‹ La jeunesse doree drame en cinq actes et neuf tableauxChapitre 77 sur 100 · ACTE IV, TABLEAU VL · texte numérisé non relu

ACTE IV, TABLEAU VL

me fit connaître à monsieur le comte de Brennes, qui daigna généreusement m’offrir sa main. !’ri un jour, je passai de la gêne au luxe d-i la plus grande riches e. J’eus un nom, un hôlel ; je m’appelai la comtesse de Brenties. Savez-vous comment j’ai reconnu tant de bonté, tant de dévouement? Je yous ai aimé!... oui, après quelques années de mariage, j’ai trompé celui qui a tout fait pour moi, qui in’a fait illustra et honorée, qui m’a fait sa femme enfin. Et je l’ai trompé pour qui? pour un jeune homme tout k fait indigne.

JULES

Madame !

LA COMTESSE, ouvraut la lettre de Jules à Marthe et lisant avec

émotion.

« Ma chère Martbe. »

JULES, à part.

Ma lettre I

LA COMTESSE, Continuant.

« D’où vient votre long silence? M’avez-vous oublié? ne m’aimez-vous plus ? Vous me croyez heureux peut-être? Ah! ,sî vous saviez combien cette fausse prospérité que je subis m’accable, me tourmente ! Oui, la nature est belle ici, mais ces splendides paysages cessent d’être un séjour de délices pour devenir une solitude un désert sans quelqu’un k qui vous puissiez dire, la main dans la main, les yeux sur les yeux : Ce ciel est limpide et pur, aimonsnous; ces fleurs embaument, aimons-nous; celte nuit est claire et resplendissante, aimons-nous!» {Jules prend vivement la lettre des mains de la Comtesse. ) Jules! déchirez-la, j’oublierai tout, je vous aimerai encore ! ( Jules plie la lettre et la met dans sa poche, près du cœur. •) Monsieur de Saint-Evremond ... quand j’ai cédé fatalement au penchant qui m’entraînait vers vous, j’ai eu le courage da vous dire : Je n’aime plus celui que je devrais aimer, c’est vous que j’aime ! Cela était mal, cela était coupable aux yeux du monde, je le sais; mais aux vôtres, du moins, cela avait du moins le mente de la franchise. Vous êtes-vous conduit ainsi? Avez-vous eu le cœur de vpus élever par celte sincérité au niveau d’une femme? M’avez-vous révélé?... Vous ne m’avez révélé que votre hypocrisie.

JULES

Madame, il faudrait au moin$>...

LA COMTESSE

Quoi?... Vous entendre ?... Je vous ai montré... vous tenez vous-même la preuve de votre trahison. Oui, ma confiance, mon affection, ma tendresse, mes plus chers seplimeuts ont été perfidement trahis par vous.

JULES

Vous allez loin, madame.

LA COMTES?: K

Vous avez odieusement, mais habilement abusé du silence que l’orgueil de ma position, que la contrainte de mes devoirs imposaient <1 mon funeste amour; car ii y a longtemps que je souffre. Mais ces combats, ces lortures de chaque jour, vous avez feint ' de les ignorer, vous bornant à les faire servir à votre fortune.

JULES

C’est vous qui parlez !

LA COMTESSE

Voilîi !... vous vous disiez : elle voit tout, mais elle ne parlera pas... Elle aura peur du monde... Elle n’a plus peur de rien!... Elle a parlé, elle parle enfin ! Oui, je vous ai recueilli dans le naufraee, je vous ai sauvé, mais je vous aiipais, c’était mon devoir, c’était mon orgueil, c’était mon bonheur de vous aider,'de vous secourir. Mon hôtel a été votre hôtel, mes domestiques les vôtres. Je vous ai conduit dans le monde, partout. Je vous aurais conduit au ciel, si je ne me l’étais fermé pour vous. Si vous ôtes quelque chose, tout ce que vous êtes, c’est à moi que vous le devez.

JULES

Assez, madame!

LA COMTESSE

Avez-vous dit assez quand, après vous avoir fait donner par l’ambassadeur d’Autriche la croix de Marie-Thérèse, j’y ai fait ajouter cette croix d’honneur?... Vous laissâtes tout au plus tomber quelques stériles larmes de reconnaissance sur la main qui vous l’attachait en tremblant!... Ingrat ! ingrat! ingrat!

JULES

Madame I

LA COMTESSE

Oui, ingrat par le cœur, ingrat par l’esprit, ingrat sans noblesse, qui n’a pas la mâle brutalité de l’homme qui rompt bravement avec une femme, qui la poignarde en face... Vous êtes l'homme faux et méchant qui la trompedansTombre.quin’a que la cruauté qui rampe. Non, vous n’êtes pas un ingrat, je me trompais, je vous demande pardon ! vous ôtes un lâche !

JULES

Taisez-vous, madame, taisez-vous ! <

LA COMTESSE

Ma douleur la plus poignante, je ne vous l’ai pas encore dite;

' elle est dans l’humiliation inexprimable que vous m’avez faite en me donnant pour rivale une fille de rien, une grisette... une mademoiselle Marthe!

JULES

Marthe! Vous avez prononcé, vous avez osé s(>uiller ce uoiu!

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