A€TE 111, TABLEAU V
U“® DE MOEVAL.
Et pourquoi ?
MARTHE
J’ai quitté le grand atelier de la rue Saint-Denis; je travaille en chambre ; et, chez moi, n’ayant personne pour m’aider, il me serait impo-sible de faire d’ici à demain les trois coiffures que madame désire emporter.
LA CÜMTI SSE.
Ah 1 vous avez quitté l’atelier ?
MARTHE
Ma tante l'a exigé.
LA COMTESSE
C’est singulier. J’ai connu autrefois une jeune ouvrière, et précisément die était flcuiisle comme vous, qui cessa d’aller a l’atelier quand elle fut sur le point de se marier.
Ce n’est pas un semblable motif qui aura amené ce changement dans mou existence.
M”® DE MORVAL.
Tant pis.
LA COMTESSE
Tant mieux, peut-être.
M”® de MORVAL.
Ma chère amie , il faut bien que les jeunes filles se marient, n’est-ce pas, Marthe ?
‘MARTHE
Ce n’est pas la bonne volonté qui leur manque.
LA COMTESSE
Et que vous manque-t-il donc?
MARTHE
Ce n’est pas de moi que je parle, madame.
LA COMTESSE
Et si c’était de vous ? Ce n’est pas l’amour, je gage, qui manquerait...
MARTHE
Madame...
■ LA COMTESSE
Ne rougissez pas ainsi. C’est un sentiment si naturel à votre Age que vous peuvez l’avouer sans honte, et surtout à deux personnes qui vous portent un vif intérêt. Si jolie, pourquoi ne vous mariez-vous pas?
Ja suis trop pauvre , madame.
LA COUTESSR.
Trop pauvre... trop pauvre... si vous aimez plus haut que vous.
MABTHR , se retirant.
Madame m’excusera donc si je ne puis lui offrir mes services.
^ M“® UK MORVAL, bai à la Comtesse.
btes-vous convaincue qu’entre celte jeune fille et monsieur de Saint-Evremond il n’exi.4e pas la plus légère intimité?
LA COMTESSE, bas à Mme de Morval et en se levant.
Pas encore. [Saut.) Mademoisehe Marthe ?
MARTHE, revenant.
Madame.
LA COMTESSE
Vous répondez et au delh h tout le bien que nous ont dit de vous vos amis. Vous me plaisez beaucoup.
MARTHE
Madame est trop bonne.
En quittant la France, je veux laisser quelqu’un qui pensera quelquefois è moi avec bonheur. Vous venez de nous dire que vous ne vous mariez pas parce que vous ôtes trop pauvre.... L’aveu est louchant... aimer et ne pas se marier î (Elle examine attentivement Marthe.) Languirdans un esf.oir oui ne se réalisera peut-être jamais... quelle déception ! quel suplice !... Ma chère Marthe, si vous aviez au cœur un amour sérioux, dites-nous-lc sincèrement pour me donner la joie de faire le bien que je rêve. Vous aurez une dot pour voire franchise.
MARTHE
Madame, je ne veux pas me marier; mais merci, merci, pour tant de bontés.
LA COMTESSE
Je ne voue retiens plus, vous me connaissez assez maintenant pour savoir à quel point je m’intéresse à votre avenir. Faute de temps, disiez-vous, vous ne pouvez pas faire les coiffures de bal que je vous ai demandées?... Eh bien ! prenez dix jours, quinze jours, un mois. J’attendrai, vous me les ferez parvenir... Ah ! j’oubliais... 11 faut que je vous dise où vous m’adresserez ces trois coiffures : à madame la comtesse de Brennes.. Mais à quoi bon? C’est inutile, pour |e moment... Mqnsieur de Sainl-Evremond, qui vient avec nous a Constantinople, vous lediraavantdequitter Paris. ^
MARTHE, avec une grande expression et une grande vivacité.
11 part 1
La comtesse, bas à wiadome de Morval.
Laissez-moi !
Mais...