‹ La jeunesse doree drame en cinq actes et neuf tableauxChapitre 90 sur 100 · ACTE V, TABLEAU VIII · texte numérisé non relu

ACTE V, TABLEAU VIII

jui.es.

AhI de grâce! monsieur de Blavigny, ni réflexions ni questiotis, je vous en conjure.

BLAVIGNY.

Soit! mais vous no (rouvertz pas étrange, mon cousin, que je sois supris de vos paroles, quand, depuis votre retour, depuis un mois, je vous ai vu vivre dans la solitude la plus profonde et pousser l’éloignement pour toute société jusqu'à éviter ma rencontre. ^

JULES

Ah ! c’est que dans votre présence, monsieur, il y a pour moi des souvenirs amers, tout un passé dont je rougis. Bardou; je ne vous adresse pas de reproclie', je n’en ai pas le droit; vous et moi avions une façon de sentir diflérenie. Vous pensiez qu’après avoir été inutile aux autres dans la prospérité, on était fatalement impuissant pour soi-même dans l’indigence; vous pensiez qu’on pouvait sans honte trouver dans l’amour, dans la générosité d’une femme les éléments d’une prospérité nouvelle; vous vous trompiez. L’âme se dégrade à recevoir de tels bienfaits, et l’impuissance est la même le jour où la main qui vous avait soulevé vous abandonne. Je sentais, moi, qu’il fallait renoncer à ce monde dans lequel j’étais né, et chercher obscurément mon salut dans les ressources de ma propre énergie. C’était moi qu’il fallait croire. L’homme doit marcher dans la condition que le hasard lui fait, et, s’il en veut sortir, il faut que ce soit par les seuls efforts de sa puissance individuelle. Son levier, c’est son esprit; son point d’appui, son cœur. Mais qu’importe, après tout, que j’aie été lâche ou brave? Qu’importe la voie dans laquelle j’ai marché, aujourd’hui qu’elle est parcourue et que je suis au bout?

BLAVIGNY.

Vous, Jules 1... Mon cousin, vous me direz quel motif vous a amené, je veux le savoir!...

UNE VOIX, annonçant dans la pièce du fond.

Monsieur le général comte de Brennes!

JULES

Vous le savez maintenant; présentez-moi à ces messieurs, monsieur de Blavigny.

BLAVICNT.

Vous présenter ! c’est là ce que vous attendiez de moi?... et le général vient d’entrer... Ah! je devine.'... Jules, un jour, à Constantinople, vous avez signé un papier; aujourd’hui, sur ce papier, il y a un article de journal. Eh bien! cet article, il a paru... il doit paraître ce soir!... Kt voilà pourquoi le général vous a appelé ici, pourquoi vous êtes venu, pourquoi il vient lui-

môme... Cet article, il veut le lire en votre présence et ici, en public, devant tous, vous le jeter à la face avec les non^s d’infn'at et d’infâme 1 Ai-je bien deviné, suis-je bien insiruit? {Marchant à grands pas.) Oh! se résigner à un pareil châtiment ! aller audevant d’une telle injure! subir une aussi indigne vengeance! oui, indigne I... 11 vous connaît, il sait que vous n’attenterez pas à ses jours, que ni vcre balle ni votre fer n’effleureront sa poitrine ! Eh bien ! je dis, moi, que ce qu'il fait la est d’un lâche !... oui, d’un lâche !... {ylvec énergie, après un moment de silence.) Mais vous vous défendrez, monsieur, vous ne vous laisserez pas égorger comme un enfant, comme une victime?... L’instinct de la vie...

JULES

La vie, monsieur! Elle fut donc bien douce pour vous?... La vie, elle m’a quitté le jour où, apiès des recherches sans nombre, j’ai renoncé à l’espoir do retrouver dans Paris la seule personne qui me la fît aimer.

BLA VIGNY

Marthe ! ah ! fatal amour qui vous a perdu !

scEim XV.

Les Mêmes, LE GÉNÉRAL, LE BARON, SAINVILLE, LE

CHEVALIER, Invités, Domestiques. {Les portes du fond res-

tenl ouvertes.)

LE GÉNÉRAL

J’arrive bien tard, messieurs; mais enfln j’arrive pour le café.

LE BARON

En effet, nous ne comptions plus sur vous.

LE chevalier.

C’est une heureuse surprise que vous nous causez, général. {A part.) 11 est venu !... L’impatience je Blavigny m’inquiète.

blavtgny.

Messieurs, je vous présente monsieur de Saint-Evremond!

LE BARON

Eh! vous voilb, mon cher Jules!... Comme il y a longtemps qu’on ne vous a vu !

SAINVILLE

C’est vrai. Qu’est-ce que lu deviens donc, très-cher?

LE BARON

C’est mal d’oublier ses anciens amis, Jules.

LB GENERAL

Et de négliger même les nouveaux; car monsieur do Saint- Evremond nous néglige comme vous. {Souriant.) Il est vrai qu’un ambassadeur en disgrâce doit se résigner à l’abandon. (71 se dirige vers la cheminée à gauche.)

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