‹ La jeunesse du Grand FrédéricChapitre 11 sur 112 · Bratuschcck, p. 27, et la note 46, p · texte numérisé non relu

Bratuschcck, p. 27, et la note 46, p

et de rhistoire du Brandebourg, du Brunswick et de la Hesse.

Il était bien difficile d'apprendre Tantiquité sans savoir les langues anciennes. Duhan essaya, dit-on, de ruser. Un prince royal, héritier d un électoral, devait avoir lu la Bulle d'or, qui était une des constitutions du saint empire romain de la nation germanique. On y voyait les privilèges des seigneurs électeurs, la place qui leur était assignée dans les cortèges impériaux, dans les séances impériales, dans la salle des festins, où Tempereur dînait, couronne en tête; et, sur ce fond de cérémonies, était peinte en relief l'anarchie de la vieille Allemagne. Duhan imagina de faire expliquer au prince ce document vénérable. Il chargea de ce soin un maître auxiliaire, mais le malheur voulut que le roi entrât chez son fils, au cours d'une des leçons : « Que fais-tu là, maraud, demanda-t-il au maître? » « Majesté, répondit le pauvre homme, j'explique à Son Altesse la Bulle d'or. » « Attends, répliqua Frédéric-Guillaume, je vais te Bulle dorer^ » et il leva sa canne. Ainsi finit l'enseignement de la langue latine. Fritz en apprit pourtant en cachette quelques éléments, qui lui permirent de faire plus tard quelques citations, étranges, il est vrai; car, à côté de : temporal mores! et de Dominus vobiscum^ qui sont corrects, on trouve, dans sa provision d'aphorismes, un : Beatus pauperes spirilusj un : Compilleinlrare, un : De gustibtis non est disptitandus^ qui prouvent, comme le pensait Frédéric-Guillaume, que pour apprendre à régner et à vaincre, le latin n'était pas nécessaire.

Frédéric lut dans des traductions les chefs-d'œuvre de

l'antiquité classique, car il était grand liseur. Il a raconté plus tard que, sa sœur Wilhelmine lui ayant fait « honte de négliger ses talents, il s'était mis à la lecture ». Il commença par des romans : « J'avais attrapé Pierre de Provence (c'était un roman provençal traduit en français). On ne voulait pas que je le lusse; je le cachais, et, quand mon gouverneur le général Fink et mon valet de chambre dormaient, je passais dans une autre chambre, oîi je trouvais une lampe dans la cheminée. Je m'accroupissais, et je lisais *. » Voilà une jolie scène d'enfant liseur, où se révèle une des principales passions de Frédéric, qui lui donnera tant de joies, et charmera même les heures terribles de sa vie. Mais l'enfant apprenait ainsi à goûter au fruit défendu. A l'heure où il lisait, la consigne était de dormir. Le roi n'aurait point permis cette infraction à la discipline, même si la lecture en cachette avait été celle du Theatriim eiiropsum. 11 aurait défendu bien d'autres choses encore, s'il les avait connues. Il ne voyait pas s'élever dans l'esprit de son fils un idéal tout différent du « réel » qu'il prétendait lui imposer, ni croître le plaisir de la désobéissance cachée, de la contradiction et de l'opposition. Un beau jour pourtant, toute sorte d'indices vagues d'une façon d'être, à lui déplaisante, lui ouvriront les yeux. Il se demandera « ce qui peut bien se passer dans cette petite tète ». A mesure qu'il devinera ce qui se passe, il s'inquiétera, s'irritera; à la fin, il s'affolera.

Avant de conter la querelle du père et du fils, il nous

i . Tagebuck Heinrichs de Calt [Puùlicalionen ans den K. preussischen Àrchiven)t p. 404.

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faut faire entière connaissance avec la personne de Frédéric-Guillaume, que nous n'avons fait qu'entrevoir. Voyons-le vivre dans l'État, dans sa famille et dans la familiarité de la vie quotidienne. Nous commencerons ainsi à découvrir les causes et )e caractère d'un conflit, où le prince royal, vaincu par son père, apprendra qu'il est né, non pour les lettres, mais pour l'action et le commandement.

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