SCÈNE IV LES MÊMES, SECOND VALET, puis CHIMÈNE
Second Valet. — Cbimène demande la permission de te baiser la main.
Le Roi. — Elle a hérité l'arrogance et l'impatience du comte Lozane. Je l'ai sans cesse à mes pieds, emportée et querelleuse.
Diègue. — Elle a le culte de l'honneur et elle est belle.
Le Roi. — Autant qu'importune et fâcheuse. Elle me lasse et me fatigue à me montrer, au milieu de ses gémissements, ses yeux toujours remplis de larmes et ses lèvres où est toujours le seul mot de justice. Jamais on n'imaginerait une femme pareille. Il ne faut s'occuper que de sa plainte.
Arias. — Pourtant, je sais qu'elle et Rodrigue, Sire, ne se veulent aucun mal. Mais elle se défend ainsi contre les attaques de la médisance et, peut-être, ne demande-t-elle justice que pour satisfaire l'opinion. La marier avec Rodrigue serait encore le meilleur remède à ses maux.
Le Roi. — J'ai eu cette pensée ; mais je n'ai pas osé y donner suite, dans cette crainte d'accroître ses peines.
DiÈGUE. — Ce serait une grâce et une grâce méritée.
Le Roi. — S'aiment-ils bien?
Arias. — On n'en peut douter.
Le Roi. — Le sais-tu ?
Arias. — Je le soupçonne.
Le Roi. — Comment amener Cbimène à ce mariage? Comment pourrais-je m'assurer de l'état de son cœur?
Arias. — Laisse-m'en le soin et je t'éclairerai sur les sentiments de Cbimène.
Le Roi, <ni second valet. — - Dis à Cbimène d'entrer.
ARIAS. Il me faut essayer ce diamant. (Au premier valet.) Ecoute!
Premier Yai.i.t. — Parle.
(Le premier valet et Arias Cionsalve se parlent à l'oreille ; le second valet sort afin de prévenir Chimène.)
Le Roi.— Sur mon âme, j'aimerais à faire le bonheur d'un aussi bon v;issal et a lui rendre sa pleine liberté.
Diègue. — Y penser, me remplit le cœur de gratitude et de joie.