‹ La jeunesse dorée sous Louis-PhilippeChapitre 7 sur 96 · FÉLIX ARVERS · texte numérisé non relu

FÉLIX ARVERS

d'après un daguerréotype appartenant a M. I.éon SiÎchk.

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et Paul Foiicher, sous le titre En attendant. Ce n'est qu'en i836, le i5 mars, que le Vaudeville joua sous son nom une comédie en un acte intitulée Deux Maîtresses. Arvers y avait traité cette question assez scabreuse : un jeune homme dépenset-il plus de temps et d'arg-ent avec une grisette qu'avec une femme du monde ? Et sa conclusion était celle-ci : laissez les grandes dames et aimez les modistes.

Le lendemain, Jules Janin, rendant compte de la pièce, écrivait : « Lauréat de l'Université, j'ai bien peur que ce beau titre, qui a été notre envie à tous, ne nuise un jour à l'élection académique de M. Félix Arvers, quand ses vaudevilles (puissentils être nombreux 1) l'auront porté à l'Institut. »

Ce n'étaient pas ses titres universitaires, mais ses vaudevilles, qui auraient nui à Arvers, s'il avait eu jamais l'idée de briguei un fauteuil à l'Académie. J'ai plus de confiance dans l'opinion de Sainte- Beuve à cet égard que dans celle de Janin. Or, Sainte-Beuve, parlant un jour du sonnet d'Arvers, disait ceci : « Arvers, qui n'a pas toujours visé très haut dans l'art, qui n'a pas réalisé toutes les espérances qu'avaient fait naître ses brillants débuts, ses succès universitaires, qui s'est un peu dispersé dans les petits théâtres et dans les plaisirs, a eu dans sa vie une bonne fortune : il a éprouvé une fois un sentiment vrai, délicat, profond, et il l'a exprimé dans un sonnet adorable. Ce n'est pas un de ces sonnets savants, fortement pensés, habile-

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ment ciselés, comme Soulary sait les faire, c'est un sonnet tendre et chaste : un souffle de Pétrarque y a passé. Si Arvers a beaucoup péché, il lui sera beaucoup pardonné pour ce sonnet-là (i).

Sainte-Beuve avait raison. Mais, pour mener la vie de plaisirs qui Tépuisa si vite, Arvers avait besoin d'argent, et ce n'est pas la poésie qui pouvait lui en donner. Et donc pendant quinze ans il demanda sinon son pain, du moins le superflu, aux théâtres du boulevard, voire à la Comédie-Française, avec des pièces plus ou moins légères dont quelques-unes eurent beaucoup de succès. Je citerai entr'autres les Dames patronnesses, proverbe mêlé de couplets, en collaboration avec Scribe ; — Delphine, drame-vaudeville en deux actes, avec Paul Foucher ; Base et Blanche, vaudeville en un acte ; — les Parents de la Fille, comédie en un acte, avec d'Avrecour ; — la Course au Clochery comédie en trois actes et en vers, jouée au Théâtre- Français le 8 mars 1889 et qui eut quatorze représentations ; — le Second mari, comédie en trois actes, en vers, jouée au même théâtre, et qui n'eut pas plus que l'autre les honneurs difficiles d'une reprise ; — les Anglais en voyage^ vaudeville en un acte, avec d'Avrecour, qui obtint un succès de fou rire ; — enfin le Banquet des camarades, autre vaudeville, qui fut le chant du cygne d'Arvers. Dans cette pièce, un des personnages racontait que le prix d'honneur de 1824 était

(i) Nouveaux Lundis, t. III.

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souffleur aux Funambules. Or, c'est justement cette année-là qu'Arvers remporta au Concours général le prix d'honneur de discours latin et le premier prix de discours français. 11 n'y paraisssit guère dans le Banquet des Camarades ; nous étions même, avec ce banquet, à cent lieues de celui de Platon. Mais, à tout prendre, Arvers n'avait pas trop à se plaindre de la destinée, puisque, après avoir rempli le programme que lui avait tracé Tattet, il laissait derrière lui, à défaut de chefsd'œuvre au théâtre, un sonnet immortel.

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