Dr., I
précoce ; à cinq ans il sait lire, et écrire à six ^. Déjà l'on songe à lui donner un maître de latin.
Mais, sous les apparences banales d'un petit garçon turbulent, reparaît au moindre prétexte cette imagination si vive et si sensible. A travers les quelques souvenirs épars que Beyle retrouve au fond de sa mémoire ^, voici que se détachent les premières émotions. C'est « la tombe noire » sous la lumière funèbre des cierges, et « le son majestueux des cloches », à l'enterrement d'un vieux maréchal, qui le troublent profondément et lui donnent la première image de la mort ^. C'est la mort elle-même et le sang dont il garde la vision ineffaçable, pour avoir suivi des yeux, avec une curiosité avide et terrifiée, un ouvrier blessé dans une émeute, qui montait, expirant, l'escalier de la maison voisine *. « Il meurt de peur ^ », mais il regarde. Son imagination multiplie et exaspère souffrances et périls, mais, tout frémissant, il attend. — ■ Ne serait-on pas tenté de découvrir ici les indices irrécusables d'une vocation de romancier : la sensibilité morbide, et la curiosité, plus forte encore que la peur?
Beyle avait donc, avant l'âge de raison, entrevu le sang et la mort. Si on l'en croit, il n'ignorait pas non plus la volupté.
Ce qui remplissait cette petite vie à peine détachée de la vie maternelle, c'étaient les joies inépuisables que lui prodiguait sa mère, ses chaudes caresses, son visage joyeux et son rire. Henriette Gagnon aimait son fils « à la
1. H. Br., I, 109, 37. Il a même signé, le 10 octobre 1788, en qualité de parrain, l'acte de baptême de sa sœur Zénaïde ; mais la fermoté de l'écriture fait croire à M. Prudhomme qu'on lui a tenu la main.
2. Ces souvenirs datent de 1788 : le départ de son grand-père pour les Etats de Romans, l'entrée et la mort du maréchal de Vaux, la journée des Tuiles.