‹ La jeunesse doree drame en cinq actes et neuf tableauxChapitre 74 sur 100 · LE COMTE, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

LE COMTE, LA COMTESSE

LE COUTE

J’ai frappé tantôt à la porte de vptre chambre ; vous ne m’avez pas ouvert.

LA comtF.sse.

Je n’ai pas entendu... j'étais sans doute... oui, j’étais au balcon.

LE COMTE

C’est ce que j’ai dû supposer.

LA COMTESSE

La soirée est si chaude... c’est du feu qu’on respire... on a besoin d’air.

' LE COUTE

Et de solitude.

LA COMTESSE, s'asseyant à gauche.

On pst bien forcée souvent d’accepter l’ennui d’être seule.

LE COMTE

Vous n’êtes seule, il me semble, qu’aiitant que vous le voulez bien; mes appartements, pour ne parler que de moi, vous sont ouverts h toute heure, etjp ne mo suis jamais montré avare de ma présence toutes Jes fois que j’ai pensé qn’ellq pourrait oc pas trop vous contrarier... vous importuner.

LA COMTESSE

IMe contrarier! m’importuner! vous! je suis trop heureuse!

LE COMTE

Vous n’êtes pas heureuse, Amélie, non ; du moins vous ne l’êtes plus.

LA. COMTESSE

Que diles-Tous?... Je ne sais pourquoi vous supposez...

LE COMTE

Je ne suppose rien... J’accuse avec franchise ce que je vois.

Est-ce que monsieur de Grandchanip ?...

LE COMl'E.

Monsieur de Grandchamp n’a aucune influence sur moi, et il n’a pas apporté dans mon intérieur le découragement dont je .souffre , dont Je me plains... oui , dont je me plains; car, ma chère Amélie, je ne vous le cacherai pas, j’ai mis tout mon bonheur en vous ; je croyais aussi faire le vôtre : le ciel , qui m’a refusé la douceur d’avoir des enfants, a placé eu moi en m’unissant à vous, et comme la meilleure des compensations, à côté de l’affection du mari, l’inépuisable bonté d’un père. Ainsi, quand votre tendresse m’oublie ou s’éloigne, je suis blessé doublement, je pleure à la fois sur la froideur de l’épouse et sur l’ingratitude de l’enfant.

LA COMTESSE

Froideur ! ingratitude !

LE COMTE

Amélie, jugez de la désolation de mon cœur par l’amertume do mes paroles.

LA COMTESSE

Mais enfin, pourquoi cette désolation, cette amertume?... Est ce que monsieur de Grandchamp'!*...

LE COMTE

Laissons^ ce Grandchamp !... il fait son métier d’homme du monde... Mais, dites-moi pourquoi , Amélie, depuis quelques mois mes nuits sont presque sans sommeil , mes rêves douloureusement agités, mes idées sans suite; pourquoi tout à coup j’ai des défiances, des terreurs , des jalousies et parfois des colères, dont la violence me fait rougir’? car, en vérité, ces violences , ces jalousies, ces colères sont et seront toujours sans cause, n’est-ce pas, Amélie ?

LA COMTESSE, qui est allée s'asseoir à droite.

Mais sans doute.

LE COMTE, à part.

Son embarras semble la trahir! Ah! je-voudrais me tromper! {Haut en s'asseyant près d'elle.) Amélie, si j’ai fait quelque chose pour votre bonlieur, faites quelque chose pour ma tranquillité... Je ne suis plus jeune ; je n’ai plus pour contrepoids à mes travaux, à mes fatigues , des distractions sans nombre, des fêles h chaque pas : je n’ai plus môme les goilis sérieux do l’âge mûr, l’ambition, le besoin tle renommée, la soif des honneurs ;

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