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5. Une peur, — il faut le noter, car c'est un caractère durable chez Henri Beyle, — une peur ne venant pas d'une nature faible et craintive, mais de cette imagination qui grossit à ses yeux et défigure la réalité.
passion ^ », comme une très jeune mère, qui n'a pas d'autre amour, aime son premier né. Elle l'embrassait sans cesse, et il lui rendait ses baisers avec toute l'ardeur d'un enfant tendre et plein de fougue. Cela suffit très bien pour occuper, pendant des années, l'existence d'un petit garçon et de sa maman, mais cela ne se raconte pas, et n'aurait rien que de banal, si Beyle ne s'était plu à compliquer cette très simple histoire, et à donner de cette innocente tendresse une explication singulière.
« Ma mère... était une femme charmante et j'étais amoureux de ma mère...
En l'aimant à six ans peut-être..., j'avais absolument le même caractère que, en 1828, en aimant à la fureur Alberthe de Rubempré^... Il n'y a que cette seule exception : j'étais, pour ce qui constitue le physique de l'amour, comme César serait, s'il revenait au monde, pour l'usage du canon... Je l'eusse bien vite appris et cela n'eût rien changé au fond de ma tactique.
Je voulais couvrir ma mère de baisers et qu'il n'y eût pas de vêtements. ... Je lui rendais ses baisers avec un tel feu qu'elle était souvent obligée de s'en aller. J'abhorrais mon père quand il venait interrompre nos baisers. Je voulais toujours les lui donner à la gorge...
Elle ne peut pas s'offenser de la liberté que je prends avec elle en révélant que je l'aimais ; si je la retrouve jamais, je le lui dirais encore. D'ailleurs, elle n'a participé en rien à cet amour... Quant à moi, j'étais aussi criminel que possible, j'aimais ses charmes avec fureur^... »
Cette page scandaleuse est peut-être, à la bien prendre, plus innocente qu'il n'y paraît *.