Beyle y réussit à la perfection. Et si l'on se rappelle maintenant qu'il a écri^ sa Vie cC Henri Brulard au courant de la plume, et avec une rapidité fiévreuse ^, si l'on remarque encore qu'il ne s'est apparemment jamais relu, on ne trouvera plus du tout vraisemblable qu'il ait su jouer avec une si parfaite naïveté, sans défaillance et jusqu'au bout, le rôle délicat d'un homme de bonne foi.

Est-ce à dire que la Vie d^Henri Brulard soit un livre parfaitement vrai? Stendhal tout le premier n'en croyait

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