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IL — LA TRADITION DE TITIEN PENDANT TROIS SIÈCLES

Francesco Sansovino. Venetia citta nobilissima, Venise, 1581.

Sansovino cite le Christ de saint Roch qu’il attribue à Titien, peut-être d’après Vasari.

[Tizianello]. Compendio délia vita del famoso Tiziano Vecellio di Cadore, cavalière e pittore, con Varbore délia sua vera consanguinita. Venise, 1622.

Cette biographie anonyme est probablement due à un petit-neveu du peintre dit Tizianello. Elle est dédiée à Milady Arundell Surrey, la protectrice de Van Dyck.

Carlo Ridolfi. Le Maraviglie delVarte. Venise, 1648.

Une excellente édition en a été donnée avec un riche commentaire par Detlev Freiherrn von Hadeln; Berlin, 1914.

Ridolfi n’ajoute rien à ce que Vasari et Dolce nous ont appris sur la jeunesse de Titien. Il donne comme date de naissance de Titien l’année 1477. Toutefois il remarque ce qu’il y a de contradictoire à faire de Titien l’élève de Giorgione

BIBLIOGRAPHIE

s ils ont été du même âge. 11 fait également remarquer que, contrairement à l’affirmation de Vasari, Titien n’a pas pu à l’âge de dix-huit ans faire un portrait à la manière de Giorgione, puisque ces deux peintres étaient contemporains et que Giorgione n’a trouvé « sa manière moderne » qu’en 1507, c’est-à-dire douze ans plus tard. Mais devant cette impossibilité de concilier la date de naissance 1477 avec certains traits de la biographie de Titien, ce n’est pas la date de naissance que Ridolfi rectifie, mais les détails biographiques qu’il conteste.

hidolfi décrit assez soigneusement certaines œuvres que Vasai'i se contente de nommer comme une « femme nue » et la « Judith » du Fondaco dei Tedeschi, ainsi que la Fuite en Egypte. Il prétend que la gravure du Triomphe de la Foi reproduit une frise peinte à fresque, et décrit les trois peintures des Miracles de saint Antoine à Padoue.

Il confirme Michiel en mentionnant que Titien, après la mort de Giorgione, acheva quelques-uns de ses tableaux; il relève l’erreur de Vasari qui dans sa première édition avait attribué à Giorgione le Christ de saint Roch.

Ridolfi consacre des développements circonstanciés aux trois tableaux peints pour le studio du duc de Ferrare qui étaient alors fort admirés par les artistes et amateurs dans la collection Barberini et Aldobrandini à Rome. Il note parfaitement que l’inspiration de la fête de Vénus est tirée de Philostrate, mais il n’a pas vu qu’il en était de même pour les deux autres tableaux. Il reconnaît dans une jeune femme de la Fêle des Andriens une certaine Violante qui aurait été aimée par Titien et il fait remarquer l’intention de l’artiste qui a peint des violettes pour jouer sur le nom de la jeune femme.

11 rappelle le portrait de Laura Dianti, la maîtresse du duc de Ferrare et, en nous signalant la gravure de Sadeler qui le reproduit, il aurait dû nous éviter la longue erreur qui a fait croire que ce portrait était la Femme à sa toilette du Louvre.

En revanche, bien qu’il signale les 12 Césars de la collection de Mantoue, il ne paraît pas plus que Vasari avoir connu les autres Titiens de cette collection; ceux-ci avaient dès lors quitté l'Italie et, bien qu'ils venaient d’entrer dans les collections du roi de France, les historiens de l’art qui se répètent volontiers les uns les autres ont continué à leur sujet le silence de Vasari.

Dans sa biographie, Ridolfi utilise déjà quelques documents, comme les poésies de l’Arétin ou quelques dépêches de l’administration du roi d’Espagne. Enfin il passe en revue un très grand nombre de tableaux qu’il attribue à Titien et il apparaît que la plupart d’entre eux ne sont pas nécessairement de celui-ci. On assiste ainsi au travail de la légende; l’accroissement de la gloire de Titien se mesure au nombre des peintures anonymes qui viennent indûment se ranger sous son nom. Toutefois l’un de ces tableaux mérite d’être retenu, V Amour sacré et V Amour profane de la galerie Borghèse, que Ridolfi est le premier à signaler.

Enfin, dans sa biographie de Giorgione, Ridolfi confirme Michiel, qu’il ne connaît pas, en signalant chez Marcello « une délicieuse Vénus nue endormie, et à ses pieds un Cupidon tenant en main un oiseau, tableau qui fut terminé par Titien ». — Il faut aussi retenir qu’il attribue à Giorgione une belle esquisse chez les Grimani de Santo Ermacora : la Sentence de Salomon , avec une figure du bourreau inachevée.

Marco Boschini. La carta del Navegar Pitoresco. Venise, 1660.

C’est, un dialogue entre un amateur vénitien et un professeur de peinture, tous les deux fort bavards, dont les propos déroulent d’innombrables quatrains en vers de 10 pieds et concernant parfois la peinture vénitienne. Boschini signale une Vénus de Titien casa Barbarigo et une de Giorgione in Ca Marcelo. Il est déjà d’un temps où les témoignages relatifs aux peintures du xvi® siècle doivent être d’abord soumises au doute méthodique.

Marco Boschini, Le minere délia pittura. Venise, 1664.

Ce livre est un guide de la peinture à Venise et dans les îles; mais les seuls tableaux énumérés sont ceux du palais des Doges, des églises et des écoles. Nulle mention des collections privées que visitait Michiel un siècle auparavant. Le livre débute par des notices sur les grands peintres de Venise. Dans celle de Giorgione,

BIBLIOGRAPHIE

Boschini dit que Giorgione et Titien ont été condisciples et rivaux; la chronologie de Ridolfi. est dès lors acceptée. Boschini confirme que de son temps on a peine à distinguer les portraits de Giorgione de ceux de Titien. — La notice sur Titien présente un vif intérêt en nous renseignant sur les procédés de ce peintre d’après les dires de Palma le Jeune qui avait connu le maître dans sa vieillesse. — Boschini donne une description précise de la Judith, alors visible encore sur la façade du Fondaco et il attribue à Titien le Christ de Saint-Roch.

A. Félibien, Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excellens peintres anciens et modernes. Paris, 1666-1688.

Félibien suit la version de Ridolfi. sur les rapports entre Giorgione et Titien : « Giorgione avec lequel il avait travaillé sous Jean Bellin, comme l’écrit le cavalier Ridolfi et non pas son second maître comme a dit le Yasari ». Ainsi l’erreur va se confirmant par la répétition. Félibien continue sa biographie en résumant Ridolfi avec des lacunes et des confusions.

Félibien termine en mentionnant quelques-uns des tableaux de Titien que possède le roi de France : le Marquis du Guast (c’est l’ Allégorie), les Pèlerins d'Ernmaüs, la Mise au tombeau , une Femme nue et des satyres qui la regardent, une Madeleine (tableau disparu), la Vierge au lapin.

Joach. de Sandrart, Academia nobilissimae arlis pictoriae, etc., Nuremberg, 1683.

La notice que l’artiste allemand consacre à Titien ne contient presque rien qui ne soit dans Yasari ou dans Ridolfi. Il énumère les tableaux les plus connus •de Titien avec une chronologie des plus confuses. Il lui arrive même de mentionner deux fois la même œuvre sans la reconnaître. Il signale que le Christ à la corde de Saint-Roch est bien une œuvre de Titien, quoique, dit-il, beaucoup l’aient attribué à Giorgione. Deux renseignements ne sont, je crois, donnés que par lui :

1° A l’âge de douze ans Titien peignait déjà des portraits très ressemblants, aux chairs vivantes, avec des cheveux, des draperies, des tissus de soie merveilleusement rendus. « Anno aetatis duodecimo icônes jam faciebat viventium similes admodum, carnosasque et vividas, capillis etiam, vestibus, et tela serica egregie expressis ». La tradition de l’extrême précocité de Titien s’était donc maintenue parmi les artistes jusqu’au temps de Sandrart.

2° Sandrart raconte que Titien dans sa vieillesse gâtait par des retouches ses œuvres de jeunesse et que ses familiers effaçaient ces retouches malencontreuses. ‘Ce détail est également intéressant car il provient sans doute de peintres, qui, comme Palma le Jeune, ont travaillé avec le maître pendant sa vieillesse.

Marco Boschini, Descrizione di tutte le pubbliche pitture délia citta di Venezia e isole circonvicine. Venise, 1733.

N’est que la réédition de Le minere délia pittura avec une addition des peintures exécutées de 1674 à 1733.

Anton Maria Zanetti, Varie pitture a fresco de ’ principali maestri Veneziani. Venise, 1760.

C’est seulement par les gravures de ce recueil que l’on peut se représenter l’allure de ces figures du Fondaco dei Tedeschi dont Yasari disait n’avoir pas compris l’action. Le graveur nous en conserve l’image dans l’état, déjà fort délabré, où elles se trouvaient au milieu du xvnie siècle.

Anton Maria Zanetti, Délia pittura veneziana e dette opéré pubbliche de ’ veneziani maestri, Venise, 1771.

Stefano Ticozzi, Vite dei pittori Vecelli di Cadore. Milan, 1877.

Etude sur les peintres de la famille de Titien. C’est dans ce livre que Ticozzi a publié l’oraison funèbre de Francesco Yecellio, le frère aîné de Titien et certaines •circonstances de la vie de l’aîné ajoutent à notre connaissance de Titien lui-même.

BIBLIOGRAPHIE

L. Cicognara, Elogio di Tiziano Vecellio. Discorsi letti nelia R. Veneta accademia di belle arti. Venise, 1809.

Luigi Lanzi, Storia pittorica délia Italia. Bassano, 1818.

Sans intérêt.

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