‹ La jeunesse du CidChapitre 22 sur 54 · SCÈNE III LES MÊMES, DONA URRACA, LE PRINCE SANXHE et leur suite · texte numérisé non relu

SCÈNE III LES MÊMES, DONA URRACA, LE PRINCE SANXHE et leur suite

Doxa Ukkaca. — Viens, mon frère, et protège ton gouverneur.

Dox Saxche. — Compte sur moi.

Le Roi. — Infante, consolez Chimène. (A Diègue.) Et vous, allez en prison.

Dox Saxche. — Si vous le permettez, mon père, nous irons ensemble. Indiquez-moi la forteresse. Mais votre Majesté aura pitié de ses cheveux blancs!

Diègue, à don Sanche. — Que votre Altesse me donne ses pieds à baiser.

Le Roi. — La faute est grave; je ne puis la laisser impunie.

Dox Saxche. — Sire, l'honneur commandait et c'est moi qui vous supplie.

Le Roi. — Tuer le comte presque sous mes yeux est l'acte d'un traître.

Doxa (Jrraca. — Le comte lui en a fourni l'occasion.

Chimène. — Il pouvait l'éviter.

Dox Saxche. — Comme il n'est personne ici qui doive être préféré au gouverneur que tu m'as choisi, il convenait que le titulaire d'une charge ;uissi haute restât digne de notre respect. En tout cas, je l'aime et, moi vivant, il ne sera pas jeté en prison !

Péranzulez. — J'occupe la môme charge auprès de tes frères ; je suis leur gouverneur et le comte était de mon sang.

Don SANCHE. - Qu'importe ?

Le Roi. — Il suffit !

Don Sanche. — Sire, dans les royaumes souverains, les frères cadets furent toujours les serviteurs de leur aîné. Prétendraient-ils s'égaler au prince héréditaire ?

Péranzulez, s' approchant de Diègue, lui mettant la main à l'épaule et s' adressant aux gardes. — Le roi commande qu'on l'arrête.

Don Sanche. — Je m'y oppose. Le roi ne renouvellera pas cet ordre.

Le Roi. — Don Sanche !

Chimène. — Je défaille !

Arias. — Sa bravoure m'émerveille.

Don Sanche. — La Castille se révolterait avant que la porte d'une prison ne se ferme sur lui.

Le Roi. — Alors vous en répondrez.

Diègue. — Que pouvais-je espérer de mieux?

Don Sanche. — S'il est nécessaire que j'en réponde, j'y consens. Je serai son gardien pendant que Chimène suivra sa requête.

Chimène. — Pour assouvir ma vengeance, j'aime mieux poursuivre le meurtrier.

Don Sanche, à Diègue. — Viens avec moi.

Le Roi. — Allez en paix.

Chimène. — Ah ! Rodrigue, puisque tu m'y forces, tu me verras acharnée à ta perte.

Dona Urraca, à part . — Plus ta poursuite sera vive, plus j'entends le favoriser.

Arias. — Les événements se succèdent bien étranges et bien imprévus.

Don Sanche. — Te voilà désormais sous la garde de ton prince. Renais à la confiance.

Diègue. — Oui, je m'en vais rassuré. Le ciel te garde mille ans.

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