‹ La jeunesse de StendhalChapitre 76 sur 288 · H.Br · texte numérisé non relu

H.Br

3. Une lettre non signée de la bibliothèque de Grenoble, écrite à Beyle par un de SCS amis (21 germinal an XIII : R 302), explique parfaitement l'attitude de Chérubin en face de son fils . le docteur Gagnon a adlrmé à l'anonyme que Chérubin Beyle aimait « passionnément i> Henri, « mais qu'il craignait de » le lui «l'aire connaître, parce qu'il voulait garder de l'autorité sur » lui, « et qu'il craignait en 3 lui « montrant trop d'amitié de devenir » son « égal ».

Stendhal a écrit : « Dans l'éducation sévère des familles suivant les mœurs de l'ancien régime,... par-dessus tout les parents songeaient à se faire respecter et craindre... » (//. Br., II, 308.)

D'ailleurs peut-être était-il timide même avec son fils, et la timidité fait un visage guindé et sévère. Si bien que l'enfant, glacé par cette froide apparence, sous la douceur même des reproches ne voyait que de l'hypocrisie. Sa logique simpliste lui faisait penser que, si son père l'avait aimé, il ne l'aurait point grondé. Et, qui pis est, à cinquante ans, Stendhal refait encore ce mauvais raisonnement :

«... Mes tyrans me parlaient toujours avec les douces paroles de la plus tendre sollicitude... J'avais à subir des homélies continuelles sur l'amour paternel et les devoirs des enfants... ^ »

Cela fit grand tort à Chérubin d'avoir un goût naturel pour les phrases un peu poncives, et pour les sentences morales. Le petit en aurait crié d'ennui ; il eût davantage pardonné à son père un peu de brutalité. Mais celui-ci était la patience même ^ ! A la vérité cette patience sèche, contenue, impassible ^, faisait pour un enfant vif et nerveux le plus exaspérant des supplices.

Le premier vice de cette éducation, et le pire, ce fut donc un malentendu. Chérubin Beyle était j^ersuadé, non sans de bonnes raisons peut-être *, que son fils avait « un caractère atroce ». Mais il ne savait pas voir dans cet enfant la petite âme naïve et soupçonneuse, qui croyait trop vite à la haine parce qu'elle eût voulu beaucoup de tendresse. Et Henri Beyle se figurait que son père était un tyran qui ne l'aimait pas. Ils se connaissaient aussi bien l'un que l'autre ^.

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