ACTE Y, TABLEAU VUI
LE CHEVALIER
Vicomte, tous avez pour les atfeclions de famille un faible dangereux.
BLAVIGKY.
Tenez, chevalier, la pente sur laquelle nous sommes est terrible, et je me sens entraîné par un violent besoin d’en finir.
LE CHEVALIER
Voilà précisément ce qui m’inquiète pour nous. Heureusement, le général n’est pas venu.
BL A VIGNY
Il ne viendra pas. Renfermé dans son château de Bièvre, il n’en sortira que le jour où, relisant ses menaces, il aura ordonné à monsieur de Saint-Évremond de se trouver dans un endroit public pour lui demander compte, là, d’un .article injurieux , d’un de ces articles qu’on n’elTace que dans le sang.
LE CHEVALIER
Comment savez-vous?...
BLA VIGNY
Par la comtesse.
LE CHEVALIER
J’eusse désiré qu’elle vous eût bien moins bien instruit; car si tous ces faits ne vous étaient pas connus, vous seriez peut-être moins avide d’une conclusion. Or, l’impatience est dangereuse. Écoutez-moi, monsieur de Blavigny ; quatre mois se sont écoulés depuis l'accident arrivé à Grandchamp; en voilà un, à peine, qu’a disparu, le comte Petrowski... huitième inscrit, vicomte de Saint-Kvreraond...
BLAVIGNY.
De Blavigny, monsieur. Du jour où j’ai conçu la pensée d’un crime, j’ai cessé de porter le nom de mes pères : risquons nos personnes, notre vie... notre nom? jamais!
LE CHEVALIER
Vicomte de Blavigny, vous allez trop vite.
BLAVIGNY.
Chevalier Paul, ne vous ôtes-vous jamais familiarisé avec l’idée d’une défaite possible? vous fait-elle peur? Quant à moi, je marche depuis b nglemps vers le but que je veux at'eindre. Il faut que je fasse halte, soit dans un reposée luxe et de richesse, soit dans le calme final d’une mort quelconque.
LE CHEVALIER
Eh ! pci incllez !... Toutes ne me convicudraicnl pas égalcracn à moi, et si une catastrophe...
BLAVIGNT.
J’ai classé ce dénoûment dans le programme de ma destinée.
SAiNViLLB, rentrant.
Eh bien ! vous me laissez là, chevalier ?
BI.AVIGNY.
A tablel monsieur deSainville! à lablel et à vos amours I à l’insouciance! au plaisir! à l’oubli!... (De nouveaux éclats de rire se font j.uiendre. Sainville, le chevalier Paul entrent msemhle dans la salle à manger. Au momenl où Blavigny va entrer avec ena\ il s'arrête et s'écrie : ) Jules !... [Les portes se ferment sur le Chevalier et Sainville.)
SCEKB m.
BLAVIGNY, JULES.
BLAVIGNT.
Vous, mon cousin! vous ici! Et qu’y venez-vous faire?
JULES
Je viens vous demander un service, monsieur.
BLAViGNÏ.
Un service?
JULES, après un silence.
Bermettez-moi, monsieur, de rester dans cette salle; plus tard, quand il en sera temps, je vous dirai le motif qui m’y a amené.
blavigny, l’examinant.
Libre à vous, mon cousin.
JULES
Je ne vous retiens pas, monsieur.
BLAVIGNY, fausse sortie.
Une seule observation : j’ignore quelle est la nature de l’affaire dont vous avez à me parler; mais notre réunion est nombreuse.
JULES
Je le sais.
BLAVIGNY.
On va passer dans ce salon, et peut-être ne vous conviendrait-il pas de vous trouver tout à coup entouré des personnes qui la composent.
JULES
Vous' vous trompez, monsieur; c’est au milieu d’elles que je viens.
BLAVIGNY.
Au milieu d’elles?
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