Et pour quelques autres raisons
ne respectera de ses habitants ni les sentiments ni les femmes.
Et c'est ainsi que Chérubin Beyle et l'abbé Raillanne contribuèrent à faire de leur disciple un romantique.
Mais la haine ne fut pas seulement jîour Beyle une singulière institutrice d'idées et de sentiments ; avant tout elle forma son caractère.
Beyle était fait pour devenir la dupe de son cœur ; vif et sensible, il s'éprenait vite, s'enthousiasmait. D'ailleurs plein de naïveté, comme il le sera toute sa vie : « ... je suis toujours porté à croire les gens que j'aime », dira-t-il plus tard ^. Et il avoue dans Henri Brulard : « Si mes parents avaient su me mener, ils auraient fait de moi un niais comme j'en vois tant en province ^. »
Si Beyle ne fut point un niais, ni une victime, c'est à la haine qu'il le doit. Elle trempa durement son cœur fragile. Elle lui apprit tout de suite à se défier ^.
A vrai dire, il exagéra. Autour de ses prétendus bourreaux il créa d'abord les romans les plus atroces. Puis sa haine s'élargit ; il devint misanthrope, « de plus en plus sombre, méchant... et haïssant tout le monde *. » A huit ou dix ans, il étendait sa méfiance à l'humanité entière. Il n'y mit pas de théorie, sans doute. Mais, instinctivement, il prit l'habitude de vivre sur la défensive, comme ces enfants accoutumés à être battus qui lèvent toujours le bras pour se défendre. Au lieu de s'élancer à la confiance, ainsi que le voulait son âge, il s'effarouchait d'abord. Son imagination dépravée lui faisait tout craindre, et, dans le secret de son cœur, il répondait d'avance