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PRÉ F A CE
Au début du XVIe siècle , comme au matin de certaines journées radieuses , une brume de clarté s'attarde sur Venise. Elle enveloppe Titien , Giorgione, Sebastiano Luciani, Palma , les Campagnola, toute la cohorte des jeunes peintres qui abordent alors à la gloire. Parmi ces figures confuses , celle de Giorgione surtout retient les historiens ; elle paraît d'autant plus éclatante dans le mystère de cette lueur trouble. Il g a un tel prestige dans les syllabes de son nom! La brièveté de sa destinée , cette allure de révolutionnaire indolent , ce brillant cavalier qui fut un musicien et un poète , ce page amoureux qui était un peintre original... on comprend que la littérature et la légende se soient emparées du jeune demi-dieu; chez Vasari déjà on suit leur travail et un siècle plus tard la brève biographie du peintre était encadrée entre deux romans d'amour , celui de sa naissance et celui de sa mort. Notre romantisme qui a tant développé le culte des grands hommes devait grandir encore ce héros de la peinture. Le ton de l'histoire se hausse toujours dès qu'elle touche à Giorgione et quand on a défini en termes magnifiques ce génie dominateur, il devient naturel et presque obligatoire de lui faire les attributions les plus avantageuses. Dans ces dernières aimées on a donc vu se dégager du mythe une sorte de pangiorgionisme méthodique et envahissant. Musées et collections arborent volontiers un pavillon qui s'impose non moins par sa gloire que par notre ignorance. Et la personnalité de Giorgione s'enfle ainsi même des tentatives que l’on fait quelquefois pour la restreindre. Car les critiques sont loin de se mettre d'accord ;