ACTE II, TABLEAU III. W
LE CHE\rALiER, déployant sur la table le jeu qu’il vient de se donner.
Vous voyez que c’esl avec un profond désintéressement, monsieur, car je perds la partie...
BLAVIGNY,
Ah ! bah I
LE SECRÉTAIRE
Pas une levée dans votre jeu... cinq basses cartes... Le roi dans le nôtre... En effet, monsieur.
BLAVIGNY, à lui-même.
C’est sublime ! découvert, il s’est arrangé pour perdre. Je ne lui croyais que du talent, il a du génie.
LE SECRÉTAIRE, OU Chevalier.
Nous ne continuons pas, monsieur? (Le Chevalier remercie gracieusement du geste ) Le prince trouvera probablement une place il la bouillotte ou au lansquenet. Prince... (Le Prince et son Secrétaire se sont levés et se dirigent vers le salon ; le Chevalier va en faire autant.)
scExn; VI.
BLAVIGNY, LE CHEVALIER.
BLAVIGNY, frappant légèrement sur l'épaule du Chevalier. .
Pardonnez-moi, monsieur, la liberté de mon procédé ; mais cette rencontre n’eiant pas la première entre nous, il me semble que nous ne sommes pas étrangers l’un à l’autre. J’ai suivi avec beaucoup d’attention les quatre ou cinq parties que vous venez de jouer. C’est très-beau. J’ai une affaire formidable à vous proposer. C’est un plan gigantesque, conçu depuis longtemps, mûri par la réflexion... Mais, avaui de vous le communiquer, souffrez que je vous adresse quelques questions, dernières hésitations de la prudence. Avez-vous à vous plaindre du sort?
LE CHEVALIER
Enormément.
BLAVIGNY.
Croyez-vous è la probité dans ce monde?
LE CHEVALIER
Non.
BLAVIGNY.
A la plus légère honnêteté ?
LE CHEVALIER
Non.
BLAVIGNY.
Pensez-vous que s’il est une profession honnête de nos jours, c’est celle de coquin?
kB
LE CHEVALIER
T rès-certainement.
BLAVIGNY.
Je n’hésite plus. Coname je vous le disais, j’ai médité, et, au bout de mes méditations, j’ai trouvé...
LB CHBVALIER.
Quoi?
BLAVIGNY.
Un million.
LE CHEVALIER
Partageons !
BLAVIGNY.
Un instant l Vous savez que les trésors ont toujours été bien gardés.
LE CHEVALIER
Continuez.
BLAVIGNY.
Je me suis dit qu’il fallait ressusciter quelque chose qui ressemblât k ces vieilles tontines dont quelques rares actionnaires épars sur ce globe attestent encore l’antique splendeur. Je fonde une banque; les prospectus seront lancés demain, et elle fonctionne aussitôt.
LE CHEVALIER
Je ne vois pas encore où gît le million.
BLAVIGNY.
Attendez! le lièvre va partir. Cette banque doit se composer de dix souscripteurs, dont la mise sera do cent mille francs pour chacun. Total : un million.
LE CHEVALIER
Le voilà.
BLAVIGNY.
Vous m’écoutez ?
LE CHEVALIER
Des yeux, de l’oreille et de l’intelligence.
BLAVIGNY.
Il faudra un directeur : c’est vous; car toutes les garanties désirables serotit offertes aux souscriplcuri. Je m’inscris pour cent mille fram s.
LE CHEVAI.lF.r..
Pour cent mille francs! vous!
BLAVIGNY.
On peut toujours s’inscrire pour cent mille francs, le dixièm® de l’opération. Maintenant voici ce qui reste à faire. Vous lancez
Digi‘