‹ La jeunesse dorée sous Louis-PhilippeChapitre 17 sur 96 · ENVOI A MADAME G · texte numérisé non relu

ENVOI A MADAME G

L'Amour se rit d'une plainte frivole, A ce dépit le fripon ne croit pas :

80 L.é. JEUNESSE DOREE

Il prend vos traUs, la promesse s'envole, Et le plus sas;-e en vain chante tout bas : Plus n'aimerai.

A ses talents de chansonnier, M. de Goupigny en ajoutait d'autres qui le faisaient rechercher dans la société parisienne : il jouait la comédie à ravir et excellait dans les rôles d'Arlequin, auxquels son physique le rendait très propre. Sa fln, qui intrig-uait Taltet, fut celle d'un déiste de l'école de Voltaire, comme le prouvent ses dernières dispositions que j'emprunte au Figaro du 24 juillet i835:

« Quand Dieu m*aura retiré la vie qu'il m'avait donnée, je le prie de la juger dans sa justice miséricordieuse et je désire que mon corps soit renfermé dans un cercueil de bois de chêne et inhumé dans le cimetière du Père-Lacliaise.

(( Il sera, è cet effet, acheté à perpétuité un espace nécessaire pour rexécution du tombeau dont la forme simple est ci-jointe.

i( Cette place sera choisie près de l'endroit où reposent les artistes et les g^ens de lettres qui la plupart m'honoraient de leur estime et de leur amitié; ce motif seul, et non une ambitieuse vanité, me fait désirer d'être encore auprès d'eux.

« Sur mon tombeau, en pierre dure, convenablement entouré, et au chevet duquel sera planté un peuplier ou un saule pleureur, on gravera en creux noirci les inscriptions suivantes :

« Sur l'une des faces :D. 0. M. André- François

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de Coupigny, homme de lettres, né à Paris le lo janvier ijS6y mort le i6 juillet 1 835, avec cette épigraphe :

« Celui qui aime et fait le bien est agréable à Dieu; il vivra dans la mémoire des hommes. (Psalm.)

«Sur l'autre face : Ouiesco tandem in spe.

« Je désire que mes obsèques soient faites avec la plus décente simplicité.

« Ne pouvant indiquer ici les personnes de ma connaissance ni leurs demeures, un avis inséré la veille dans les journaux préviendra de la cérémonie les amis qui voudront bien m'honorerde cette marque d'attachement et que j'en remercie d'avance.

Pour un peu M. de Goupigny aurait ajouté :

« On est prié de n'envoyer ni fleurs ni couronnes. »

Mais l'usage n'était pas encore établi de transformer les corbillards en corbeilles. S'il faut en croire M. Gh. Bocher (i), ce fut la duchesse de Morny, notre ambassadrice à Saint-Pétersbourg, qui amena cette mode contre laquelle on commence à réagir aujourd'hui. Les marchands de fleurs lui doivent donc une fière chandelle.

(i) Cf. ses Mémoires, t. II, p. 407.

HUITIÈxME LETTRE

à Félix A r vers.

[Bade] 29 août [1887].

Mon domestique, qui part à l'instant pour Paris^ te remettra ces deux mots que j'écris à la hâte ; mon cher ami, depuis que je ne reçois plus de lettre de toi, je suis comme un corps sans'âme. Ecris- moi à Vienne plusieurs fois afin de réparer le temps perdu. Je quitte Bade demain. Que de choses j'aurai à te conter au retour ! M™e P...(i)va donc à Saint-Pétesbourg- ? Sais-tu quand elle se mettra en route ? Je pourrais revenir à Paris, j'espère, quand elle n'y sera plus, n'est-ce pas ? Je t'embrasserai, toi, probablement dans la première quinzaine d'octobre. Des 270 francs que tuas à moi il faut en déduire 200 pour Blerzy(2), à qui j'en dois beaucoup d'autres. Pourquoi les as-tu donc donnés à ma mère ? Sous aucun prétexte il ne fallait t'en séparer. En tout

(1) Femme d'un musicien bien connu pour ses aventures galantes. C'est elle que Tattet, Musset, Roger de Beauvoir et deux ou trois autres rasèrent un jour des pieds à la tète, après lavoir attachée Bur un lit, pour se venger de ses infidélités et de certains propos qu'elle avait tenus sur eux.

(2) Fils d'un agent de change de la place de la Bourse.

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cas, dis-lui que je leur ai donné une autre destination et qu'il te les faut. Gela me contrariera plus que tune peux le penser si tu ne remets pas la main dessus. Que devient le silencieux Henri Ternaux ? — Que disent mes parents? Vas-tu voir quelquefois ma bonne mère? Oui, j'espère. Qu'elle ait au moins autour d'elle quelqu'un qui me rappelle à son souvenir. J'ai grand besoin de cela,

Adieu, cher, adieu. As-tu des nouvelles de Sallandrouze? Fais-lui donc une petite visite en mon honneur. Parle-lui de M™* P..., de moi, de lui et tâche de savoir s'il m'en veut un peu. J'en serais au désespoir, l'aimant du fond du cœur.

Que dis-tu des lois sur la Presse ? Quelle brutalité et quel aveug'lement ! et l'on dit que le monde est en progrès !.. A bientôt une nouvelle révolution.

Tout à toi de cœur et d'âme,

' ALFRED

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