SCÈNE V RODRIGUE, ELVIRE, servante de Chimène
Elvire. — Qu*as-tu fait, Rodrigue?
Rodrigue. — Hélas ! Une prouesse qui me sera fatale. Mais souviens-toi de notre amitié passée et considère mes malheurs.
Elvire. — Tu as tué le comte ?
Rodrigue. — Oui ! L'honneur m'en faisait une loi.
Elvire. — Seigneur, la maison de la victime servit-elle jamais d'asile au meurtrier?
Le Cid. — Jamais, en effet, s'il tient à la vie. Mais, moi, je viens y chercher le trépas.
Elvire. — Explique-toi.
Le Cid. — J'ai offensé Chimène et mon âme endure le martyre depuis que la haine embrase ses yeux souverains. Puisque je suis mort à son amour, il est juste que je meure de ses mains.
Elvire. — Que dis-tu? Fuis plutôt, renonce à un pareil dessein ! Le palais est tout proche et Chimène en reviendra bientôt accompagnée de ses parents.
Le Cid. — Qu'importe? Je veux lui parler, fût-ce en public, et lui offrir ma vie.
Elvire. — Cruelle démence ! Va-t-en, tais-toi. Ce serait l'acte d'un fou et non d'un gentilhomme.
Le Cid. — Alors que faire?
Elvire. — Quel est ce bruit? Ah Dieu! Chimène arriverait-elle? (Elle court à la fenêtre.) Terreur mortelle ! Mais elle arrive, elle est là... (lille revient vers le Cid.) Cieux. protégez-moi ! Nous sommes perdus tous deux... La porte de son oratoire... oui... cache-toi derrière la portière.
Le Cid. — Tu es bonne comme Dieu. (7/ se cache.)
Elvire. — Lue aventure aussi tragique à ses débuts aura une issue fatale.