‹ La jeunesse du Grand FrédéricChapitre 78 sur 112 · ProlokolU des Kôpenicker Genchts..., p · texte numérisé non relu

ProlokolU des Kôpenicker Genchts..., p

LA TENTATIVE D'ÉVASION ET LE CHATIMENT 28î^

Quelques jours après, il commentait cet ordre en accusant les juges d'intentions viles : « Je croyais avoir choisi des gens d'honneur, qui n'oublieraient pas leur devoir, qui n'adoreraient pas le soleil levant, et ne consulteraient que leur conscience et l'honneur de leur roi. » Il appelait le jugement « une infidélité commise envers lui, ot dont la cause était que ces gens-là « regardaient déjà vers l'avenir ». Ces gens-là, il les connaissait mieux à présent, et il se promettait de ne pas manquer l'occasion c( d'anéantir ceux qui tenaient pour ses eufants contre lui ». Enfin il se sentait condamné par cette indulgence : « Ils ont voulu faire passer le projet du prince et de ses^ courtisans pour un jeu d'enfant, qui ne méritait pas une telle punition ^ »

Le billet du roi fut envoyé au général président qui écrivit au dos : — 5. livre Moïse, chap. xvii; v. 8 à 12. — 2. livre Je Samuel, ch. xviii, v. 10 à 12; — 2. livro Chron., xix, v. 5, 6, 7.

L'Ecriture dit, au passage cité du livre de Samuel :

« 10. Et un homme ayant vu cela, le rapporta à Joab et lui dit: Voici, j'ai vu Absalon pendu à un chêne. 11. Et Joab répondit à celui qui lui disait ces nouvelles : Quoi? tu l'as vu? Et pourquoi ne l'as-tu pas tué, en le jetant par terre. Et c'eût été à moi de te donner dix pièces d'argent et un baudrier. 12. Mais cet homme-là dit à Joab : Quand je compterais dans ma main mille pièces d'argent, je ne mettrais pas ma main sur le fils du roi, car nous avons entendu que le roi t'a fait ce commandement, et à Abiscaî

1. Paroles da roi, dites & table, aber Ô/fentlicher Tafel^ rapportées par Seckendorff, 11 nov. 1730. FOrster, III, p. 15.

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el àlliaï» cq disant: Prenez garde chacun au jeune homme ÂbsaloD n.

L'Écrilure dit, au passage cité des Chroniques : « 5. Et il établit des juges dans le pays, par toutes les villes fortes de Juda, de ville en ville. 6. Et il dit aux juges : Regardez à ce que vous ferez, car vous n'exercez pas la justice de la part d'un homme, mais vous Texercez de la part de TÉternel, lequel est au milieu de vous en jugement 7. Maintenant donc, que la crainte de l'Éternel soit sur vous; prenez garde à faire votre devoir, car îl n'y a pas d'iniquité dans rÉlernel notre Dieu, ni d'acception de personne, ni de réception de présents. »

A Tendroit cité du Deutéronome^ l'Écriture dit : « 8. Pendant six jours^ tu mangeras du pain sans levain, et, au septième jour, qui est l'assemblée solennelle à l'Éternel ton Dieu, tu ne feras aucune œuvre. 9. Ta te compteras sept semaines : tu commenceras à compter ces sept semaines depuis que tu auras commencé à mettre la faucille dans la moisson. Puis tu feras la fête solennelle des semaines à l'honneur de PÉternel ton Dieu, en présentant l'offrande volontaire de ta main, que tu donneras selon que l'Éternel ton Dieu t'aura béni. 10. Et tu te réjouiras en la présence de ton Dieu, toi, ton fils, ta fille^ ton serviteur, ta servante et le lévite qui est dans tes portes, l'étranger, l'orphelin et la veuve qui sont parmi toi, au lieu que l'Éternel ton Dieu aura choisi pour y faire habiter son nom. »

Ainsi rÉcriture défendait, au livre de Samuel, do a porter la main sur le fils du roi, » elle ordonnait dans les Chroniques^ de ne pas juger « de la part d'un homme ».

Elle voulait que celui qui avait mis la faucille dans la moisson, en enfermant son fils dans le cachot de Gûstrin, sept semaines auparavant, célébrât la fête des semaines en rhonneur de rÉlernel et se réjouit en la présence de Dieu avec son fils et sa fille. Les juges, qui avaient pensé ainsi leur jugement en Dieu et en l'Écriture, ne pouvaient le modifier sur un billet du roi. Le Conseil de guerre se réunit une seconde fois, le 31 octobre, et se rallia au suffrage qu'exprima son président en ces termes : «Après avoir encore une fois mûrement pesé et bien réfléchi si la sentence prononcée peut demeurer entière, je me trouve convaincu, dans ma conscience, que ce que j'ai voté selon ma meilleure science et conscience, et selon le solennel jugement déjuge que j'ai prêté, doit demeurer. Le changer serait contre ma conscience et n'est pas en mon pouvoir *. »

- Alors, le roi jugea à son tour. Il se déclara satisfait du jugement en ce qui concernait les lieutenants Spaen et Ingersleben; il pardonna même tout à fait au dernier, en considération du long arrêt qu'il avait subi. « En ce qui concerne le lieutenant Katte, et son crime, et la sentence portée par le conseil de guerre, Sa Majesté, il est vrai, n'est pas habituée à aggraver les arrêts des conseils de guerre; bien plutôt les adoucit-elle d'ordinaire, mais ce Katte n'est pas seulement un officier au service dans mon armée, il est des gendarmes de la garde. Et si, dans toute Tarmée, tous mes officiers doivent m'être fidèles, à plus forte raison doit-il en être ainsi des officiers de régi-

!• Protokolle,.., p. 35.

ments comme ceux-là, qui ont ce privilège d'être attachés immédiatement à la très haute personne de Sa Majesté Royale et à sa royale maison... Comme donc ce Eatte a comploté une désertion avec le soleil de demain et qu'il a intrigué avec des ministres et envoyés étrangers... Sa Majesté ne sait pas quelles mauvaises raisons ont empêché le conseil de guerre de le condamner à mort. De cette façon, Sa Majesté ne pourra plus se fier à aucun officier ni serviteur qui sont aujourd'hui en serment et devoir ; car les choses qui sont arrivées une fois dans le monde peuvent arriver souvent encore, et ceux qui feraient la même chose, prenant prétexte de ce qui s'est passé pour Katte, qui se serait tiré d'affaire si facilement et si bien, croiraient qu'il en adviendrait de même pour eux. Sa Royale Majesté qui est allée aussi à l'école pendant sa jeunesse, y a appris le dicton latin: Ftatjusticia etpereat mtindus! Elle veut donc, de par le droit, que Katte, quoiqu'il ait mérité conformément aux lois, à cause du crime commis de lèse-majesté, d'être tenaillé avec des pinces ardentes et pendu, soit porté de vie à trépas, en considération de sa famille, par l'épée. En annonçant la sentence à Katte, le conseil lui dira que cela fait de la peine à Sa Majesté, mais qu'il vaut mieux qu'il meure, et que la justice ne s'en aille pas du monde ' ! »

Lettre terrible, puisqu'elle a donné la mort, terrible par ce ton si sérieux, si familier et si solennel* Mais ce juge aussi doit être jugé à son tour. En droit, il a raison. Katte a voulu déserter. Il a conspiré avec des ministres

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