‹ La jeunesse du Grand FrédéricChapitre 4 sur 112 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

invîlé à m'élendre par la lecture de travaux qui ont précédé celui-ci *, mais surtout par Télude de documents de premier ordre, lettres et rescrils du roi, lettres du prince, correspondances officielles ou secrèles, mémoires, récits authentiques par témoins oculaires des événements principaux, procès-verbaux de justice, qui permettent de reconstituer jour par jour, et, dans les moments les plus pathétiques, heure par heure, les incidents de la lutte entre le père et le fils. J'ai consulté aussi d'autres documents, les lieux qui ont été les témoins du drame; j'ai cru le voir revivre dans le palais de Berlin, dans la maison de Wûsterhausen et au pied du rempart de Cûstrin.

Dans la foule des détails, j'ai peur de m'être trompé sur quelques-uns; mais ma conscience me dit que j'ai cherché la vérité, et j'espère l'avoir trouvée sur les points essentiels, c'est-à-dire le caractère des deux personnages principaux, et les mobiles de leur conduite. J'ai pris à ma tâche un grand plaisir. A chaque instant, je rencontrais des mots, des phrases, des gestes, des actions que nous entendons ou voyons se répéter sous nos yeux. J'aurais pu marquer au passage que tel rescrit de Guillaume II à l'adresse des officiers de son armée, telle parole prononcée par lui àKônigsberg et qui a été relevée en Russie comme une pro-

i. Parmi ces travaux, le plus remarquable est celui de M. Reinhold Koser, Fricdnch der Grosse als Kronprinz.

X PRÉFACIÎ

vocation, élaient des réminiscences de Frédéric- Guillaume; mais il faut laisser au lecteur une part de collaboration dans le livre qu'on écrit pour lui. En voyant se révéler dans cent anecdotes, Tespril et les mœurs des deux souverains qui ont fait du petit royaume de Prusse un si grand état militaire, aujourd'hui maître de l'Allemagne et puissance prépondérante en Europe, peut-être le lecteur se demandera-t-il si cet esprit et ces mœurs, dont les eiîets se sont développés en cercles concentriques, domineront longtemps la Prusse agrandie, l'Allemagne et l'Europe. Le premier cercle dessiné dans l'eau par la pierre qu'on y jette a la netteté d'un relief; le relief diminue, à mesure que les cercles se multiplient et s'étendent; à quelques pas plus loin, l'eau a son tranquille aspect naturel. En histoire, toute force a ses limites plus ou moins proches; la plus intense est souvent la plus courte dans ses effets, et la plus exposée, quand elle dépasse sa sphère primitive, aux réactions qui la détruisent.

Ernest Layisse.

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