H.Br
dans l'esprit d'Henri Beyle. Ils n'allaient jamais sans gronderies. Chérubin était de ces parents qui ne perdent pas une seconde leur enfant de vue, qui surveillent tous ses gestes, pour les rectifier, toutes ses paroles, pour les corriger. Tout devient donc prétexte à une morale appropriée. Ils enferment la libre spontanéité, les jolis caprices de l'enfant dans un réseau de petites leçons sages, froides, minutieuses et innombrables, auxquelles il ne saurait jamais échapper. C'est une pluie incessante qui l'énervé, ou l'abêtit ^. Beyle n'était pas de ceux qu'on abêtit ; il s'exaspéra. Par l'effet de cette imagination qui lui créait des chimères et des monstres, ces parents si attentifs à ses moindres actions lui semblèrent des persécuteurs acharnés à le faire souffrir. Ses nerfs trop sensibles lui exagérèrent les gronderies de son père, pleines de bonnes intentions ; il crut y voir de la haine. Il la rendit avec usure. Triste victime d'une éducation trop fignolée et trop minutieuse.
« ... mes parents, s'ennuyant beaucoup, par suite de leur séparation de toute société, m'honoraient d'une attention continue... » — « Dans leur humeur noire, j'étais leur unique occupation, ils décoraient cette vexation du nom d'éducation et probablement étaient de bonne foi ^. »
Ces remontrances étaient pourtant présentées avec douceur. Mais Chérubin Beyle gardait toujours l'air grave qui lui semblait convenir à la dignité d'un père ^.
1. Pierre de Coulevain a finement noté ce défaut de l'éducation bourgeoise : « Les enfants des riches ne sont pas aussi heureux qu'on le croit..., ils n'ont aucune liberté ; ils sont oppressés par une foule de conventions idiotes... On ne leur donne pas de taloches, mais on les exaspère avec des sermons... Plus d'une fois, j'ai envié les petits miséreu.x que je voyais se battre et se poursuivre... » {Au cœur de la vie, 104-106.)