‹ La jeunesse du CidChapitre 17 sur 54 · SCÈNE XV LES MÊMES, RODRIGUE · texte numérisé non relu

SCÈNE XV LES MÊMES, RODRIGUE

Rodrigue, à part. — Quel que soit l'outrage, il est géant quand il s';idresse à l'honneur. (Se tournant vers Chimène). Ah ! tout mon bien, toute ma vie !

Dona Urraca. — Rodrigue, tu es le vrai chevalier !

Le Cid, à part, en regardant Chimène. — Oh! ma Chimène trop aimée !

Dona Urraca. — Qu'une épée te sied bien pardessus la soie et l'acier!

Le Cid. — Pareille faveur...

Chimène. Il paraît tourmenté ! Que peut-il avoir?

Dona (Jrraca. — Rodrigue!

Le Cid, » part. Me faudra-t-il verser ton sang, ô mon âme? O ma Chimène !

Chimène, rm Cid. —Je suis le jouet de vains présages ou tu viens d'éprouver une vive émotion.

Le Cid. — J'en conviens. C'est que l'une et l'autre vous avez offert à mes deux yeux deux sujets d'admiration, c'est que, faveur bien rare, je me sens attiré vers Chimène par mon amour et sa beauté et, vers toi, par ta beauté et mon respect.

Chimène. — C'est bien dit, mais ce l'eût été bien mieux encore, s'il n'eût pas déprécié ta beauté en l'égalant à la mienne.

Dona Urraca, à part. — J'échangerais volontiers son respect contre son amour. (Haut.) Moins déférent envers moi, il eût été plus juste, car son amour n'eût eu de pensées que pour tes grâces et il t'eût évité la souffrance d'un parallèle entre nos beautés.

Chimène. — Je n'ai ressenti que l'injure faite à l'éclat de tes yeux. Pour moi, j'eus mieux aimé qu'il se tût sur ma beauté et lui préférât mon amour.

Le Cid, à part. — Oh ! fortune cruelle! oh, sort avaricieux ! Avec les succès croissent mes peines.

Dona Urraca. — Rodrigue !

Chimène. — Que se passe-t-il?

Le Cid. — Madame I (A part.) Me faudra-t-il verser ton sang, ô mon âme? O ma Chimène! Voici que vient le comte Lozane. Terrible épreuve! Sous tes yeux, ô mon âme, mettrai-je l'épée à la main ?

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