‹ La jeunesse de StendhalChapitre 93 sur 288 · Br., I · texte numérisé non relu

Br., I

3. Et plus particulièrement de cette vertu chrétienne, la chasteté. (Voir Journal d'Italie, 118, 119.)

En revanche les iniquités dont il se croyait victime développèrent en lui le sentiment de la justice : « Je ne me rappelle plus l'origine du sentiment du juste, qui est fort vif en moi. C'était non pas comme à moi désagréables, mais comme injustes, que les arrêts de ma tante Séraphie, appuyés par l'autorité de mon père, me faisaient verser des larmes de rage. Deux ou trois fois la semaine, je passais une heure à me répétera voix basse: «Monstres! Monstres! Monstres!»

Rousseau plus tard, et Montesquieu, lui enseigneront une vertu qui n'avait avec celle de Chérubin et de Séraphie nul rapport. Il ne la pratiqua d'ailleurs point .

Aussi bien que respectera-t-il? Le respect sera, je crois, le sentiment le plus ignoré de Stendhal. Aura-t-il celui des institutions sociales? Mais l'enfant qui apprend aussi jeune à mépriser l'autorité de son père ^t de son maître se prépare mal à vénérer plus tard l'autorité des gouvernements. Il restera partout un indiscipliné. Il ne connaîtra pas plus la docilité du fonctionnaire qu'il n'a connu celle de l'élève ou celle du fils. En revanche, grâce à pareille âme de révolté, il saura, dans ses ouvrages, parler librement des hommes, des institutions et des moeurs devant lesquels s'inchnent les autres. Aucun scrupule gênant ne l'empêchera de trouver la vérité, ni d'oser la dire.

Conséquences éloignées de cette haine puérile ; il en est de plus proches. La haine, comme l'amour, a des cristallisations singulières. Parce que Beyle déteste son père, sa tante, et son précepteur, il détestera Grenoble, par contagion. Ce déplaisant trio va lui salir sa ville natale. « Tout ce qui me rappelle Grenoble me fait horreur ; non, horreur est trop noble, mal au cœur^... »

Cette haine pour Grenoble décidera de sa vie. Dès le temjjs de l'abbé Raillanne, il songe à fuir. A dix-sept ans, il s'échappera enfin de ce pays odieux. Et, pour avoir tout enfant considéré la ville natale comme une geôle, il ne sera jamais, ainsi que tant d'autres, retenu, ou du moins ramené, dans sa petite patrie. Avant même de l'avoir quittée, Beyle est déjà un déraciné.

En même temps que la ville, il a pris en aversion cet esprit bourgeois qu'il confond avec elle, c'est-à-dire « tout ce qui est bas et plat sans compensation, tout ce qui est ennemi du moindre mouvement généreux, tout ce qui se réjouit du malheur de qui aime la patrie ^... » Par haine de Grenoble et des bourgeois qui l'y ont élevé ^, il sera plus tard, à sa façon, une sorte de bohème étranger à la société où il vit, et il pillera sans vergogne les jouissances qu'il y pourra trouver. Comme un intrus dans la cité, il

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