‹ La jeunesse dorée sous Louis-PhilippeChapitre 93 sur 96 · LETTRES D'ALFRED DE MUSSET · texte numérisé non relu

LETTRES D'ALFRED DE MUSSET

Les lettres suivantes ont été publiées par M. Jean Monval dans le Correspondant du 10 mars dernier. Elles faisaient partie d'une liasse de papiers provenant du cabinet d'Alfred de Musset que Mme veuve Martellet, son ancienne gouvernante, avait donné en copies à François Goppée, à la fin de l'année 1896, pour le remercier d'avoir fait aboutir une demande de secours qu'elle avait adressée à l'Académie-Fran ^ çaise.

Nous les reproduisons ici, d'abord parce qu'elles sont parmi les plus spirituelles qu'ait écrites Alfred de Musset, ensuite parce que certaines d'entre elles en complètent quelques autres plus ou moins mutilées que nous avons réunies, en 1907, à la Correspondance au. poète, d'après les journaux et les revues où elles avaient paru d'abord.

11 n'est pas très sûr, d'ailleurs, si nous en jugeons par celle que nous donnons dans le corps du présent volume, p. i65, que M™^" Martellet ait eu les originaux de ces lettres entre les mains.

A Madame Jaubert (i), au château d'Aajerville (2).

[Fin septembre i84o].

J'ai commencé, marraine, par être assez mal portant, ud

(i) La marraine d'Alfred de Musset.

(2) Propriété de Berryer. Voir notre livre sur Alfred de Musset, tome H.

peu même beaucoup ; j'ai dormi à propor au plus si je suis absolument réveillé à pi barbouille pour vous conter l'histoire de m passé.

Ire impression de voyag-e d'Augervill Causerie fort agréable... visite non moins leur Aublée, je ne trouve pas de place à la

2* impression. Je pars pour Fontaineblea ployé le plus grand caractère pour obteni charrette à prix d'or. Le cocher vole d route.

3e impression. Je dîne à V Aigle noire me rends sur la place dans le dessein fornr porte quoi, comme je vous l'avais annon sette que j'avais remarquée en venant, nr avec peine que la susdite grisette est une m or, ne pouvant raisonnablement acheter u marron, comme l'avocat Patelin, et l'empoi de mon gilet, je me contente d'entrer chez chète un briquet, après quoi je pars pour P; blier mon paletot à l'auberge, comme vous

4e impression. A une lieue de Fontainebl que j'ai oublié mjn paletot dans la poche d d'un côté mon bonnet de nuit et de l'autre i la nuit. Cet oubli m'afflige d'autant plus dans le coupé et qu'il commence à faire trè

5e impression. Je paie au conducteur un blanc, et je lui persuade de faire déguerpi blouse de l'intérieur, afin de me mettre en se conducteur ému par ma position, fait déguerj en blouse au lieu d'un et je m'installe da messieurs prennent le coupé.

Ce impression. Je me trouve dans l'intéri

sous LOUIS-PHILIPHE

dame tient à conserver un carreau ouvert. Je me penche le monsieur (saisissant adroitement un moment où la ( sommeille) et je lui expose que je suis fort souffrant, et qi carreau ouvert peut causer ma mort. Le monsieur, plein banilé, ferme le carreau.

7* impression. La dame se réveille, aperçoit son cai fermé et le rouvre avec un geste plein de grâce et de noi lance, puis se rendort.

8e impression. J'allonge le bras et je referme le carrea la dame.

9« impression. La dame se réveille et rouvre son cari

10« impression. Je vois qu'il y a un grand parti à prer Je rappelle à moi toute la force de mon âme et toute ma naissance du cœur humain ; renonçant tout à coup à mon mier dessein, j'imite la position de l'ennemi : je tourne h à la dame, j'ouvre mon propre carreau avec la même grâ la même nonchalance, et je feins le plus profond somme

11' impression. Un vent épouvantable, engouffré entr deux carreaux ouverts, souffle dans la voiture. Lemonsie mouche.

12« impression. La dame, gelée jusqu'aux os, voyant carreau ouvert, ferme le sien.

13« impression. Voyant le carreau de la dame ferm ferme à mon tour le mien, nous commençons à dégeler.

14e impression. La dame, dégelée, mais têtue, voyant carreau fermé, rouvre le sien,

15e impression. Voyant le carreau de la dame rouvei rouvre le mien. Nouvelle entrée de l'ouragan dans la voi Le monsieur, toujours muet et immobile, se mouche de veau.

16e impression. La dame, commençant à comprendre q

nonce. Nouvelle preuve qu'avec les femmes il est bon de se contenter d'une pantomime expressive.)

17e impression. Je m'endors sur mes lauriers.

18e impression. Faute grave. Le manteau de la dame, plié en paquet, est entre elle et moi ; en dormant, je me trompe de paquet et je m'appuie sur la dame qui me tourne le dos.

19* impression. — Il paraît, dit la dame, que monsieur n'a pas assez de place.

209 impression. — Pardonnez-moi, madame, répondis-J€.

21" impression. Le plus profond silence rèo^ne jusqu'au relais. Au relais, je descends, je m'approche du monsieur, également descendu, et je lui adresse la question suivante, afin de savoir s'il est fâché ou non, et ce que je dois penser de son silence prolongé : — Monsieur, est-ce que vous connaissez cette dame qui est avec vous ?

22e impression. — Parbleu ! si je la connais 1 me répond le monsieur.

23e impression. Le plus profond silence règne de nouveau jusqu'à Paris.

A la barrière, j'aperçois dans la rotonde un vieillard et une femme (toujours de Malesherbes) que j'avais vu dans la carriole de Fontainebleau. Ilern deux inconnus, item une assez jolie femme en bonnet. Total, cinq. Après avoir échangé quelques mots de reconnaissance avec le vieillard, je grimpe dans la rotonde, toujours sous le prétexte du froid.

24e impression. J'ai enfin chaud, au moment où nous arrivons rue Dauphine.

25e impression, a Plus souvent que je prendrai une voiture pour porter deux paniers de raisin, et encore c'est par complaisance que je les apporte, c'est une commission. » Ainsi parle dans la cour des messageries, la jeune femme en bonnet, qui en outre a deux malles pour sa part.

2Ge impression. Je rassemble de nouveau ma force d'âme et ma connaissance du cœur humain. Voyant que, d'une part, cette femme est jolie, que, d'une autre, ayant quatre paquets elle refuse un fiacre, je conclus qu'elle n'a pas le sou.

sous LOUIS-PHILIPPE 335

279 impression. Je m'approche d'elle très poliment. — Mademoiselle, lui dis-je, j'ai un fiacre à l'heure, si vous voulez me confier vos paquets, après que j'aurai été chez moi, je les enverrai chez vous.

28e impression. — Mais, monsieur.», vous êtes bien bon...

29® impression. Ou plutôt, si vous pensiez que nous puissions tenir tous, vous, moi, les malles et le raisin, je serai charmé de vous mener chez vous.

308 impression. J'avoue que le cœur me battait un peu et que je craignais d'être refusé. Voici pourquoi. Pendant ce colloque, la dame au carreau me regardait d'un œil oblique. Si j*avais été refusé par la grisette, à coup sûr, cette méchante femme en aurait été charmée. De plus, comme je n'avais pas été très poli pendant la nuit, j'avais mis dans ma proposition toute la candeur et la vertu dont je suis capable, afin de prouver que j'étais gentilhomme, et de réparer au grand jour ma conduite nocturne. J'avais à cœur d'achever de dépiter ma laide ennemie en m'emparant glorieusement de la seule jolie femme qu'il y eût dans la voiture. — Eh bien, mademoiselle ? dis-je enfin...

31« impression. — La grisette accepta. Elle prit ma main pjour monter en fiacre, et je puis dire que ce fut avec la plus grande décence et la puérilité la plus honnête que j'enlevai dans mon carrosse, cette jeune et confiante personne qui demeure rue de la Cité, derrière le quai aux fleurs.

Mon voyage finit là. Je vous dirai plus tard le reste de l'histoire de ma vie ; en attendant, je baise respectueusement le bout de la pantoufle de ma marraine.

Son filleul,

ALFRED DE MUSSET

P.-S. — J'ai vu M. Berryer hier avec Arthur. Je vous charge expressément de dire à Mme Berryer que je me conforme à ses conseils. Je suis un régime exemplaire, et s'il ne me rend pas à la santé, il prouvera du moins mon obéissance envers la plus aimable des châtelaines.

A Madame Jaubert, au château d' Augerville

Jeudi, 4 octobre i84o.

Il est vrai que je n'ai pas entendu le plaidoyer pour le prince Louis (1) ; mais je voudrais bien savoir, madame, de quel droit vous le savez, car enfin j'aurais pu y être, je l'aurais même dû, et je trouve souverainement injuste que vous fassiez un réquisitoire avant tout.

Je ne sais pas pourquoi vous me demandez quel est l'objet qui, etc.

— Je crois, Madame, avoir eu l'honneur de vous dire à Augerville, dans les roches, étant assis sous un pin, que je ne répondrais plus jamais à des questions de cette sorte, à moins que ce ne fût à charge de revanche ; alors — mais —

Je vous dirai pourtant que j'ai vu à la Gaieté une jeune personne charmante, actrice à ce théâtre, jouant le rôle de Pâquerette. Elle est rousse et elle a un œil bleu et un œil noir. Non seulement elle est charmante, mais je suis convaincu qu'elle est d'une naissance honnête et qu'elle aurait un grand talent si elle était plus connue.

Je fais une nouvelle dont le sujet vous paraîtra, je crois, assez vrai. Vous en jugerez, du reste, mieux que bien d'autres. Voici à peu près la donnée : deux êtres se rencontrent, s'approchent, se parlent, se conviennent, s'aiment, etc. — puis ils se conviennent moins, ne se disent plus rien, se quittent et finissent même par ne plus se rencontrer. Je n'ai pas besoin devons recommander le secret sur un sujet aussi neuf, et je serais au désespoir, vous le sentez, si quelqu'un me volait mon idée.

Parmi toutes les pièces que j*ai vues ces jours-ci, une seule

(i) C'est Berryer qui avait assumé la tâche de défendre le prince

Louis-Napoléon Bonaparte, après réchaufourée de Boulogne.

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scène m'a frappé au dernier point. Pantalon, Léandre et Mezzetin sont en prison. Pantalon est souffrant, il demande du thé, le g-eôlier se fait un plaisir de lui en apporter, et le prévient que c'est tout ce qu'il y a de meilleur, du thé poudre à canon. A peine en ont-ils pris chacun une tasse qu'une effroyable colique se déclare. Tout à coup, sous leurs chaises, éclate une espèce de feu d'artifice, effet du thé. Cette scène m'a paru profondément pathologique.

J'oubliais de vous parler de la question d'Orient. Vous savez qu'on a chanté la Marseillaise à l'Opéra. C'est une démonstration hardie, mais vigoureuse. Il est à croire que cela donnera à réfléchir aux quatre puissances. Quant aux députés, ils sont convoqués pour le 28. Si Méhémet-Ali est mort d'ici-làj il faut espérer qu'il en restera assez pour qu'on puisse le mettre dans quatre ou cinq pots, comme feu Pouch (1), et l'envoyer à M. Orfila.

Je suis allé. Madame, au Vaudeville, àFranconi,à la Gaieté, aux Variétés, aux Français (où j'ai vu Paolita et Pépita) (2) et à l'Opéra. Je bois de l'eau rougie et je soupe avec une bavaroise. Voilà mon existence.

Mille respects et compliments au châtelain et à la châtelaine.

ALFRED DE MUSSET

A Alfred Tattet.

i4 mai i844'

Mon cher ami, je viens d'avoir une fluxion de poitrine, et

je profite de l'occasion pour vous donner de mes nouvelles.

Quand je dis fluxion de poitrine, c'est pleurésie que je devrais

dire ; mais le nom ne fait rien à la chose, il suffit qu'on m'ait

(i) Allusion au procès Pouch Lafarge.

(2) Pauline Garcia et Rachel.

aa

338 LA JEUNESSK DORÉE

saigné trois fois et mis cinquante sangî troisième jour on m'a purgé ni plus ni avalé les diamants de la couronne ; puis par une diète absolue. — Avec tout cela, m'a guéri, et très vite, et admirablement à Toreille que sans cela même, plaisa paquet était à la diligence et ma place rete meilleur. J'ai perdu mes arrhes en ne pa

Vous comprenez que j'ai eu mes reli sœur Marceline (i) est revenue, puis un bonne, douce, charmante, comme elles se femme d'esprit.

Je suis sage, réellement sage, tranquil dévot — surtout ne faites pas de moral au nom de l'amitié, et de tous les lavem moins que vous ne vous reconnaissiez p( teur que la fièvre et plus grand moraliste

Maintenant que je vous ai bien parlé c la loi de nature, dites-moi un peu ce que faites-vous ? Que lisez-vous ? Voyez-vou vez-moi et parlez-moi à votre tour bef comme si vous aviez perdu mille écus.

Adieu, cher. Je travaille. J'ai une pe qu'il faut que je finisse (2). J'irai un de votre porte et vous demander une tasse nourriture de votre ami.

A Aljred Tattet,

Paris 30 août Ecce iterum Crispinus. Me voilà à Pari

sous Louis-PHiLippK SSg

et vous êtes venu, si j'en crois ma portière ; son autorité a du poids. Elle prétend que vous vous portez bien et continue à vous adorer. Je suis capable à l'heure qu'il est d'aller vous serrer la main, il y a longtemps que cela nous est arrivé — et j'y serais même allé tout droit avec mes bottes de sept lieues, quoiqu'elles soient percées, si j'avais été sûr d'arriver à propos. Car, même avec son meilleur ami, il vaut mieux faire un mort qu'un cinquième au whist.

J'ai fait de grandes pérégrinations. Sachez, mon cher ami, que j'ai été d'abord de Mirecourt à Epinal, puis d'Epinal à Mirecourt. De là, je me suis rendu à Epinal, puis de ce dernier j'ai senti le besoin de revoir Mirecourt. Après quoi j'ai été à Plombières. De Plombières je devais nécessairement revenir à Mirecourt. Mais alors le moment est venu de retourner à Epinal, une fois à Epinal je ne pouvais me dispenser de retourner à Plombières. Plombières m'a paru trop voisin de Mirecourt pour n'y pas faire une petite excursion, et ainsi de suite pendant trois mois, toujours avec la même variété, le même imprévu, et cette inconstance délicieuse qui fait le charme de la vie. Vous concevez du reste, je suppose, tout ce qu'il y a eu d'instructif pour moi dans ces folles excursions à plus de iO ou 12 lieues à la ronde. Rien n'élève 1( cœur et n'embellit l'esprit comme ces grandes tournées dans le royaume. C'est incroyable le nombre des maisons, de paysans, de troupeaux d'oies, de chopes de bière, de garçons d'écurie, d'adjoints, de plats de viandes réchauffées, de curé; de villages, de personnes lettrées, de hauts dignitaires, de plant; de houblon, de chevaux vicieux et d'ânes éreintés, qui m'on passé devant les yeux. Puis, comme dit une admirable pièc( de vers de ma façon :

Le long-, le long- de la Moselle,

34o LA JEUNESSE DOREE

Notre-Dame des Victoires, de Varsovie aux Batignolles. Le fait est historique ; elle mangeait un gâteau polonais, couleur de fromage de Marolles, et elle pleurait en demandant l'heure de temps en temps, parce qu'un grand monsieur de sept ou huit pieds de long sur très peu de large s'était apparemment chamaillé avec elle ; ce monsieur s'appelait mon bien-aimé, du moins, ne l'ai-je pas entendu appeler d'un autre nom, et après avoir échangé avec sa mûre Dulcinée un nombre suffisant de schuet schuet ski crot, etc., — Il était allé impoliment bouder dans la rotonde. Resté seul en tête à tête avec elle dans le coupé, jugez, mon cher ami, de la situation ! Heureusement, sa figure d'Ariane, m'a fait penser à Bacchus. Donc, j'ai acheté à Voie, pour dix sous, une bouteille de vin excellent, mais je dis tout à fait bon, avec un poulet. Et ainsi, elle pleurant, moi buvant, nous cheminâmes tristement. O mon ami, que de drames poignants, que de souffrances et de palpitations peuvent renfermer les trois compartiments d*une diligence !

Adieu, cher ami, à bientôt.

A vous de cœur.

ALFRED DE MUSSET

A M"^^ Mennessier-Nodier.

Mercredi, 5 janvier x848.

Si vous êtes encore à Paris, madame, et si vous n'avez rien à faire ce soir, voici une loge pour mou proverbe (1).

Je suis malade dans ce moment-ci et je réclame l'indulgence. Dans le cas où ce billet viendrait mal à propos, soyez assez bonne pour me le renvoyer. Vous savez qu'une loge vide dans une salle est comme une dent de moins dans la bouche d'une petite-maîtresse.

Mille complimeuts respectueux et bien dévoués.

ALFRED DE MUSSET

(i) Un Caprice.

sous LOUIS-PHILIPPE 041

A Alfred Tattet.

Jeudi f i5 juin] 1848.

Mon cher ami,

Je trouve ce matin le nom de votre oncle en tête de la liste des généraux qu'on vient de nommer, et j'en éprouve un si vif plaisir qu'il faut absolument que je vous envoie une bonne poignée de main. Vous devez être bien heureux et on ne saurait l'être à plus juste titre. Voilà au moins le sabre d'un homme de mérite, qui ne s'accrochera plus dans les jambes des guerriers d'antichambre.

Que faites vous, mon ami, et comment allez-vous ? Ne viendrez-vous pas un de ces jours à Paris ? Je crois que dans le courant de la semaine prochaine, je vais être exécuté en effigie sur l'échafaud de la rue Richelieu (1). Serait-il possible que vous n'y veniez pas '? Alors, à quoi serviraient les chemins de fer ? Je vous préviens que je vous garde une loge, et que, si je ne vous vois pas dedans, je ferai comme MmeDorval, cette vieille Allan non Despréaux (2). Elle m'avait menacé si je ne venais pas, de s'avancer au bord de la rampe, et de dire poliment au public : « Messieurs, il est vrai que je devais jouer ce soir, mais M. de Musset n'étant pas dans la salle, je suis obligée de vous dire que ça m'embête, etc. »

Je ne vis que de théâtre, j'y passe mes journées et même mes soirées les trois quarts du temps.

Ce temple est mon pays, je n'en connais point d'autres.

Mes acteurs sont parfaits. C'est un peu vexant, car si je

(i) // ne faut jurer de rien, qui fut joué le 22 juin.

(3) I^Ii^e Dorval avait, en effet, été mariée au comédien Allan avant d'épouser l'écrivain Merle. Quant à M'"^ Allan-Despréaux, on sait par le chapitre que nous lui avons consacré, quel rôle elle a joué dans la vie littéraire et intime du poète. (Voir Alfred de Musset, t. IL)

tombe, je n'aurai pas même la consolation de pester contre les autres.

Adieu, mon cher Alfred, donnez-moi de vos nouvelles ; et veuillez faire agréer de ma part à Mme Tattet Tassurance des sentiments les plus sincères de respectueuse amitié.

A vous,

ALFRED DE MUSSET

Le prince Napoléon est perdu. On dit qu'il parlera à l'Assemblée (1).

Lettre à sa mère.

Jeudi i4 septembre i848 (2).

Je ne pouvais pas, ma chère mère, recevoir une meilleure nouvelle, mais j'en étais sûr. Herminie est trop gentille et trop bonne et son mari est un trop excellent homme, pour n'être pas heureux tous deux (3). Me voici donc oncle, comme tu dis, et la première chose que j'ai à faire, c'est d'embrasser sur les deux joues M. mon neveu et sa maman. Bien que je sois l'aîné de quelque chose comme une petite dizaine d'^^nnécs c'est à moi maintenant à avoir du respect pour elle, comme à une personne vénérable qui donne des citoyens à la patrie. Mais je dois aussi, par la même occasion, avoir quelques égards pour moi-même, et ne pas agir maintenant que je suis l'oncle de mon neveu, aussi légèrement que lorsque je n'étais que le neveu de mon oncle.

C'est un bien grand point surtout que cette couche ait été aussi heureuse que tu me le dis. J'ai éprouvé, en l'apprenant,

(1) Le post-scriptum seul de cette lettre a été publié dans la Correspondance, lettre GXLIV.

(a) Un très court passag-e de cette lettre a paru dans la Correspondance d'Alfred de Musset (1907).

La sœur d'Alfred de Musset avait épouse M. Lardin.

sous LOUIS-PHILIPPE 343

presqu'autant de joie que si on m'avait dit qu'elle était sortie saine et sauve de quelque naufrage ou de quelque incendie. J'exag-ère peut-être. Mais c'est une chose si affreuse que ces jeunes femmes à qui une première couche coûte si souvent la santé, quelquefois la vie, et, au contraire, c'est une chose si belle, si douce, si attendrissante à voir, qu'une jeune mère, bien portante, avec un bel enfant. Tu dois être bien heureuse, toi qui as là aussi ta part de mère. Timoléon doit l'être aussi. Je ressens d'ici toute votre joie. J'ai encore bien du plaisir à songer que la nouvelle petite maman ne peut manquer d'être aussi bien soignée que possible au milieu de vous, sans doute sa santé se remettra promptement. Je serais bien vexé si mes affaires (qui, du reste, vont très bien) ne me laissaient pas grand temps pour aller vous voir, mais je m'échapperai.

Je ne puis guère, en pareille circonstance, te parler de ces affaires. Je te dirai pourtant que le ministre de l'intérieur vient de réparer un peu et jusqu'à un certain point, de la manière la plus aimable, la sottise de l'Académie (1). Les auteurs dramatiques joués depuis février étaient compris dans les fonds d'indemnité donnés aux théâtres. Cela n'a rien que de fort honorable. Il était reconnu que les théâtres avaient moins gagné à cause de la révolution, par conséquent les auteurs devaient j avoir perdu. On a donc envoyé à chacun une petite somme, mon nom a été mis en tête pour mille francs j ce

(i) Dans sa séance du 17 août 1848. l'Académie française, pour l'indemniser de la perte de son emploi de bibliothécaire au ministère de l'Intérieur, avait décerné à Alfred de Musset le prix fondé par M. de Maillé-Latour-Landry , et le poète avait eu, sur le moment, l'envie de le refuser. « Il y a vingt ans que j'écris, écrivait-il à son frère; j'en ai tout à l'heure trente-huit, et on m'apprend que je suis un jeune homme qui mérite d'être encouragé à poursuivre sa carrière. Quand la critique me fait de ces compliments-là je les méprise ; mais de la part de l'Académie, c'est plus grave. Il m'en coû. terait de paraître orgueilleux ou susceptible, et cependant, puis-jeà mon âge me laisser traiter d'écolier ? Que faire? » — Il finit cependant par accepter, mais il envoya le montant du prix à la souscription du journalle National, en faveur des victimes des événements de juin 1848.

344 LA JEUNESSE DOKÉE

n'est pas le Pérou, mais enfin, les pauvres gens, tu sais de quoi ils vivent, et les autres n'ont guère eu que moitié. Le directeur des beaux-arts m'a annoncé cela avec les compliments les plus flatteurs de la part du ministre. Tu penses bien que cette fois j'ai accepté. Non, ce n'est point comme à l'Académie (qui pourrait bien en être vexée).

On ne joue plus le Chandelier (1), j'en suis ravi, j'espère qu'il nous reviendra. André del Sarlo (2) et ma pièce en vers (3) viennent tout doucement ; nous autres, écrivailleurs, nous n'accouchons pas si vite que cela.

Adieu, chère mère, et chère petite maman. Bonjour, mon neveu.

J'embrasse Timoléon et lui serre la main.

Ton fils qui t'aime.

ALFRED DB MUSSET

A Alfred Taiiet.

27 mars i85o.

J'accepte avec plaisir, mon cher ami, votre place à l'Opéra, s'il n'est pas maintenant trop tard. J'ai dormi jusqu'à cette heure-ci. Alexandre dormait la veille d'une bataille; moi, je ronfle le lendemain, tout comme si j'avais été dans un fauteuil. Je vous laisse à décider quel est le plus vaillant.

(i) Le Théâtre-Historique venait de donner quelques représentations du ChandeUer i\r première le loaoût). La Comédie-Française reprit la pièce le 29 juin i85o.

(2) Ce drame en prose,ccrit et publié en i833, fut représenté pour la première fois à la Comédie-Française le 21 novembre iF48, avec quelques changements.

(3) Louison, comédie en 2 actes.

sous LOUIS-PHILIPPE 345

A sa sœur Herminie,

[Hiver i85o].

J'espère, ma chère Herminie, que Timoléon sait combien l'amitié que j'ai pour lui est sincère. — J'espère donc aussi qu'il croira aisément à la part que je prends à son chagrin. Il n'y a malheureusement rien à dire sur ces choses-là, même aux gens qu'on aime le mieux. Lorsqu'une douleur est aussi légitime, tout ce qu'on peut faire, c'est de la respecter.

Je t'ai envoyé hier par la poste ma petite pièce que, je ne sais pourquoi, le Constitutionnel appelle proverbe (1). Malgré toute la bonne volonté du chemin de fer, lorsque tu la recevras à Angers, il est plus que probable qu'elle sera oubliée à Paris. C'est là l'inconvénient du Journal quotidien.

J'aurais bien voulu pouvoir te faire, comme tu me le dis, une visite cet été, mais tu sais qu'il n'y a personne de si occupé que les gens qui n'ont rien à faire. C'est tout simple, ils n'ont jamais le droit de se trouver libres un jour plutôt qu'un autre. Je suis bien loin cependant de renoncer à l'idée d'aller à Angers, et, puisque tu m'y encourages, je suis capable d'essayer, mais quand ? C'est ce qu'il m'est impossible de savoir. — Il est probable que d'ici à quelque temps je vais être pris par le théâtre.

L'adresse de Mme Kalergis est rue d'Anjou, no 8. Pourquoi n'as-tu pas joué devant elle quand elle a passé à Angers ? Elle est très bonne musicienne, et j'aurais été flatté qu'elle t'eût entendue. Comment veux-tu que je répare d'un seul doigt l'honneur de la famille ?

Je te remercie de ta bonne lettre. Je t'embrasse et serre de tout mon cœur la main de Timoléon.

ALFRED DE MUSSET

(1) Carmosine, comédie en trois actes. Voir à son sujet la lettre de Musset à Véron du 4 novembre i85o, que nous avons publiée dans sa Correspondance, p. 261.

346 LA. JEUNESSE DORÉB

Je suppose, par une lettre que m'a lue i mère va revenir. Ainsi je l'embrasserai 1 Il y a bien longtemps que cela ne m'est ar

A Aljred Tattet.

Vendredi i4 d

Mon cher Alfred, nous nous connaissons que vous ayez mis en doute la part que ]i cruelle que vous avez faite; j'aurais voul j'étais malade et très sérieusement cette f donner une idée, je vous dirai que, pour frances, il a fallu employer le chloroforn réussi qu'à grand'peine, et avec accompa phine, vous voyez l'impossibilité de boi voir maintenant ? Arago (1) m'a dit que ( un mot.

Vous savez qu'on me réimprime, j'ai justement les vers où je vous remercie de mes jours de deuil; je me regarderais coi je ne pouvais dire, la main sur le cœur, qi ces vers sont écrits d'hier.

A sa sœur Herminie.

MaT Ma chère Herminie,

sous LOUIS-PHILIPPE

visites, etc., maintenant je suis, comme tu penses, fort de mon futur discours. Je ne sais pas encore quand prononcerai, ce sera sans doute vers le mois de mai mais il faut que celui qui me recevra ait le temps de f réponse. — C'est une chose assez effrayante pour monde, et pour moi en particulier, que l'idée de pai public. Des orateurs célèbres de la Chambre ont eu p pareille occasion. Peut-être un avocat, peut-être me conseiller (j'en demande pardon à Timoléon) ne serait bien assuré. — 11 y a là un certain parterre de ch roses et d'habits brodés de vert qui a un aspect don; ne manque pas d'agir sur les plus intrépides. Il est bis que depuis que j'ai l'honneur de bavarder sur les tr( j'ai eu affaire à plus d'une assemblée pleine d'habitj chapeaux de bien d'autres couleurs — mais ce n'étî moi qui parlais pour moi, et pendant que Brindeau p; d'émotion devant les quinquets (2),je poussais tranquil de gros soupirs derrière un morceau de carton peint. maintenant c'est moi qui suis Brindeau lui-même, et ^ même pas la consolation de réciter les bêtises d'un au enfin nous verrons.

Je suis très flatté de l'interprétation guerrière que IV! neveu trouve à ma gloire. — Je suis bien aise aussi de pliments que tu peux recevoir. — Si cela t'amuse en cas, tu peux ajouter que le Prince (3) a approuvé ma nation en termes très aimables. Je suis bien aise surto le plaisir très vif que j'ai éprouvé ait été aussi resser vous. J'en ai été ici bien heureux pour ma mère.

(i) Alfred de Musset prononça son discours de réception i demie française, le 27 mai 1862 .

(a) Edouard Brindeau, sociétaire de la Comédie-Française

Adieu et au revoir, ma chère sœur. Je t'embrasse et je serre de tout cœur la main de Timoléon.

ALFRED DE MUSSET

J'ai toujours à ton service la statuette de M^e Rachel (1).

A M. Buloz.

Voici un frag-ment de Lettre inédite à M. Balozou les Voleurs de noms. C'est le dernier morceau en prose d'Alfred de Musset : il est daté de 1857.

Sur les grèves solitaires d'un lac du Nordy ainsi commence un des contes d'Hofîmann, et l'auteur ne prend la peine de nous dire ni quel est ce lac, ni dans quelle année, ni dans quelle contrée se passe la scène, sinon que le principal personnage possède, outre son château inconnu, d'autres propriétés en Courlande.

Cette façon de procéder est évidemment contraire à l'usage adopté par les romanciers, qui ne manquent jamais, non seulement de nous avertir du pays que vont habiter leur héros, mais qui le décrivent, même au risque de se tromper ; et si l'héroïne prend un fiacre, le lecteur sait au juste, à une minute près, combien de temps dure la course.

Il ne semble pas, cependant, que cette négligence du conteur allemand nuise à l'intérêt de son récit ; cela donne aux choses un air de mystère qui ne déplaît pas ; au lieu de noms propres, Hoffmann ne met que des initiales, et peut-être cela vaut- il autant que de prendre au hasard, dans l'histoire, des noms célèbres et quelquefois consacrés, pour en baptiser des marionnettes.

Ces réflexions critiques étaient faites naguère dans une « compagnie », comme dit Vadius, par un ancien journa-

(i) Œuvre de Barre, représentant Rachel d&ns Hermîone.

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liste qui a beaucoup voyagé. Et remarquez, continuait-il, quel tort se fait un romancier par cette rage des noms propres.

Sont-ils historiques ? On en sait autant que lui, et, tout en lisant, quel que soit son talent, on le suit, on l'observe, on s'en défie, et, s'il bronche, adieu l'intérêt (à moins qu'il n'écrive pour les grisettes). Sont-ils de son invention ? S'estil donné, à coups de dictionnaire, à grand renfort de souvenirs, la peine de trouver un nom euphonique, agréable, presque vrai ? On le lui prend; les feuilletonistes, les vaudevillistes, toutes sortes de parasites s'en emparent ; et, quelque soir^ après dîner, s il entre, pour éviter la pluie, dans un théâtre des boulevards, il se trouve, lui qui a travaillé pour donner l'air probable à sa fiction, en face de gens qui s'en servent, qui l'exploitent tout simplement, tout bonnement, sans nulle vergogne, comme bien public, et qui broutent là comme les ânes dans le pré de la commune. O Damis, Gcronte et Marton, que vous vous moquiez bien de ce servum pecus ! Vos noms appartiennent au premier venu, et c'est pourquoi l'on voyait bien quand ce premier venu était Molière. Mais vous n'aviez pas la triste prétention de vouloir passer pour vraisemblable. Il était clair que personne ne s'appelait :

OroDte, Alcidanaas, Polydore, Clitandre (i).

Après eux vinrent Saint-Albis, Germeuil, Norville et beaucoup d'autres : tout cela était bien innocent et ne trompait personne. Aujourd'hui, tout le monde cherche une apparence de vérité, depuis le dramaturge, qui, du moins, vous amuse, jusqu'au soi-disant biographe qui vous calomnie, qui affiche votre nom sur sa propre infamie, et qui profite du mépris qu'il inspire pour débiter ses plats mensonges, impunément et impudemment.

— Cela intéresse pourtant, dit un jeune homme à moustaches frisées, cela intéresse de trouver dans un livre des por-

(i) Tartufe, acte i^r, scène VI.

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traits curieux et des descriptions des lieux a'est plus tout à fait uu roman qu'on lit, ( que la fantaisie qui, livrée à elle-même, r ble.

— Soit, répondit le journaliste, je ne [ homme de talent ne puisse exécuter ce t( nomme un roman historique, et en metlani terre, l'Amérique et la Beauce.

Il en est jusqu'à trois que je pourra

Mais cela demande beaucoup de rechei pénétration et de sagacité ; fijoutez beauc Et notez bien que les plus habiles se tro témoin Walter Scott lui-même, qui croit q veut dire un château flanqué de tours, et pies de même force. La fantaisie, comme n'a pas à craindre de pareils écueils.

« Elle a les siens, qui sont tout aussi dai vous représente pas tel homme à telle ou t sous peine de divaguer, qu'elle vous monl les temps. Il faut qu'elle soit croyable, adi n'a point d'excuse dans le passé, pour < étrange. Alcidamas n'existe pas ; nous y de Cléante, et une jeune dame romanesqi dres pour la première fois, demandait q rue où était morte miss Qarisse Harlowe

— Qu'est-ce que c'est, dit un monsieu qui portait des lunettes d'or, qu'est-ce qu de tous les temps ? L'homme change avei

— Oui, de costume, dit le journaliste.

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SOUS Louis XIV, on disait : « Je crois qu'oui. » On a des tog-es et des manteaux, des armures et des bas de noire siècle y a mis bon ordre, et je ne sais trop si h inventera quelque chose de plus laid que ce lambeau d noir qui voltig-e sur nos jambes. Mais, pensez-vous, er conscience, que le jarg'on ou l'habit métamorphosent il: et qu'on change de peau comme de chemise ?

— Je ne sais rien, dit le monsieur grave ; mais, à de votre fantaisie, vous venez de parler tout à l'hc Molière et de Richardson. Que vont-ils faire dans cette; Il n'y a chez eux nul caprice, ni rien d'étrange. Il peint que la vérité dans tout ce qu'elle a de piquant saisissant.

— Oui a jamais dit, reprit le journaliste, qui osera dire le contraire ? Les personnages créés par ces hommes sont toujours essentiellement vrais; qu'ils ne jamais étranges, c'est autre chose. Alceste n'est pas le d'à côté, ni Lovelace. Tous deux sont fort étranges, et passablement difficiles à comprendre, puisque Roussea sait Molière d'avoir rendu, dans le Misanthrope, 1; ridicule.

— Voilà qui est bien, dit le monsieur grave, ouv tabatière; les deux grands hommes sont donc des sistes ?

— Ne me faites pas, de grâce, dire une sottise, rép( vieil homme de lettres. D'abord, je ne sais vraiment que signifie ce mot barbare que vous me jetez ; il n'e que je sache, encore français, et n'a guère de chanc devenir.

— On le trouve sans cesse dans les journaux, 1

fîmidp.mf^nf. un ipnnp. hnmmp. dnnx et, noli.

passions, surtout sans aucune expérience ? Alors, ce n*est pas le caprice, c'est absurde. Et voilà pourquoi le servum pecas, persuadé qu'il suffit de rêver pour penser, se traîne piteusement derrière les maîtres, s'embourbe et se fourvoie sans cesse, prenant l'ornière pour le chemin, ou parfois saute dans le carrosse, comme les laquais de la rue Quincampoix.

— Ce mot, pourtant, nous est acquis, dit le monsieur grave prenant du tabac. Il désigne un grand ridicule.

— Oui, à coup sûr, s'il ne désigne que les extravagances des écoliers, ou s'il détourne les apprentis. Il a fait du mal, il en fait encore. Il a le tort de flatter la paresse, d'étourdir les bons sentiments et d'encourager l'ignorance. Il a le malheur d'être séduisant. Qu'un enfant de dix-neuf ans, botté, éperonné, le chapeau sur l'oreille, amoureux comme Chérubin, s'y laisse prendre, ce n'est qu'une fanfaronnade ; mais, à vingt-cinq ans, halte-là !

— Ainsi, dit le jeune homme poli, vous pensez, monsieur, qu'on a tort...

— Vous faites des vers ? dit le journaliste.

— Oui, monsieur, et si vous vouliez...

— Si, au contraire, continua le journaliste, n'ayant pas l'air d'avoir entendu, vous ne voulez exprimer par ce mot baroque, inintelligible, que ce doux repos de la pensée, ce demi-sommeil du génie, cette charmante liberté...

[Ici s'ai^rêle le manuscrit.)

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