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SUR LES RELATIONS AVEC MADRID

R. Beer, Akten, Regesten und Inventare aus dem Archivo general zu Simancas. Jahrb. der Sammlungen desKaiserhauses. XII, 2 ; XIV, 2 ; XIX, 2.

Un noble Vénitien, Marcantonio Michiel, né sans doute après 1486 et mort en 1552, qui était collectionneur, avait l’habitude de consigner sur un carnet les œuvres d’art qu’il voyait dans les collections privées de Venise et des autres villes de lTtalie du Nord. Son manuscrit, conservé à la bibliothèque Saint-Marc de Venise, fut publié en 1800 par le D. Jacopo Morelli sous le titre suivant : Notizia d'opere di disegno nella prima meta del secolo XVI, esistenti in Padova, Cremona. Milano , Pavia , Bergamo. Crema e Venezia, scrilta da un anonimo di quele tempo , publicata e illustrata da D. Jacopo Morelli, custode délia regia bibliotheca di S. Marco di Venezia. — Bassano MDCCC. Depuis lors on a pris l’habitude d'appeler l’auteur de ce manuscrit l’anonyme de Morelli, bien que l'on ait appris qu’il était un seigneur vénitien du nom de Marc-Antoine Michiel. Une seconde édition de ces notes a été

BIBLIOGRAPHIE

publiée par Gust. Frizzoni, à Bologne en 1884. Enfin le même texte a été publié avec une traduction allemande dans les Quellenschriften für Kanstgeschichle und Kunsttechnik... par le Dr Theodor Frimmel, Vienne. 1888.

Le nom de Titien apparaît à plusieurs reprises parmi les artistes cités par Michiel et, comme ses notes semblent avoir été écrites entre 1515 ou 1521 et 1543, elles prennent une grande autorité de ce qu’elles sont contemporaines de Titien. Elles mentionnent les peintures suivantes :

1° A Padoue, dans l’école sur la sacristie du Santo Titien peignit... (il s’agit sans doute des fresques de la scuola del Santo).

2° A Venise, chez M. Antonio Pasqualino, un grand tableau de la Gène du Christ, de la main de Stephano, disciple de Titien, et en partie achevé par Titien lui-même, à l’huile (œuvre perdue ou non identifiée).

3° En 1525, chez M. Hieronimo Marcello, la toile de la Vénus nue qui dort dans un paysage avec Cupidon, fut de la main de Zorzo de Gastelfranco, mais le paysage et Cupidon furent achevés par Titien (sans doute la Vénus de Dresde), et le portrait de M. Cristophoro Marcello, frère de M. Hieronimo, archevêque de Gorfù, est l’œuvre de Titien (portrait non identifié).

4° En 1532, chez M. Andrea di Oddoni, le tableau de Notre-Dame dans un paysage, avec le Christ enfant et saint Jean enfant et sainte... fut de la main de Titien (peut-être le tableau de la National Gallery).

5° En 1530, chez M. Chabriel Vendramin, le Christ mort sur le sépulcre, avec l’ange qui le soutient de la main de Zorzo de Castelfranco a été restauré par Titien (tableau perdu).

6° En 1528, chez Zuanantonio Venier, les deux dernières figures qui s’assaillent sont de Titien (tableau perdu ou non identifié).

7° En 1531, chez Zuan Ram, le tableau de saint Jean qui baptise le Christ dans le Jourdain, lequel est plongé dans l’eau jusqu’aux genoux, avec un beau paysage et M. Zuan Ram lui-même en demi-figure, le dos tourné vers le spectateur, est de la main de Titien (au musée du Capitole .

Enfin une main étrangère a ajouté au manuscrit de Michiel la mention de deux tableaux de Titien, un saint Jérôme chez M. Piero Servio et chez M. Paolo d’Anna un tableau qu’Henri III avait voulu acheter au prix de 800 ducats (il s’agit sans doute du grand Ecce homo aujourd’hui au musée de Vienne).

De toutes ces mentions, la plus intéressante pour nous est celle qui concerne la Vénus commencée par Giorgione et achevée par Titien, car elle désigne une œuvre précise où nous devrons distinguer et confronter la manière de deux peintres dont les œuvres se confondent.

Du vivant même de Titien deux biographes ont raconté une partie de sa vie et cité un certain nombre de ses œuvres, George Vasari et Lodovico Dolce.

George Vasari était venu s’installer à Venise à la fin de 1541 et il y séjourna jusqu’au 16 août 1542. Durant ces huit mois il entra dans la familiarité des principaux peintres de Venise et en particulier de Titien et de ses amis l’Arétin et Sansovino. C’est par la tradition orale qu’il obtint sur les auteurs des peintures qu’on lui montra à Venise et dans les îles de la lagune les renseignements consignés dans l’édition de 1550 de ses Vite. Quand il revint à Venise en mai 1566 il fit à Titien une visite qu’il raconte dans son édition de 1568.

BIBLIOGRAPHIE

Cette étude sur Titien a donc une plus haute valeur historique que la plupart de ses autres Vite.

Voici les peintures attribuées par Vasari à la jeunesse de Titien.

Une Fuite en Egypte chez Messer Andrea Loredano (tableau inconnu sinon par une gravure peut-être exécutée d après lui); — portrait de Giovanni d’Anna, pour lequel il peindra également un Ecce homo et une Vierge avec saints et donateurs (à ce point de la biographie de Titien, Vasari abandonne visiblement l’ordre chronologique).

En 1507, l’ange Raphaël , Tobie et un chien pour l’église Saint-Marzilian.

En 1508, le Triomphe de la Foi , gravure sur bois; — voyage à Vicence et peinture à fresque d’un Jugement de Salomon (disparu); — retour à Venise et peinture de la façade des Grimani; — séjour à Padoue et peintures à la scuola di San Antonio (ces fresques ont été exécutées pendant l’année 1511); — à Venise, église San Spirito, un saint Marc avec des saints (cette peinture est aujourd’hui à la Salute; des historiens l’ont datée des premières années du siècle. Sa facture prouve que la date qu’on peut lui donner d’après Vasari est plus vraisemblable que celle de 1504).

Peinture dans le palais ducal de la Soumission de l'empereur Barberousse. Titien reçoit en récompense l’office de la Senseria au Fondaco dei Tedescbi, c’est-à-dire une rente annuelle de 300 écus (si, comme Vasari l’indique, cette peinture fut exécutée après la mort de Giovanni Bellini qui en avait eu le premier la commande, elle serait donc postérieure à 1516).

Relations avec le duc de Ferrare, postérieures également à la mort de G. Bellini qui avait d’abord été chargé de décorer son studio. Les peintures exécutées par Titien pour le duc ont été conservées (Madrid et Londres), ainsi que le Christ au denier (Dresde), et le portrait de Laura Dianti (Coll. Fr. Cook).

Berger et paysanne dans un paysage (tableau dit des trois âges à la galerie Bridgewater).

Assomption pour l’église des Frari (aujourd’hui à l’Académie de Venise, achevée en 1518); — Vierge des Pesaro (aux Frari, peinte en 1526); — Vierge de saint Niccolo (au Vatican, de 1523); — le Christ à la corde de saint Rocb (dans sa première édition Vasari avait attribué cette peinture à Giorgione) ; — saint Jean-Baptiste pour Santa Maria Maggiore (aujourd'hui à l’Académie, de 1540 au moins). Pour tous ces tableaux, Vasari abandonne délibérément l’ordre chronologique. Il est visible qu’il s’est contenté de mettre bout à bout les peintures qu’il a vues au cours de ses excursions dans les églises de Venise.

Puis Vasari énumère une série de portraits de doges qu’il a sans doute examinés dans le palais ducal et dont beaucoup sont dispersés ou disparus.

Arrivée de VArétin à Venise (en 1527); — taint Pierre Martyr à San Zanipolo (peint en 1530, détruit par un incendie en 1867); — Bataille de Cadore (peint en 1537, détruit par un incendie en 1577); — une Madone à fresque au pied d’un escalier dans le palais ducal (elle y est encore, mais Vasari a oublié le robuste Saint Christophe peint à fresque qui se voit dans un escalier du palais); — les Pèlerins d’Emmaiis dans les appartements des doges (deux compositions de ce genre nous sont parvenues, au Louvre et dans une collection anglaise). — Il semble bien que ces dernières oeuvres se trouvent ainsi groupées parce que Vasari les a vues dans une même promenade au palais des doges et la chronologie est encore sacrifiée; à la même epoque, la Présentation de la Vierge au temple, pour la scuola de Santa Maria délia Garità (aujourd’hui à l’Académie, peint vers 1535).

En 1530, commencent les relations de Titien avec Gharles-Quint; et Vasari signale enfin comment l’Arétin mit le peintre en rapport avec le marquis de Mantoue. Mais, il est à remarquer que l’historien ne paraît pas avoir connu les peintures exécutées pour ce prince; il ne signale que la série des figures des 12 Césars, aujourd’hui disparue et que Vasari ne semble connaître qu’en raison des peintures de Jules Romain qui accompagnaient celles du Vénitien. Cette lacune grave dans son étude est pour beaucoup dans l’obscurité où les historiens ont laissé une part importante des plus belles œuvres de Titien. Vasari d’autre part ne semble pas avoir connu les collections privées de Venise où se trouvaient

BIBLIOGRAPHIE

quelques tableaux de la jeunesse de ce peintre que nous lui attribuons aujourd hui entièrement ou en partie, comme la Vénus de Dresde, le Baptême du Christ du Vatican, l'Amour sacré et V Amour profane de la galerie Borghèse.... A part ces deux groupes d’omissions, l’énumération de Vasari paraît à peu près complète; son étude est de beaucoup le document le plus riche et le plus sûr, malgré ses imprécisions, qui nous permette de reconstituer l’œuvre de Titien. Vasari savait bien qu’il n’était pas complet et que sa chronologie était défectueuse et il écrivait .

« Comme ses œuvres sont en nombre infini, particulièrement les portraits, il est impossible de les mentionner toutes. Je parlerai donc simplement des plus remarquables, mais sans m’astreindre à l’ordre des temps, car peu importe de savoir si celui-ci fut exécuté d’abord et celui-là ensuite. »

Entre les deux éditions des Vite de Vasari parut à Venise le Dialogo delta pittara de M. Lodovico Dolce, intitulé l 'Aretino.

Lodovico Dolce (1508-1568) est un polygraphe qui a laissé un grand nombre d’ouvrages. Son dialogue, dont l’un des interlocuteurs est l’Arétin, est une dissertation esthétique sur la valeur des plus grands artistes d’Italie qui aboutit à une sorte de parallèle entre les deux vieux maîtres encore vivants, î itien et Michel-' Ange. L’ouvrage tout entier a été écrit sous l’influence de Titien; la jeunesse do peintre y est contée d’une manière qui se ressent de ses confidences. En substance il y est dit que le jeune Titien n’a pas pu s’accommoder de la mauière sèche des Bellini, qu’il s’assimila rapidement la manière moderne de Giorgione, qu’il peignit encore tout jeune une des faces du Fondaco dei Tedeschi et qu'il était jeune encore quand il peignit sa grande Assomption. La tendance de l’ouvrage est de faire valoir la précocité du génie de Titien et son originalité.

Lorsque Francesco Vecelli,le frère aîné de Titien mourut, un prêtre de la famille Vincenzo Vecelli prononça une oraison funèbre qui est publiée dans le livre de Ticozzi. Vite deipittori Vecelli di Cadore. Milan, 1817. Ce document est précieux également pour l’étude de Titien, surtout pour son enfance.

Sanudo. Archivio délia Scuola grande di San Rocco. Registro delle Parti, vol. 1, p. 70-71.

Témoignage relatif à l’importance du Christ de saint Roch, comme auteur de miracles.

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