‹ La jeunesse du Grand FrédéricChapitre 2 sur 112 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La nature, qui a préparé certaines patries et construit des berceaux pour des peuples, n'a pas prévu la Prusse. Il n'existe en effet ni race ni région géographique prussienne : rAUemagne est fille de la nature, mais la Prusse a été faite par des hommes.

En 1 71 3, un homme a commencé à régner à Berlin, qui était né avec la monomanie militaire. Il a plu à ce souverain de dix-huit cent mille sujets pauvres de se donner une armée aussi forte que celle de l'Autriche, c'est-à-dire d'un empire de plus de vingt millions d'hommes. Cette passion a réglé les pensées, les habitudes, la vie de Frédéric-Guillaume I*'; comme elle était maladive et confinait à la folie, elle se suffisait à elle-même, et n'avait pas besoin de manifestations extérieures. Le roi sergent aimait son armée, comme Harpagon, son trésor; ses yeux se délectaient à la vue de ses bataillons, comme les mains de l'avare au contact fluide des pièces d'or. Harpagon ne tire son or de ses coffres que pour le con-

Page 1