‹ La jeunesse doree drame en cinq actes et neuf tableauxChapitre 84 sur 100 · ACTE IV, TABLEAU VU · texte numérisé non relu

ACTE IV, TABLEAU VU

HARTHB.

C’est vrai. On nie disait qu’il était perdu ; on me demandait de me sacrilior à son avenir, à son bonheur. Je l’ai fait, j’ai eu ce couragH un moment, je ne l’aurais plus! jo ne l’ai plus, car je nesouflre pas seul ment de l’absence : il est une autre douleur,

plus aiguë, plus profonde... la jal je ne peux pas tout vous

dire, monsieur... on s’inquiète quand on aime, et puis, de loin, on oublie, dit-on. Je n’oublie pas; mais lui !... il ne m’a pas écrit, et ce silem e, outre ce qu’il a de cruel pour moi, me met ici dans uno position bien douloureuse. Jo ne peux pas exiger de ma tante qu’elle patiente toujours. Du jour où elle me saurait abandonnée elle me forcerait à prendre un parti, et quel parti !... voilà ce qu’il ne sait pas, ce dont il ne s’inquiète pas, du moins... depuis plus d’un an il ne s’est pas informé de ce que je devenais.

BLAVIGNV.

Il y a plusieurs mois vous demeuriez au Temple; n’est-on pas venu de sa part vo us apporter...

HAHTHE.

Ah ! monsieur !

BLAVIGNT.

Vous avez tout refuse, je le sais.

HARTUE.

Le revoir un jour, une heure, voilà ce que je souhaite, ce que j’implore... Mon üieu ! je ne demande pas qu’il reste à Paris, qu’il y cherche une position... cependant s’il y était, il pourrait attendre et en choisir une. Je n’ai pas d’ouvrage dans ce moment, c’est vrai, mais s’il était là , j’en aurais... il connaît tant de monde!... lui-même dans le temps m’avait offert... S’il était là, je travaillerais... si vous savn z comme je travaille bien... comme je peux travailler longtemps... sans compromettre ma santé... et d’ailleurs, ma santé, qu’importe? Je suffirais à tout, avec bonheur, avec orgueil... je le sens... j’en ai la force... Mais qu’il revienne, monsieur, qu’il revienne I...

BLAVIGNV.

Mademoiselle, le, sacrifice que vous demandez là est impossible. M. de Saint-Évremond doit à tout prix se créer une carrière. 11 a perdu sa fortune : beaucoup de gens lui reprocheront de l’avoir follement dépensée. A leurs yeux cet amour a peutêtre été fatal à ses intérêts.

M.ARTHE.

Fatal, dites-vous?... cet amour?... on m’accuserait d’avoir contribué à sa ruine ?

ElAVlGNY.

Croyez-moi, mademoiselle; pour vous-même, pour lui, cette

séparation est une nécessité. Vous reconnaîtrez heureusement un jour que le mal a toujours son contre-poids. M. de Sainl-Evremond ne manquera pas à sa destinée. 11 s’entourera de l’estime, de la considération du monde, et vous, bonne, jeune, belle, comme vous l’êtes, vous pourrez trouver de votre côté, dans une condition brillante, l’oubli...

MARTHE, se levant.

Assez, monsieur I Non, vous me trompez, vous ne venez pas de la part de Jules. Quel que fût son message, il ne m’eût pas envoyé quelqu’un qui se ferait un jeu de me tourmenter sans miséricorde. Non! il ne vous a pas chargé de me dire que je devais l’oublier. Non ! m’abandonnât-il, il ne le ferait pas avec cette cruauté. ( Blavijny lui tend un paquet qu’il a tiré de sa poche. ) Toutes mes lettres !... encore cachetées 1 ( Elle tombe sans connaissance sur une chaise.)

BLAViGNY, la considérant.

Mourante du coup de poignard qui l’a frappée, {déliant à elle.) ûladeinoisclle... reprenez vos sens... Immobile!... Diable, c’est sérieux!... {Appelant.) Quelqu’un!.., quelqu’un! du secours!

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