La jeunesse du roi Henri
Un soir du mois de juillet de l'année 1572, (leux cavaliers galopaient sur la route qui conduit de Pau à Nérac.
C'étaient deux jeunes gcn«, et leur moustache naissant annonçait qu'ils toui llaient à peine h la vingtième Mnee. L’un était brun, — l'autre blond. Le premier portail ses cheveux noirs de jais tré*-ras; le secoud lais*
A demi tournés sur leur selle et penchés l’un vers Taulre, l^s deux cavaliers causaient à mi-voix.
— Noê, mon bel ami, disait le cavalier brun, sais-tu bien que c’est une charmante chose que voyager ainsi par une tiède nuit d'été, sur une roule Silencieuse et déserte, cil pressant les limes d'un vigoureux petit cheval béarnais plein d'ardeur?
. Le jeune houmie blond se prit à rire :
— Savez-vous, Henri, dit-il, que e'eft surtout charmant de «ongcr ainsi, quand on a quitté Itéras « la nuit close et qu'on se dirigé «ers un joli castel dont une fenêtre doit s’ouvrir pour vous à minuit?
— Chut! indiscret..
— Vous l’avn dit, Henri, la route est déserte; et d'ailleurs, eonvenez-en, mon prince, vous ne m'avez parlé de la fraîcheur de la nuit que pour arriver à me parler < Ve lie...
— Mais tais- toi donc, bavard!
— Bah! continua le jeune home blond, que je perde mon nom d’ Amaury et que le sire de Noê m--n père soit déclaré de mauvaise lignée, si vous ne brûkz depuis une heure, mon gentil seigneur, de m’entendre prononcer le nom de Corisandre.
— M ol Nnêt murmura le cavalier brun, tu es lo plus détestable confident qui soit de Pau à N* tac et de Paris A la Hocbclle. Tu jettes les noms aux échos du chemin, ce qui est de la dernière imprudence...
Le jeune Amaury de Noê riait silencieusement dans sa bluude moustache.'
— Car tu ne sais pas, poursuivit celui qu’il avait appelé Henri, et qu’il traitait avec une familiarité respectueuse, — combien un mari jaloux a l'oreille fine. C'est pour lui que la table du roi Midas aurait du être inventée. Creuse un tr**u dan» la terre et dis tout lias ; « Ce pauvre comte de Gramonta une femme du nom deCortsambeaui. . «Avant que tu aies retouche ton trou, un souffle de vent aura pas«e dans le» feuillet d’un arbuste vuism, pris tes paroles sur son aile et les aura portées A ce pauvre n raie...
— Ah! dit le jeune homme blond, voilà précisément où j'en voulais venir.
— Comment! drôle, tu voudrais...?
— Je voudrais bien vous faire avouer, Henri, que voua êtes de la dernière témérité.
— Bah t
— Vous l'avez échappé l>elle deux fois. Un soir le comte est rentré chu sa femme, et vous êtes demeuré caché pendant plus d'une heure dans les plis d'un rideau. Une aptre lois, tous avez passé Ut nuit dans les branches d'un taule.
— Celait «n éie,j’ai dormi sur une branche.
— Savez-vous bien, Hemi, que le comte, qui est aussi jaloux que laid, tous ferait assassiner, tout prince que tous êtes, s'il n'avait le courage de tou» planter »a dague en plein cceur?
— - N< ë, mon mignon, répondit le caval er brun, t'al-on jamais narré tes contes de mon aïeule, madame Marguerite de Navarre?
— Certainement; pourquoi?
— Il en est un qui renferme une très-belle moralité sur l'amour : « L’amour, disait la reine Mu guérite, e>t un pays enchante quand on y parvient p a r on chemin rude, escarpe, u rne d'obstacles et H cm Lui fie». Le jour qu’on s'amuse à frayer un beau chemin tout droit pour y parvenir, ce n'est plus qu'un lieu mal pu i. -an t et de (néd lucre attrait. »
— Voilà, dit naïvement Amaury de Noé, une chose que je ne comprend» pas très-bien.
— Attends, tu !M voir.
Le cav ther biun donna un coup d'éprrun A son cheval et poursuivit : — Madame Marguerite, mon aïeule, parlait par figures de rhétorique, allusions et métaphores, fce chemin escarpé, vuis-tu, c’e.ft le mari jaloux, c’est la fenêtre qui s’ouvie à ahuuit, c’est la dague desestalh rs qui nous menace au dmu d une rue sombre, c'est la nuit d'elé qu’un passe à cheval sur la branche d un saule.
— Bon 1 je comprends., -
— La grande roule bien frayée, c’est l’absence de tout *ela; c'est la femme chez qui un entre en plein jour avec ses éperons, lois-ant son cheval à la p u te, qui vous appt Ile son mignon Unit haut et ne vous refuse rien de ce qu’on serait heureux (1 obtenir par larcin.
— ■ Ainsi, interrompit Noë, vous n aimez pas la grandroute.
— .Moi, fit dédaigneusement le cavalier brun ; si jamais le diable permet que Gramont soit occis en un combat, et q e Corisandre me fa-se ouvrir & deux butants la j >nr te de son petit cistel...
— Eh bien? demanda Noê.
— Je lui ferai répondre que je n'aime point un logis où on n’entre plus par la fenêtre, et que du moment où je vais chez ma belle en plein jour, j ai peur île d couvrir une ride au Iront, voire même une taie sur l'œil.
— Amen! murmura Amaury.
— A propos, reprit celui qiril appelait Henri, tu sais que c’e*t la dernière fois que nous allons A Beaumanoir ?
— E-l-ce que vous n aimez plus Corisandre?
— Mais si... toujours un peu.
— Alors?...
— f. est que noua partons demain.
— Nous parlons? fil Nuô avec surpri e en regardant
foo Interlocuteur.
— Demain matin... Tu viens avec m»i, et tu seras mon frère d'armes.
— Oui, certes. Mais où al|on»-nous?
— Je te le dirai en sortant de chez Corisandre.
Au moment où Henri prononçait ces derniers mots, son cheval, qui, satis doute, était habitué A fa re chaque soir le meme chemin, se jeta brusquement A gau he de la voie liattiie, et put un pet-t sentier i ui courait -ur l'beibe û travers un taillis de chênes que traversait la route. Il »’ allongeait jusqu'au pied de la colline au flanc d' 1 laquelle »e die-sait uii joli castel, de structure toute ncente, et qu’on appelait b uuminuir.
Ihiumanoir était le but de la course nocturne des deux jeunes geu».
Cependant, il lieu près rt mi-chemin de la route au manoir, ils s'arrêtèrent après avoir quitté le sentier qu'il» suivaient pour se jeter dans un fourré très-épais de chênes et de hêtres. Là le cavalier brun mit pied a terre et donna »a bride A son compagnon.
— Henri, dit ce dernnr, soyez prudent, je vous en supplie.
— Je le serai ; ne crains rien.
— Hippeltz von» dœ s’il n'est point permis de fuir sur le champ de bataille, on peut toujours le faire quand il est que»tion de gai m er>e, ajouta le jeune homme.
— Noê, dit le cavalier brun, tu deviens in»upportatalile avec ta morale; bonsoir...
Il s’enveloppa dan» le manteau court qu'il portait, rabattit son chapeau orne d'une plume blanche sur scs yeux, s’assura qu'une jolie dague qu’il portait au flanc Jouait dans sa gatne; puis il s'élança hors du fourre, et se prit A courir a travers les taillis avec la légèreté d’uu chevreud.
Un quart d’heure après il arrivait sous les murs du p« ut castel.
Beaumanoir n'était point une sombre demeure du m<>y«-n Age, dominée par un toffroi, ceinte de tours éjwn»-es et crênt-lees. entour ée de fossés profonds. C’était moins un château qu'une jolie maison de campagne située à trois lieue» de Nerac et dont les habitants paraissaient peu se soucier des moyen» de défense usité» eu ce temps de guerre Ci vile et de troubles publique». Une solide porte en chêne ferrée et deux gros chiens des Pyrénées, c'était là téut ce qui pouvait empêcher lœ voleurs et les ennemi» de pénétrer A l'intérieur.
Le cavalier brun déboucha à vingt métrés de la fa- | çade principale par une charmille épaisse ; puis, uu lieu oe passer outre, il s'ariéta, posa deux doigts sur sa boi-i h*?, et fit entendre un coup d.' silflet semblable à celui d< s berger» qui fréquentent les hauts pâiur <ges et s'appellent entre eux la nuit. Puis, le coup d 1 : » filet donne, il e rejeta dan» les massifs d'arbres qui entouraient le château, recoucha à plat veutie, et attendit, le» yeux fixe» sur le ca»lel, à l'iiiterieur duquel tout le monde dormait sait» doute, car aucune lumière ne brillait sur sa façade.
! Quelque» minutes s'écoulèrent, puis une clarté fogi- I tive m) montra au premier etage d uue tourelle^ et, ra- « pide comme uu météore, s'eteignit presque aussitôt*. Alors
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notre héros «e leva, et marchant avec une précaution extrême, en rasant toujours les arbres, il Ut le tour de l'edifice, et s'arrêta au pied de la façade méridionale, celle qui regardait la montagne. Au même instant, un énorme chien, couché au dehors sur le gazon, bondit vers lui, l‘œd enflammé, la gueule béante et prête à faire entendre un hurlement de fureur.
— Tais-toi, Pluton, dit le jeune homme à voix basse, e‘est moi...
Le chien reconnut sans doute le nouveau venu ; il lui lécha ta main, agita la queue en signe de contentement et alla se recoucher tranquillement En même temps, le volet d une fenêtre s'ouvrait discrètement au-dessus de la tête du jeune homme et une celielle de soie tombait à ses pieds. Le cavalier brun la prit lestement à deux mains cl, avec l'agilité d’un chat, il s'éleva jusqu'à la croisée qui venait de s'ouvrir. Au moment où il atteignit IVntaliknient, deux bras parfumés et blancs comme neigé l'enlacèrent doucement, l'attirèrent à l'intérieur, remontèrent l'échelle qui pendait le long du mur, et le volet se referma.
— Ah! cher Henri... murmura une voix fraîche et jeune, comme vous venez tard ce soir!...
Le compagnon d'Ainaury de N<*ô se trouvait dans un joli réduit décoré du nom d'oratoire, mol qui, à cette époque, signifiait à peu près un boudoir. Une lampe d albâtre y projetait un jour mystérieux, éclairant des tableaux de l'école italienne/ des bronzes florentins, un tapis ti:«é en Orient et de grands sièges de chêne mervei Iléus 1 ment sculptés. Dans un de ces siège» la fcc de ce logis vint se rasseoir, après avoir refermé prudemment son vohi et retiré son échelle. Le jeune homme, s'agenouilla devant elle et lui prit les deux mains.
Cétad une femme de vingt-quatre à vingt-cinq ans îut-ètie, blonde comme une madone de Raphaël et anche comme un lis, une fleur du Nord transportée sous le ciel brûlant du Midi; un démon à l’œil bleu dont le sourire moqueur déliait les levre» rougi s de* Béarnaises et leur hautaine attitude. La femme devant laquelle notre héros venait de s'agenouiller se nommait Diane- Corisandre d'AndouinB, comtesse de Grainont.
— Diane, ma belle Diane, murmura l’adolescent en portant les mains blanches cl parfumées delà comtesse à ses levres, pourquoi froncez-vous ainsi vos sourcils blonds et me regardez- vous avec courroux, en me reprochant d'arriver trop lard?
— Mais, repuudit-elle en souriant, et étendant sa main vers un coin de l'oratoire, regardez l'horloge, Henri, mon mignon, il est deux heures du matin.
— C'est vrai, mon amour. Noê me le payera; c'est lui qui me fait toujours attendre.
La comtesse laissa tomber un tendre regard sur le jeune homme.
— Ah! dit-ellé, c'est que vous ne pensez pas, Henri, que nous sommes en plein mois de Juillet, et qu'il est jour à trois heures du matin. Songe donc, mon bienaimé, que ta Corisandre serait perdue si on te rencontrait au point du jour dans les envi rons do Beaumanoir... Il me tuerait... ajouta-t-elle tout bas.
— Oh! par exemple! fit le jeune homme, dont l’œil eut un éclair de fierté, ne suis-je jjas là, moi?
— Je lui appartiens, soupira- t elle en haïssant la tète, et s'il avait le moindre soupçon, ai. ! je le le jure, Henri, tout prince que tu es, il serait homme à t'assassiner.
llenn se prit à sourire.
— Tu oublies «lonc le dieu qui veibe sur nous, Diane, le dieu des amours? ..
Il lui prit la tète à deux mains et lui mit un baiser sur le front. Puis, avtc un acc. nl de tristesse.
— Ma pauvre Diane, continua-t-il, tune sais donc pas que je viens te faire mes adieux pour un grand mois?!//
— Tes adieux!... Es- tu fou, Henri? s'écria la comtesse avec une sorte d effroi.
— Hélas ! non, mon amie.
— Mais c’est impossible. . pourquoi des adieux...
— Je pars, je quitte Nérac. Ma mère le veut et l'ordonne...
— Mais où vas-tu, mon Dieu? excla.na Diane d’Andouins, pâle et -frémissante; où vas -tu, Henri?
— A Paris, à U cour de France...
Oh ! n’y allez pis, Henri, n’y allez pas! S'écria la comtesse vivement; n'y allez pas... répéta-t-elle avec line sorte dYffroi. Vous êtes huguenot, mon cher prince, et il vous ai rivera malhe r.
— Follet dit Henri de Navarre. D'ailleurs, ajouta-t-il, tranquilli«ez-vous, ma chère Diane, ie vai- à Paris in cognao. D ms quel but? je l'ignore. La reine ina mere mu remettra demain un pli cacheté que je ne dois ouvrir qu'à Paris. Tout ce que je sais,- c'est que je pari sms escorte, avec Noê pour seul Compagnon, et que je dois aller loger à Paris dans la rue Saint-Jacques, proche la Cite, à l’hiUcllerie «lu Lion d’argent, qui est tenue par un Béirnais du nom de Ltstacade.
— Et vous serez de retour dans un mois, mon mi-, grion?
— Ma mère me l’a dit.
La comtesse était toute rêveuse :
— Ce vuy.ige est bien étrange, murmura-t-elle, et r ceriainem* nt il a quelque but politique que ni vous ni moi n«* soupçonnons encore, mon cher H nri.
— Di «ne, in* toute belle, dit le jeune prince, lai usezmoi vous fermer la bouche avec un baiser. Nous n’avons plus qu'une heure à passer l’un près de l'autre. Si vous voqÿ in liez martel en tête et tous désolez ainsi à propos de mon voyage, nous perdrons le temps qui nous reste...
— C’eal ju-te, dit-el e. ■*
Et le* deux amoureux érhangèrent les serments les plus doux et le» plus solennels, et cette heure qui leur restait lut employée par eux à se faire les plus douces promesses. Butin , une légère clarté blanchâtre pâlit l'horizon, et, comme Bornéo abandonnant Juliette, Henri de Navarre se leva et dit :
— Diane, voici le jour... .
Elle l'enlaça de ses bras, lui fit renouveler pour la cemieme fois depuis une heure le serment qu'il lui faisait de revenir au plus vile et de l'aimer toujours, puis elle lui dit :
— Ecoute, Uenri, mon mignon, tu n'es jamais allé à Paris?
— Mais si, à l'âge de huit ans.
— CYM comme si tu n'y étais jamais allé. Tout prince que tu es, tu ne seras à l’abri ni de* embûche», ni des séductions, et, précisément parce que tu y vas incoguito, besoin vous sera, mon cher seigneur, d'avoir des ami* sùr^.
— J’ai Noô.
— Noê est un étourdi, auâsi neuf que lu le seras toimême à Pans. Je veux te bailler une bonne lettre qui pouira bien tètre utile.
— Et pour qui cela, ina mie?
— Pour un bourgeois qui demeure dans la rue aox Ours, et dont la femme a etc é evée avec moi dans le manoir tourangeau ou je sut» née. Vois- lu. Henri, mon Seigneur, l'on a plus souvent besoin des petits que des gran Is, et le brave bourgeois à qui je vais te recommander m'est 'lé voué jusqu’à la mort; il se fera tuer pour lui s’il sait que je tanne, et si lu vides ton escarc. Ile un peu trop vile, il te pi ôtera de l’argent, non point à la mau ere de* lombards et des juifs, mais sans en vouloir tirer profit.
— il est donc riche, ce bourgeois?
— Comme un grand seigneur qui ne fait point la guerre. C’est un joaillier-orfèvre qu’on appelle Loriot.
— Eh bien, du Henri, bailiez-moi cette lettre, ma mie, et je l irai voir, ne lût-cc que pour l'entendre me parler de vous.
— Quand partez -vous, Henri?
— Je dois me mettre eu route au coucher du qoleü.
— Eh bien 1 dan» la journée un de mes serviteurs se présentera au château de Nerac, et il vous portera ma lettre. Adieu, mon mignon, partez... Voilà lejuur!
D.ane d’Audouuis , * comiease de Gramonl, rouvrit aloit» sans bruit les volets de l'oratoire, se pencha au * r L dehors pour s'assurer que les alentours du château
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étaient déserts et toujours silencieux, puis elle attacha do nouveau et noua solidement de scs blanches mains l’érhelle de soie.
— Adieu, répéta Henri, adieu I Le jeune prince s’élança sur l'entablement de la croisée, donna un dernier baiser, sentit une larme brûlante qui tomba des yeux bleus de la belle Diane sur 6a main, posa un pied sur l'échelle et disparut.
Huit jours après, le Jeune nrince Henri de Navarre et son compagnon Amaury de Noê chevauchaient à la nuit tombante au bord de la Loire, le long d'un chemin assez étroit qui courait à mi-côte entre le ileuve et les collines couvertes de bois et de vignobles. Les deux jeunes gens ne montaient plus, comme le soir où ils allaient au petit castel de la comtesse de Gramont, de fringants chevaux de race andalouse, mais bien de solides percherons au trot lourd et vigoureusement charpentés pour la fatigue d’une longue route.
Henri de Navarre s’en allait à Paris, muni des instructions secrètes de madame Jeanne d’Albret, «a mère, instructions renfermées en un pli qu’il ne devait ouvrir qu’à Paris. Il emportait en outre la lettre de la belle Curisandre pour son amie d’enfance, la femme ded’argenticr.
Les deux cavaliers cheminaient depuis le matin. Us avalent couché à Tours la veille et en étaient repartis au point du jour, formant la résolution d’arriver jusqu’à Blois; mais, soit qu’ils fussent partis trop lard,soit u'ils se fussent arrêtes trop longtemps, vers le milieu u jour, dans une auberge isolée sur la route, la nuit allait les prendre bien avant qu’ils eussent aperçu dans Je lointain la cathédrale de la ville de Blois. Le temps était orageux, le ciel obscurci par des nuages noirs qui ne pouvaient tarder à crever, et que par instants sillonnaient de nombreux éclairs.
— Allons! Henri, dit Noê qui marchait silencieusement depuis quelques instants, pressez votre cheval, mon prince. L’orage va nous devancer. Et quel orage! je sens ma grosse jument percheronne trembler de peur sous moi.
— Bah ! répondit le prince, tu es bon cavalier, Nuê, mon ami, tu réduiras ta monture.
— Oui ; niais je n’ainie pas à me mouiller.
— Les pluies d’été sont rafraîchissantes. D’ailleurs jaos chevaux sont rendus.
Un coup de tonnerre qui ût cabrer le cheval du prince l’empécha de continuer. En même temps, de larges gouttes de pluie commencèrent à tomber.
— C’est que. reprit Noê, dont la jument avait peur de plus en plus, j'ai beau regarder devant moi, je n'aperçois ni clocher ni tuyau de cheminée.
— Mais moi, répondit ILnri, je vois venir un homme à cheval.
— Moi aussi ; mais un homme n’est point une maison : on ne s’abrite pas dessous.
Un second coup de tonnerre se fit entendre, et à la lueur de l’éclair, les deux jeunes cavaliers aperçurent fort distinctement le cavalier signale. C était un paysan en sarrau bleu, moule sur une mule, trottant bon train et paraissant se soucier de l’orage comme un soudard de philosophie et de belles-lettres.
— Hc! l’ami, lui criaNoè au moment où il arriva sur eux.
Le paysan s’arrêta et ôta respectueusement son bonnet de laine.
— Sommes-nous loin de Blois?
— Encore cinq lieues, vos seigneuries. «
— • Sommes-nous prés d’un village?
— Oh ! nenni ! il n’y en a pas jusqu'à Blois. kJ — Mais enfin, il y a une maison quelque part? y.* -r- Oui, une auberge à deux lieues d’ici.
— Pas avant?
— ■ Non, meaaeigneurs...
— Eh bien ! fit gaiement Henri de Navarre, Noë, mon ami, il .faut faire contre fortune bon cœur : nous serons mouillés.
— Ah! répondit le paysan, si c’est pour vous mettre à l’abri de la pluie, c’est différent.
— Comment cela ?
— Il y a près d'ici, à un quart d’heure de marche, làbas au tournant de la côte et tout au bord du chemin, une grande roche creuse sous laquelle vous et vos chevaux tiendrez à l’aise.
— Tu crois?
— Pardine ! les jours de fête on y danse!
Henri jeta un écu au paysan et piqua son cheval. Moin- d’un quart d’heure après, et comme déjà l’obscurité devenait profonde, les deui jeunes gens atteignirent l’endroit dont leur avait parlé le paysan. C’était, en effet,
, une sorte de caverne spacieuse, s’ouvrant au bord du chemin qui surplombait la Loire en ce lieu, et, guidé par la lueur d’un éclair, Noê y entra le premier sans avoir besoin de mettre pied à terre. Henri Limita.
Presque aussitôt l’orage éclata avec une violence inouïe. Lis coups de tonnerre et les éclairs se succédèrent sans interruption, illuminant la vallée de la Loire et réveillant tous les échos endormis. Les deux cavaliers avaient altaché leurs chevaux au fond de la grotte, la tête tournée vers les rochers afin qu’ils ne vissent pas les éclairs. Puis iü s’étaient assis sur un arnasde feuilles et de branchages entassés là, sans doute, par les pâtres et les vignerons.
— Oui, murmura Noô après un silence, celte roche me parait l>eaucoup plus belle que les lambris du château de Nérac. Convenez-en, Henri, et si nous avions seulement ici un quartier de venaison et une gourde remplie de vin blanc, je me moquerais de l’orage.
— Moi, soupira Henri, si j’avais seulement la main blanche de Corisandre dans la mienne I Noê sifllolta un air moqueur du bout des lèvres, et ne commenta point ce regret amoureux du jeune prince.
Mais tout à coup.au bruit du tonnerre et de la pluie qui tombait par torrents, un autre bruit se mêla, et les deux jeunes gens se levèrent avec précipitation de leur couche de feuilles mortes. On entendait, sur la route qu’ils venaient de parcourir, le galop de plusieurs chevaux, galop précipite, furieux, et qu’une cause plus pressante que l'orage semblait accélérer encore. Les éclairs se succédaient alors avec une rapidité telle, que la route, le fleuve, les collines environnantes, semblaient illuminés comme en plein jour.
Henri de Navarre et Noê, qui s’étaient placés sur le bord de la grotte, virent alors une femme à cheval qui cinglait les Üaucs de sa monture à coups de cravache et qui passa devant eux plus rapide que cette foudre du ciel à la lueur de laquelle elle galopait. Derrière elle, à trois pas de distance, un cavalier s’efforçait de la gagner de vitesse, lui criant, avec un accent italien bien prononcé :
— Oh I celle fois, tu ne m’échapperas pas, la belle Les deux jeunes gens entendirent un cri de détresse, puis, en même temps, ils virent l’amazone se retourner sur sa selle, allonger le bras et lâcher un coup de pistolet dont la détonaiiqn se mêla au bruit du tonnerre. Soudain, le cheval du cavalier qui la poursuivait se cabra, voila sur ses pieds de derrière et tomba lourdement à la renverse, entraînant son maître dans sa chute. L amazone f ijelta de nouveau sa monture, et disparut comme une vision dans l’éloignement et les ténèbres. Tout cela avait été si rapide, si inattendu, que le prince de Navarre et son jeune compagnon étaient demeurés stupéfaits et n’avaient pas même songé à intervenir.
Cependant, quand ils virent le cavalier démonté se relever sain et sauf de dessus le cadavre pantelant de son cheval, Noê ne put réprimer un grand eci.it de rire.'
Le cavalier était à trois pas de Ja grotte; l’éclat de rire gmda son regard et un éclair lui montra les deux jeunes • gens tranquillement arrêtés sous la roche protectrice.
Eu même temps, dans le fond de la grotte il aperçut les chevaux.
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LA JKILV SSE PU ||n| HENM. 5
— Ah I par la Madone! s’écriat-il, ceci est un coup de fortune.
% Et sans songer à s’irriter de l’éclat de rire moqueur, il s’avança vers les deux jeunes gen9 et les enveloppa de •e regard rapide et sur <run homme expérimenté dans la rie.
Le jeune prince et son compagnon étaient vêtus plus Que simplement. Leur pourpoint de gros drap, leur foutre sans plumes et leurs bottes à entonnoir donnèrent le change au c.ivalief démonté. Il crut avoir a (Tu ire à de petits gentillàtrea, cadets de famille, allant à Paris chercher fortune. Aussi vint-il à eux la télé haute, le regard insolent et protecteur.
. — Ahl morbleu t vous avez des chevaux, mes jeunes drôles...
Henri de Navarre et Nuê le regardèrent.
C’était un homme d’environ quarante ans, de haute taille, vêtu comme un gentilhomme de marque. Son Mint olivâtre, sa mine hautaine, son regard cruel et moqueur à la fois, indiquaient un de ces Italiens que l.< rtinc-inère, Catherine de M -dicis, avait amenés à sa suite, et qui s'étaient si rapidement enrichis à la cour de France.
— Certainement, répondit Henri de Navarre d’un ton non moins hautain, nous avons des chevaux, mon g*-n-
tilhomme; nous sommes, en cela, plus heureux que %ous 9 qui n’en avez plus.
— Aussi, reparut l'inconnu, je compte bien que vous allez mVn coder un.
— Piuil-ilY lit le prince.
— Il faut à tout prix que je rejoigne cette femme continua l’Italien.
— Ce sera difficile...
— Vos chevaux sont bons, je suppose?
— Sans doute. Mais nous les gardons...
Un sourire plein d’inso ence glissa sur la lèvre de Italien.
— Quand vous saurez qui je suis, dit-il, vous ne refuserez certniuement pas de me vendrel'un de ces ammaux.
— Bah! seriez-vous roi de France, par hasard? demanda Noé d’un ton moqueur.
— Mieux que cela, mes drôles.
— Ma foi 1 ricana Henri â son tour, au-dessus du roi -1. Frtiiice je ne vois que le Pape. Seriez-vous le Pape?
— Non, tuais je suis le favori de madame Cathei ine de Modicis.
— Hein I fit le prince, qui s'amusait beaucoup des airs importants du cavalier, c’est un peu moins que le roi...
— Mes petits hoK-reaux, lit l'Italien à bout de patience, je n'ai pat le loup? de parlementer. Choisissez... ou me
Veuille un ifte'Mi ChnaittM je le payerai ou que vous «••udrez.
— Oh! dit Noë, les favoris de ta reine s’enrichissmi à ce métier, nous .-avons i cla. Vu.«a devez avoir l'e»carc-lle ronde, mon g« tu. homme.
— Ou, conuiiua l’mcuiuiu, voir en moi l'ennemi qui voua fera rouer vils un «le ce* jours.
Henri et Noô repi querent par un éclat de rire mo- •|U« ur. Altjrs 1 halo n, exaspéré, tua son épée et ajouta :
—On encore jouer avec iuoi de cet outil, mtii>upiiei.r$.
— Tiens, dit le prime, cela me va! aussi bien voici longtemps que je u’ai fait un peu d 'escrime, et cela me dégourdira le poignet.
Et, comme 1 lUuen, Henri de Navarre mit flamberge au vent.
— Abl pardon, Henri, dit Noé oui l imita et s’interposa sur-le-champ, c'est A mm de commencer avec monsieur.
— Non pas ! répondit le prince, c'est à moi.
— Mais...
— Al.uns! dépéchons, fit l'inconnu avec impatience.. Il y eu aura pour tous deux, mes jeunes coqs. Ou me nomme René te Florentin, et je suis maître d'unucs.
— Moi, dit Henri de Navarre, qui écarta Noè, je suis un assez bon eleve.
El d croisa le fer avec l'Italien, qui fondait sur loi l'épee haute. Noë, un peu ému, »e retira à l'écart.
Le Florentin n'avait point menti, il était malin? d'armes. et, dès le premier engagement, le fils de Jeanne d’Alhret s'en aperçut. Mais ce dernier avait pour lui la jeunesse, l'élasticité des membres, un courage bouillant cl une présence d'esprit merveilleuse.
Le combat ne pouvait être long entre gens qui maniaient si hardiment l'épée. A la troisième passe, le Florentin voulut essayer de ce jeu profondément perfide auquel la tradition a donné le nom de Jeu italien . Il sn prit à bondir, à ramper, poussant des cris, s'accroupis sent sur les talons pour sa redresser et Imndir encore, et ne présentant jamais à l’epée de son ad verni re que le ci âne et le genou.
Heureusement pour H<*nri de Navarre, le feu roi An toi ne de Bourbon, son père, avait fait la guerre en Italie, et, comme il avait été le professeur d'escrime de son llls, il lui avait montré dans ses«tnomenls perdus comment on se défendait d'uu adversaire milauaU ou florentin. Aussi le jeune prince, qui, lui, restait silencieux, se gardai t-il bien d’attaquer. Tout entier à la parade, il laissa le Florentin s’escrimer, se lasser, et attendre l'insiant favorable pour exécuter celle fameuse
O?-' glissade qui est comme le couronnement du jeu terrible qu’il jouait. Mais le prince avait prévu le coup, et, au moment où l'Italien se fendait à fond, il faisait un bond de côté, revenait sur lui avant que ce dernier , dont l'épee n avait rencontré que le vide, eût eu le temps de se relever, et lui déchargeait un coup de pommeau sur la tête, en disant :
— Voilà ma riposte, «telle est bonnet
L'Italien poussa un gémissement et •‘"affaissa sur luiméine comme s'il eût été frappé de la foudre. Nuë accourut.
— Oh! lui dit Henri, tranquillise -toi, mon mignon, ce n'eït rien. Il n’e*t pas mort... un coup de pommeau ne tue point, il étourdit. Dans une heure le drôle retrouvera c es esprits.
Les deux jeunes gens se penchèrent sur le Florentin, et Noê lui mit une main sur le cœur. Le cœur lui luttait.
— Il est évanoui, voilà tout, ajouta le prince.
# — Henn, dit Nofl, vous avez entendu son nom?
— Oui, c’est René ;e Florentin.
— Le parfumeur de la reine mère, Henri?
— Précisément.
«*■ — Un méchant homme, Henri, et dont la mort, je
voua jure, serait fort agréable à Dieu.
— Alors, s'il eu est ainsi, je regrette de ne l'avoir point tué.
— Il n'y a pas de temps perdu, mon prince.
— Htm? (il Henri.
— Je vais lui (tasser mon épée au travers du corps, si la besogne vous répugne.
— Fi! Nu«t un homme par terre, un homme évanoui?
— Une vipère qu'il faut écraser quand on la rencontre.
— C’est possible, mais la vipère qu'on écrase peut mordre au ta>oo, et un homme épanoui ne oiord pas.
— Henri. Henri, murmura le jeune Auiaury de Noë, tenez, j'ai d’horribl» s pressentiments.
— L' Mj.iets, Nwê, mou mignon?
— J’ai le pressentiment que cet homme à qui vous voulez laisser la vie jouera un terrible rôle dans voue destinée.
— Bah!
— Un rôle funeste et fatal, Henri, et qu’un jour vous vous repentirez amèrement de ne lui avoir point enfoncé votre repère en plein cœur.
— Tu es (uo, Nuè,
— Non, mon prince, non. Il me semble que je Us dans l'avenir en ce moment.
— Tu as ton, répondit froidement le prince.
— Vous croyez?
— Sans doute, car il vaut toujours mieux lire dans le passe que dan» l'avenir.
— pourquoi?
— Parce que le passé t'apprendra que je me nomme H*nri de Bourbon, descendant direct du roi saint Louis, répondit froidement le prince, et que je ne suis point de ceux qui frappent ou laissent frapper un homme sans défense.
N‘*fl courba le front.
— Vous avez raison, dit-il, mais il est bien fâcheux que vous ne m’ayez pas laissé battre avec cet Italien maudit, je l'aurais tué.
— Allons! voici l’orage qui se dissipe, reprit Henri, achevai! Nué, mon mignon. La faim me tord les envaille*.
— Et le voisinage de celte charogne me répugne, ajouta Noé, qui poussa du pied le corps de I Italien évanoui.
— Moi, dit Henri, qui détacha son cheval et sauta en selle, ie ne suis préoccupé que d'une chose.
— Laquelle?
— C’est de savoir quelle était cette femme qu'il poursuivait et qui l’a si cavalièrement salué d’un coup de pistolet. Etait-elle jolie? était-elle jeune? Voilà ce qui m'intrigue.
— H^nri, dit Noé en riant, je voudrais trouver un messager qui se rendît en Navarre.
— - Et pourquoi, drôle?
— Pour l'envoyer à BeaumanotT dire à la belle Corisandre que le prince Henri de Navarre...
— Chult malheureux... Tais-tm!
Et le prince donna un coup d'éperon à son cheval, et les deux jeunes gens reprirent leur roule, laissant en travers du chemin René le Florentin évanoui...
Le lendemain de cette soirée d'orage qui avait roulé si cher au parfumeur René le Florentin, nous eussions, au coucher du soleil, retrouvé le jeune prince Henri de Navarre et son compagnon Amaury de Nuô sur le seuil d'une hôtellerie du pays blaisois, entre Bloiset le village de Beaugt-ncy.
L’hôtellerie était de piteuse apparence, en dépit de son enseigne, qui portait qu'au tondez-vous des r«*j Muges on hébergeait les grands seigneurs et les «impies gentilshommes. Quelques poules assez maigres grattaient le fumier de la cour, un chieotylp somm» illjit sur le seuil, et devant la porte, le maititoe la maison, devenu son propre cuisinier, plumait une oie pour le souper des vnÿavturs que le ciel lui envoyait. Une fille do cuisine
•i iluinait le feu à l’intérieur, et la femme (le l'aubergiste I dressait la table, taudis que l’unique garçon de ferme étrillait leu montures des deux gentilshommes, attachées a la porte de recurie.
Henri de Navarre et Arnaury de Noê s’étaieni installés à/ califourchon sur une grandi; |M>ulre couchée devant la maison et se tournaient irrévérencieusement le dus. Henri rêvait, jetant un vague regard autour de lui.
Ainaury avait tiré un livre de sa poche et lisait. Tout à coup Henri se retourna vers lui :
— peste ! dit-il, comme tu es lettré, mon mignon! et que lis-tu là. Arnaury?
— Le dernier livre de messire de Bourdeille, abbé de Braoi’i . , a Vie de* Dames galantes. Il faut bien passer le temps.
— M rci! cela veut dire que ma conversation le force à compter les heures.
— Oh! parJuu, fit Arnaury, Votre Seigneurie est injuste.
— Tu -jouves?
— Et ad conversation est des plus attrayantes, mais...
— Mais? Al H«nri.
— Votre Seigneurie ayant autre chose à faire, sans doute, que de ui'en régaler, et n'ayant point da-gné échanger avec moi trois paroles depuis ce matin, j'ai pen-é que ce que j’avais de mieux à (aire était de m’tn passer.
— Ton indépendance me plaît assez, Arnaury, mon mignon, mais j’y inet- un terme.
— Ah! Votre Seigneurie daigne enfin causer avec moi?
— Comme un simule mortel.
— A quoi donc lèviez-vous, Hei.fi?
— A Corisan-lre.
— Toujours?
— Pourquoi pas?
— Mai» dame! répondit Nofi, parce que les femmes neruéiiu nt pas toujours qu’on songe à elles jour et nuit.
— Oh! cell -là...
Arnaury frisa sa moustache blonde et garda le plus éloquent et le plus sceptique des silences. Le prince reprit :
— Et puis, Nofi, mon bel ami, une chose m'intrigue fort.
— Quoi donc. H-mri?
— Tu sais que CorisanJre m'a donné une lettre?
— Oui.
— Pour son amie d'ei fmcc, la femme de l’argentier Loriot.
— Précisément. Eh bien?
— Eh bien! je ne f-eia.s pas fâché de savoir ce que cette lettre peut contenir, mot- mign >n.
— Malheureu-omeiii, elle cal attachée par un joli fil de soie, r* tenu lui-niôine par ai sceau de cire bleue.
— Héla si je le «ai< bien.
— Ht la décacheter serait un acte d’indélicale«Se.
— Peut» ! une lettre écrite par une femme qui vous aime.
— D»me!
— Malgré cette considération, je suis de ton avis, et je ne me permettrais pas de briser le seel. Mais... hélas...
Henri l'arrêta, et poussa un profond soupir.
— Eh bien? interrogea Nofi.
— b m'est arrivé un malheur.
— Bah! et lequel?
— Le «cel s’est brisé tout seul.
— Comment cela?
— Ou plutôt il s'est fondu, il a fait trè^-rhatid aujourd’hui. Nous nous sommes arrêtés d ms une auberge, h la porte de Blois, pour dtjcuuer. J’ai posé la lettre de Corisaudrc et celte de ma mère au soleil. Le soleil a fondu lâche, tandis que nous sablions le petit vin aigrelet de la Loire.
Et le prince de Navarre lira les deux lettres de son pourpoint et les tendit à son ami, Ainanry de Nofi. -
— Tiens, c’est vrai, dit celui-ci, mais si le scleil a
fondu l i cire, il u'a pas pu défaire le nœud du (il de soie.
— C'est juste. Seulement ».
— Oh! je sais ce que vous allez me dire. On peut refaire un nœud api fis l'avoir défait.
— Mais, dame!
— Ah! s'il était question de la lettre de madame Jeanne de Navarre, laquelle lettre, après tout, vous est adressée, comme il faudra toujours que vous l’ouvriez a Paris... je vous, dirais ..
— Celle-là m'intéressa peu.
— Qui sait?
— Elle renferme sûrement de la politique, et la politique m'ennuie... tandis que la lettre de Consandre... mais enfin puisque tu prétends que ce serait mal...
Henri 4*: Navarre n acheva point. Le trot de plusieurs chevaux sc Ht entendre sur la route jusqu’alors déserte et silrncieuse. Les deux gentilshommes se retournèrent et virent une troupe composé* de trois cavaliers s’avançant vers l’hôtellerie qui s'intitulait pompeusement le Hcndet-vous de* mis Muy-t.
Henri de Navarre réuni les deux lettres dans sa poche et se leva pour mieux voir. Le troisième cavalier, celui qui fermait la marche, « tait une femme. Le premier était un gro> homme déjà vieux, poitanl justaucorps de dr p brun, feutre sans plume, et, pour toute arme, une arquebuse pendue à l’arc i n de sa selle, trois signes évidents qu’il n’était pas gentilhomme. Eu revanche, il avait l'apparence d’un bourgeois de ville co-su et parfaitement heureux.
D rriére lui venait une sorte de domestique portant à l’arçon, et sur le coussinet de la selle, deux grosses valises. Enfin, la femme qui fermait le petit cortège et qui montait une fort belle jument blanche portait également le costume bourgeois. Mais elle était si jolie sous son masque, — car les femmes d’alors voyageaient ordinairement masquées, — elle était si élégante en sa taille pleine de souplesse, elle maniait sa monture avec une aisance telle, qu’on eût dit une dame de qualité voyageant incognito, en Compagnie de sis serviteurs.
— Holà! ma le bourgeois, holà! l'hôtelier?
L’hôtelier, qui plumait son oie et n 'avait point quitté
)e seuil de sa porte, leva fort nonchalamment la tète et regarda assez insolemment le bourgeois.
— Qu'est-ce qu’il y a pour votre service? demandat-il.
— Parbb u ! répondit le bourgeois en mettant pied à terre et d’un ton «pu prouvait fort bien qu’il ava t l'escarcelle ronde, |e veux souper et coucher.
L'hfile parut hésiter et regarda les deux jeunpg gens.
Son regard signifiait clair qu'il tenait peu à héberger ; des bourgeois, alors qu'il avait des gens de quai te Chez lui. Mais Henri de Navarre, qui sans doute avait compris ce regard, lui dit :
— Eh bien ! maître, est-ce que vous refusez la pratique ?
L'hôtel irr balbutia :
— J’en demande pardon à Votre Seigneurie, mais je ne m'attendais pas à ce surcroît de voyageurs, et...
Au lieu d achever sa phrase, l'Iiôie montra son oie qu’il avait fini de plumer.
— Je comprends, dit Henri, l'oie nous est destinée?
— Oui, messin.
— Et il ne vous reste plus rien?
— Pre-que rien, du mu ns.
— Eh bit-n! dit le prince, nous partagerons l’oie avec ce brave homme.
Pui.-, s’adressint au bourgeois:
— Mon brave homme, lui dit-il, je vous invite à souper... tf
Le bourgeois salua jusqu’à terre et murmura quel- , ■pies mots de gratitude.
P. ndanl ce temps, l'hôte, qui avait subitement changé d’attitude et de langage, sVu pressait d’ailer la jeune i lemme a descendre de cheval et criait à son garçon d’éci ne :
. — Hc 1 toi, Nicou. débride-iuoi ces chevaux et uonneleur un solide coup de bouchon tout de suite cl un üuuble picotin dans un quart d’heure.
« Messire, balbutiait le bourgeois qui se confondait
en saiùtalious, je suis touché de votre courtoisie : on voit bien que vous êtes un bon gentilhomme. Un noble d'hier, un gentillàtre de colombier aurait mangé l'oie à lui tout seul.
— Mon brave homme, répondit gaUnent Henri, nous mangerons l’oie ensemble, et nous l’arroserons, ventresaint-gris! avec le meilleur vin de notre hôte.
— Oh! quant à du vin, dit le bourgeois, j’en ai là une outre à l'arçon de ma selle ilont vuus me direz des nouvelles, moo gentilhomme.
Et le liourgeois désignait une peau de bouc gonflée qui rebondi s ki il sur le flanc de son cheval.
Mais déjà Henri de Navarre ne regardait plus le che- . val, ni le bourgeois, ni l'outre. La voyageuse était descendue de sa haquenée et elle avait ôté son masque. Ür, chez elle, la tournure n'avait point trop fait présumer du visage. Elle était merveilleusement belle. C’était une femme de vingt-quatre à vingt-cinq ans, blanche comme un lis, avec des cheveux noirs comme l’aile d'un corbeau, des lèvres d'un rouge-cerise et de grands yeux bleus uu peu tristes.
Henri ne Navarre se leva fort précipitamment de la poutre sur laquelle il était demeuré jusque-là à califourchon, et i! salua la jeune femme avec un empressement qui fit sourire Amaocy de Nue.
— Hé! hé! pensa le jeune homme, Henri se plaignait tout à l‘ heure de trop songer à Corisandre... Qui «ait?
l-o bourgeois dcminli une chambre, offrit la main à la joune femme et pénétra «lins l'intérieur de l’auberge. Henri 'suivit de l'œil la belle inconnue.
— Peste! murmura Noë, quand cllo eut disparu, les bourgeoises de ce pays me semblent plus jolies que les grand» dames. Qu’en pensez-vous, Henri 7
— Elle est charmante, N*«C, mon mignon.
— Et tout aussi jolie que Curis mdre.
— Chut, lit Henri, scandalisé de la comparaison. Mm il vient de me passer uue drôle d’idée dans la tôle.
— Bah!
— Qui sait si celte femme n'est pas celle de la nuit
dernier»'?
— Que poursuivait Ren«ï?
— Oui.
— C’est possible. Cependant, son cheval est blanc, et celui de l’amazone était noir.
— Qn’est-que c«*la fait? on change de cheval en roule.
— C’est vrai ; mais l’amazone était seule. Celle-là est accompagnée de deux solides gaillards.
— Niai nortel murmura le prince, j’ai la conviction que c'est elle, et, morbleu! je m’en assurerai, Noë, mon ami.
Puis, comme s’il avait eu hâte de revoir l'inconnue, le prince dit à' l’hôte :
— Çà 1 maitre gargoticr, dé|iéche-loi. J'ai faim'.
L'hôte rentra dans sa cuisine pour allumer scs fourneaux, et le Jeune prince se remit à califourchon sur sa poutre.
— Henri, Henri, murmura Noc, je gage que vous n’avez ni faim, ni soif.
— Es-tu fou?
— Seulement, vous ôtes pressé de revoir votre inconnue.
— Tais* toi, drôle!
. — Et je ne m'étonnerais pas... que... d'ici à ce soir...
* — Eh bien?
— Vous n’en soyez toqué, comme dit Brantôme.
— J’aime Corisandre...
Noë laissa bruire un rire moqueur sur ses lèvres.
— Je le crois, dit-il, mais... eu voyage...
— Qu'arrive-t-il ?
* — One amante absente perd ses droits ni plus ni moins qu’un inari à la guerre ou à la chasse.
— Noë, tu blasphèmes...
— Mais, non.
— Tu nies l’amour.
— Au contraire.
— Et quand tu prétends que je n’aime pas Corisandre...
— Je n’ai pas dit cela.
— Que je pourrais en aimer une autre...
— Moi, interrompit Noê, je suis philosophe.
— Qu’est-ce que cela veut dire?
— J ai des principes...
— En quoi consistent-ils tes principes?
— A découvrir saint Pierre pour couvrir saint Paul.
— Je ne comprends pas.
— Eli bien ! je vais faire comme la reine Marguerite de Navarre et parler par allusions et métaphoree.
— Voyons.
— Je suppose que vous vous appeliez Amaury de Noc, et que je sois, moi, Henri de Navarre.
— Bon!
—J’ai laissé une femme adorée en Béarn, on la nomme
Corisandre.
— Très-bien.
— Je rencontre ici une autre femme fort belle qui sc nomme... Supposez un nom quelconque. Minerve ou Diane.
— Après?
— Corisandre, qui est en Béarn, représente pour moi saint Pierre, et Minerve ou Diane saint Paul.
— Noë, mon mignon, vous Aies uu débauché.
— C’est possible.
— Et vos principes ne sont pas les miens.
— Peuh! on vura.
Comme Amaury achevait, l'hôte vint annoncer aux deux gentilshommes que l’oie rissolait en brioche et qu’une certaine matclotte d’anguilles était servie entre «jeux flacons poudreux de vin de Beaugcticy, un pot de rillettes de Tours et un reste de quartier de venaison.
Au même instant, le bourgeois et la jeune femme nui l'accompagnait revinrent après avoir réparé le désordre de leur toilette de voyage, et Henri de Navarre, comme s'il eût pris à lâche de jusldier les prédictions de Noë,
« fTril la main à la belle inconnue et la fit asseoir à sa droite, à la place d'honneup.
Le bourgeois était uti homme d’environ cinquante ans, chauve, à la figure ronde et franche, au regard tloox, mais non dépourvu cependant d'une certaine énergie. Il était sobre de paudes sans être taciturne, respectueux envers les genlibhommes sans bassesse et sans obséquiosité. Il buvait fcc et mangeait avec un appétit que ne faisait point prévoir son abdomen voluminenx.
J,a jeune femme, à laquelle il disait tous et qu il appelait Sarah, était pleine de décence et de distinction ; eile répondit avec esprit aux galanteries du jeune prince et de son compagnon, eut deux ou trob sourires sans que son œil lieu cessât d'èire légèrement triste, et de même que le bourgeois lui donnait le nom de Sarah, elle l'appela Samuel. Malgré quelques questions assez discrètes des deux jeunes gens, Samuel et sa compagne ?C tinrent, pendant tout le souper, sur une extrême réserve, ne parlèrent point de leurs allairca et se bornèrent à dire qu'ils venaient «le Tours et allaient à Bans. Puis, le repas terminé, h belle Sarah se retira dans sa chambre, et le bourgeois Samuel dans un petit cabinet voisin où on lui avait dressé un pliant.
Fort désappointé, Henri de Navarre prit le bras de soa ami Ni.ë et l'entraîna sur la grande route.
— Allons respirer au clair de lune, lui dit-il.
Est- ce que vous voulez me parler de Corisandre?
Henri tressaillit.
— Tu railles, drôle!
— Dame! ce que j’avais prédit s’est réalisé, il me
semble.
— Comment?
— Vous êtes toqué do la belle bourgeoise.
— Moi? allons donc!
— Tarare! chanta Noë. Vous vous êtes moqué de me» principes, mais vous les mettez en pratique.
— Tu te trompes, seulement elle m intrigue^
— L’intrigue est le vestibule de l’amour,
— Crois-tu? fit laivemeol le prince.
— Dame!
Digttized by Googje
.Mi'-iivtr.'uro do ROnO K 1 Klofqitla..
— Est-ce sa fille T est-ce sa femme? est-cc l’amaioné de la nuit dernière?
— Voilà, dit Noë, ce qu’il est fort difficile de savoir. ’
— Si c’est sa fille...
— Eh bien?
Henri d* Navarre parut embarrassé.
— Eh bienl dit-il, il a une jolie fille, voilà tout.
Amaury partit d'un éclat de rire.
— Si c’est sa femme... oh I alors...
— Ahl pauvre Corisandre! murmura Noë.
Henri se mordit les lèvres.
— Tu es un abominable plaisant, dit-il. Aussi bien je te romps en visière et je vais me coucher.
Et, en elTet, Henri de Navarre souhaita le bonsoir à son compagnon, rentra dans l’auberçe, se fit donner une lampe et gagna la chambre tri'on lui avait préparée. Là il s'assit sur son lit, oublia de se déshabiller et se prit à rêver, non point à Corisandre mais à la belle inconnue. Puis, tout à coup il tressaillit.
2»' livraison.
— .Ma patôle d’honneur, se dit-il, je crois que Noë a raison, et je vais, si cela continué, v oublier Corisuidre. Ma ion je ne vois qu’un moyen >»e songer à elle et d’y songer sans distractions aucunes, c’csl de lire celte lettre quelle écrit à son amie d’enfance, la femme de l’argentier Loriot.
Et le nrince tira la lettre de son pourpoint et en dénoua le (il de soie sans scrupule.
— Tant pis! se dit-il, c'est l'amour qui me rend indiscret.
Henri de Navarre déplia la lettre de Corisandre. comtesse de Gramont, s’approcha de la lampe qu’il avait placée sur une table et lut :
fit
a Ma clière Sarah. »
Ces premiers mois le tirent tressaillir.
— Sarah! se dit-il ; mais la feoime arec qui je vient de pouptr se nomme Sarah pareillement. Si.... c'eUit elie r
Il iionrsuivit :
a .Ma lettre l’arrivera à Paris, nie aux Ours, dan* ion comptoir dont lu be bouges du jour de l'an à la Saint*
Sylvestre. »
Henri s interrompit rtirore :
— La Saint-Sylvestre est le dernier jour de l'année, se dit-il, c'est-à-dire le trente et un décembre, et, si Cori- «imite dit vrai, maigre ce nom de Sarah, il ne doit y avoir aucun rappot 1 ent > mon Inconnue de ce soir et la femme de l'areent'ef Loriot.
Cette réflexion faite, le prince continua à lire !
« Cette lettre te sera remise, tua chère Sarali, par un jeune gentilhomme de belle tournure et de inA'e prestance,' qui s’en va A Paris pour la pie ai ère fois. C** jeune gentilhomme s'appelle Henri, H nri de Hiirb.ii, prince de Navarre, et la volonté de hMHtt'l h f ine Jeanne d'4llirct, sa mère, l'envoie à P iri« ih'oanitn. Il se pré- •* Minier j chez loi sous le nutii de II nri idot court, et tu
juras pas l'air d’en savoir ni d'en deviner davantage. Mon jeune prince, chère itngtiuniie, est brave, hardi, spirituel , mais il a vingt àiifci. u Comprends-tu?
« Or, ma mignonne, il faut que je te fasse un aveu en rougissant... je l'a. me !
• Je l'aime et il m’ainië, ou du moins II croit m'aimer, « il m'a quittée ce mâiln aux premières clartés de
l'aube, en me baisant le* mains, eu ili accablant ue promesses, jurant de m'aiiuér toujours.
« Mai* les *ei liients d'uti • uf mt de Vingt ans, le temps les emporte, l'al sence iei tHore.,, •
— Tiens! s'interrompit Henri de Navarre, est-ce que Co ria nd re aurait deviné nnnkteora ilrorala entn u i> et le vdlage de Beaogemy... Pour-ulvons :
« Or, je suis jalouse, luit chère S uali, jalouse comme „ une tille d'Espagne, et quelque chose me dit que ce cœur que Henri m'a donne, et qui est lliien. sera pris par une autre, à Paris, si je n*y pftfldt ribde f*
— Pauvre Corisàiidre ! ùiunuura Henri de Navuneen maniéré d'd -parie.
l-a comie?. 'e de Gramoni continuait :
« C’est donc à toi que je m'adresse, Sarah, ma mignonne, et je te conlb- mou Henri.
« Cet abominable Pans est plein de finîmes sédul- . santés et pernicieuses. Mon H rtH est beau, elles me le •\olerout.
« Or, voici à quoi j'ai songé. Il y a bien quatre ou 1 u» | anné ■ lep us que Ul i poQsé l’argentier Loriot, que nous ue nous sommes vues; mais tu doré être plus belle que jamaU, ma Saiah, et je suis persuadée que les gaijüta et h-.* amoureux doivent se mur fondre dans la rue aux Ours des l'entrée de la nuit.
^ « Si U un te voit, — et il te verra, puisqu'il te
porte m i lettré , — il pourrait bien en augmenter le nombre.
«* Heureusement, ma S.ir«h, lu es aussi vertueuse que
I Hlr, i l je te sais, eu outre, mon amie.
u Si Meilri Venait à m'oublier un peu pour songer à t<»i, celle serait que Jtiui-uial; car tu saurais le retenir
I I le ttpùütièf tour à tour tn puisant dans l’arsenal de « oqqeiicrit* que nous autres feuimea nous avoua à notre s- rvicè...
■ Ne comprends- tu pas encore?
« Non. peut-être...
• kh bieu I écouté :
. « Si mon Henri vient à t’aimer, il ne songera |>oint à
toutes ces noble* dames empanachées qui traînent leurs rôties de drap» d‘or dans les corridor* du Louvre. Tu l'ab-orberas complètement, le remettant île jour en jour, promettant sansc*s.se et ne tenant jamais, et lu me l'amèneras ainsi tout duucemeut jusqu’à l'heure de sou départ de Hans.
« Comprends tu ma<nti*iiaut?
« Ooi, n'est -cr* pa-T
« Quand mon Henri sera de retour en Bétru, te retirai bien lui faire payer «cher ses intentions de trahison.
• Adieu, ma bonne Sarah, souviens-toi de notre enfance paa-ée sous les grands arbres du manoir de mon père, et aime-moi toujours.
a le joins à ma lettre quelques lignes sous un autre, pli pour ton vieil époux qui, je l’etpcre bien, mettra son escarcelle, si besoin est, au service de mon Henri.
a Adieu encore.
• Ta Corisandre. »
— Ventre-saint-gris! s’écria Henri de N ivarru quand il eut terminé 1 1 lecture de c< lie h Ure, mais Gurisaiidre est plus rouée qu'une poli-nee! Qui Ile perfidie!...
Henri jetait celte iiiuir. cation aux nuira de sa chambre, qu.in I on gratta doucement à la porte.
— Entn i ! dit-il.
C’ctm N"é.
»— Ali 1 te voilà, dit le prince.
— l)«mel répondit humblement le railleur et spiri t‘.iel jeune homme, je crains que Cori>aulro ne nuosait brou IU s, et...
N< iê s'interrompit en voyant la lettre ouverte que le prince tenait encore à la uiain.
— Ah ! ah! fii-il.
— Corisandre e»t une perfide, dit Henri, cl elle ice payera cher sa tr .bison.
Il tendit la lettre à Noê.
— Tiens, lis! dit-il.
Nuë prit la lettre et s'approcha gravement de la lampe
— Oh! les femmes! murmura H nri avec colère.
— Chut l fit Noé qui lisait attentiveiueilt l’épilrc de la comtesse.
Il la lut jusqu’au bout sans lever la tété, sans laisser échapper line réflexion, et, quand il eut fini, il la rendit ittetioeuremerê a Henri.
— Comment! s’écria celui-ci, cela ne l'éiue i l pa» davantage?
— Non, certes.
— Et tu ue trouves pat?.,. «
— Je trouve que la comtesse est une femme habile, voilà tout.
— Mais... enfin... que ferais -tu à ma place?
— Moi, répoudit Noô, je recacbeterais celle lettre avec soin.
. — Après?
— Et, arrivé à Paris, je la porterais à son adresse.
— Janiai*!
— Je feindrais de tomber amoureux de l’argeutière Sarah, poursuivit Noé...
— Et pois?
— Et puis j'oublierais Corisandre, et je me ferais à la cour une liaison convenable. D.: celle façon je trompera** à la fois Corisandre et sa complice...
Henri haussa les ènaules:
— Ton plan est joli, dit-il, tuais U pèche par la base.
— Eu quoi/ won prince?
— Eu ci: que nous n'irons pas à la cour.
— Bah ! et pourquoi?
— Parce que uous voyageons incognito , a dit ma mère.
— Ce n’est pas uue raison.
— Tu crois ?
— Et je gage que, dans sa lettre, madame Jeanne de Navai re vous conseille, au contraire, de vous présenter à la cour sous uq nom quelcon jue.
— C’est ce que nous saurons à Paris.
— AhI ma foi! dit Noë, puisque vous avez ouvert la lettre de Corisandre, vous pourriez bien ouvrir celle de votre mère?
LA JEUNESSE DU Hpf HENRI.
— Tu as raison, Nuê, mon ami. Aussi bien vais-je le
faire.
Et tandis que N ié renouait le fil de soie qu» scellait naguère N missive de la comtesse de Gramonl.H nride Navarre doroua celui qui fermait la lettre de sa mère. Les instructions du madame Jeanne d’Albret, reine de Navarre, étaient des plus claires et conçues en ces termes:
« Cher prince, mon fi'a,
« Je n'ai point voulu vous dire le but de voire voyage de peur que le funeste amour qui tou* attache à Coritanurc. une femme de plus de beauté que de sagesse, soit dit en passant, ne tous empêchât d'obéir à ma volonté.
« Mais je pene qu'une fois à Paris, tou* serez plus raisonnable , et f-ongem qu‘u« prince héritier du royaume de Navarre, et de-o-ml.int du roi saint Louis, fe doit à la foi* à sa lignée et au bonheur des peuples qu'il aura à gouverner un jour.
« Taudis que vous courtisiez Cori«anr!re , le roi
• Charles neuvième, notre cousin , négociait avec moi un mariwge entre vous et sa me ir Margncri e de France.
» C « st Jonc relativement à ce minage que je vous envoie à Paris.
« M ti*, rumine je me défie des intrigues de madame Catherine de Médicts, qui n'aime point renx de la religion, j’ai voulu que vous arriviez incognito à la cour de France, à la seule fin que vous puisiez voir la princes* j Marguerite et vous assurer qu’elle vous pourra .convenir.
« Le lendemain de votre arrivée, vous irez au Loivre « et demander* z à parler à M. de P.brac, capitaine « dans l-*s garde* de S. M. le roi Clwrles neuvième.
« Vous montrerez à M de P<brac Panneau que je vous a ai donné et que vous pottez au petit doigt de la main a gauche.
« M. de Pibrac se mettra sur-le-champ à votre diso position et vous prtsenlera à la cour de Fiance comme
* un gentilhomme béarnais qui lui est chaudement a recommandé.
a De cette façon, vous pourrez voir à votre aise a madame Marguerite de France, votre fiancée, et
• comme elle est fort belle, je ne doute pas que vous a n eu tombiez amoureux et rie pensiez bientôt plus à » cette intimante de Cunsmidre.
a Tandis que vous ferez à Paris, je ferai de mon côté « mes préparatifs de dépait et je ne tarderai point à a vous aller rejoindre.
« Ce ne sera qu alors, mon cher enfant, que vous e paraitrez avec voire nom et avec vos titres et qualité*.
« Pour tout le reste, fiez-vous- en à M. de Pibrac, « qui a mes instructions, et gardez-vous de paraître n autre chose qu'un pauvre cade* de Gascogne dont et l'escarcelle est mince. »
Là se terminait l'épltre de m: Jaine la reine de Navarre.
— Eh bien, Nui, s’écria Henri qui était fort étonné, que (*nses-lu de tout cela?
— Je pense, répondit Noê, que madame Jeanne, la reine votre mère, a raison.
— Eu quoi?
* — En ce qu’elle vous veut marier mais...
N» ë s'arrêta.
— Ah! voyons le mais ! fit le jeune prince.
— Je ne pense parque madame Marguerite de France •oit précisément la femme qui vous convienne.
— Pourquoi?
- Oh ! je tic sais.
— Mais.», enfin... est-elle laide?
— Au contraire, on la dit fort belle.
— Est-elle... méchante?
— Trop bonne, mou prince, et on dit même...
— On dit...
- Ohl lit N*ë brusquement, ce qu’on dit ne me regard-* pas, âpre* tout. Seulement, elle est catholique.
— Et je suis de la religion.
— Justement. Quand la femme s'en va k la messe et
le mari au prêche, ajouta Noô en branlant la tâte, le nséuace n'est jamais bon»»»
— C’cbI vrai ce que tu dis là» Noê.
— Mais, après tout, madame la reine votre mère est line femme versée en politique et elle a peut-être de bonne* raison* pour conclure ce mariage.
— Eh bien! que ferais-tu à ma place I
— Moi, j’irais à Paris.
— Bin. Après...
— J : un* présenterait au Louvre.
— Très-bien.
— Je verrais madame Marguerite et je prendrais le temps«de réfléchir.
— Aussi bien, dit le prince, ferai-je comme tu te dis.
— Et, en attendant, acheva Noë, je soufflerai* ma lampe et je m'endormirais sans plus songer ni à Coris-andre, ni à ma- lame Alarguer i te de Navarre, ni à celle belle inconue...
— Oh ! par exemple ! dit le prince, ceci est tout à fait different, et puisque CorUandre... Enfin, nous verrons, N<» 6 , mon ami.
Sur ces derniers mots, le jeune héritier du trône de Navarre se gli*sa sous les couvertures, et Noê, lui souhaitant le bonsoir, éteignit sa la-npe.
Un quart d'heure après, Noê d rmait profondément», et 11 petit»* hôtellerie était plonge#» dans le silence.
S-ul, llmri de Navarre ne dur naît pas et commuait à sc demander >i son inconnue étau la tille ou li f- inme de ce gros bourgeois qu elle appelait Samuel. Un bruit lointain d'alu «H, et qui ne tarda pa* à >e rapprocher, arracha le jeune prince à se* m dilations et le fit tressaillir. Ce bruit était celui que faisa ent plusieurs chevaux qui s’en allaient au petit trot et ne tardèrent point à passer devant l'hôtellerie.
Pous-é par une vague curiosité, Henri de Navarre se leva et alla coller sou visage au carreau de croisée.
Il vit alors une troupe de civahm qui, après avoir paru s’éloigner et continuer leur chemin, mettaient pied à terre et semblaient dél bérer. Puis l'un d’eux se détacha du groupe, revint à pied vers l'hôtellerie et frappa à U porie.
Un instant après, l'hôte se leva et alla ouvrir. Le cavalier entra et referma la porte sur lui. En même temps Henri de Navarre, quis'apjiiètntà regagner sou lit, vit un tayou de lumière qui sortait du plancher, et il entendit fort d slinclemeul la voix de soi) hôte.
La chambre qu'occupait le prince était placée audessus ne la cuisme, et ce rayon de lumière, qui filtrul, à travers une fente du plancher, provenait d'une I au j»e que l'hôtelier venait d'allumer pour introduire l’étranger. Alors Henri d»* Navarre s'accroupit sans bruit spr cette lente et regard 1...
L’hôte causait à nu- voix avec le cavalier, et ce ci ralicr. Henri le reconnut suMe champ. G était maître hernie Florentin.
— Oh! uh! pensa le prince, je crois qu’il est bon d’év»iller Noê. Peut-être faudra-t-ii bientôt jouer de la rapière
Le jeune prince s’avança vers le lit de Noê à pas de loup et le toucha légèrement.
— Qui est la? demanda Noë qui s’éveilla en sursaut.
— L'est moi; tais- toi! souffla Henri qui lui plaça la
main sur la bouche. *
Puis il se pencha à son oreille et lui dit tout bas :
— Lève-toi sans bruit , viens voir et ccouter avec moi.
Noë ne comprenait pas, mais il se leva, et, condui» par le prince, il se laissa entraîner jusqu’à la fente du parquet, s’accroupit et regarda.
Le cavalier que Henri de Navarre avait reconnu pour être le parfumeur dp la reine-mère, maître Reoe le Flo- *
rentin, s'ôtait assis surom escabeau et avait le» jambe*
Digil
croisée» en homme qui a l'habitude de se mettre à son aise.
Devant lui, son bonnet de laine au poing, se tenait respectueusement l'hOtelier qui avait toujours sa lampe à la main.
— Naître hôtelier, disait le Florentin, vous ne me connaissez pas?
— Non, messire.
— Mais vous avez ouï parler de la reine- mère, madame Catherine de Médicis?
— Aht Jésus-Dieu 1 fit l'hôtelier qui salua avec un
respect plein de terreur. §
— Et... vous savez lire ?
— Assez couramment, messire.
Alors, regardez donc ceci.
Le cavalier ouvrit son pourpoint et en relira nn parchemin qu'il déplia cl mil sous les veux de l'hôte.
Ce parchemin portail le sceau cl les armes de France et il était couvert de trois lignes d'une grosse écriture fort lisible :
« Ordre, disait-il, de laisser passer le porteur et au kjom, s'il le requérait, de lui oteir.
■ Caiuuuse. »
Ljbôtelier tout tremblant s'inclinant:
Je suis bon catholique cl sujet lidéle, balbutia-t-il, croyez- le bien, monseigneur, et...
•^>11 ne s'agit point de cela, imbécile, interrompit brusquement le Florentin. Il s'agit de me répondre.
L’Iiôte respira.
Kcné poursuivit:
— As-tu des voyageurs ici?
— Oui, messire.
— Combien?
— Cinq.
— Ühl ohl lit René. Et parmi eus, n’as-lu pas une jeune femme fort belle, voyageant avec deux hommes 7
— Un gros bourgeois et un domestique, oui, messire.
— C'est cela, dit René.
— Et... quels sont les autres voyageurs?
— Deux jeunes gens, deux gentilshommes qui paraissent venir de loin, du Midi.
— Oh ! oh t grommela encore René dont l'œil s'illumina et brilla d'une sombre joie, qui sait ri ce ne sont pas mes deux drôles de la nuit dernière qui m'ont si bien .accommodé sur la route?
lient i de Navarre et Noé, l’oreille collée à la fente, écoulaient et ne perdaient nus un seul mot de cette couvemlion, bien qu'elle eût heu à voix basse.
Le Florentin reprit :
— Voyons 1 comment sont-ils vêtus?
— Us ont des pourpoints de drap gris et dis feutres
lions.
— Rien... et leurs chevaux?
L'un est blanc sale, l'autre bai-bruu.
irdieuf € est bien cela.
Mre Seigneurie les connaît?
urn<
aut-pup.
’LjC Florentin parut réfléchir un moment.
^fcpOù sont-ils couchés? demanda-t-il.
■?Àu premier etage, là-haut.
• Dans la même chambre?
■»- Oui, messire.
— El la femme?
— Dans une pièçe à côte.
— Esi-dle seule dans la chambre qu'elle occupe?
— Oui, mais le gros bourgeois est dans un cabinet voisin.
— Et le domestique?
— U est avec le valet de ferme, dans l’écurie.
— Très-ban, dit le favori de la reine-mère, maintenant, tiens-tu à la peau Y
L'hôte frissonna.
— Four peu que lu y tiennes, poursuivit René, et qae tu aies quelque répugnant* à être pendu au bout
d'une branche d'arbre, en face de ton auberge, je te conseille d’aller éveiller ta femme et tes enfants si tu en as...
— Mon Dieu ! exclama l’hôte effrayé.
— Tu les emmèneras avec toi et vuiis irez achever votre somme sous un arbre ou sous une meule de foin. La nuit est belle, et vous aurez du malheur si vous vous enrhumez.
— Mais, balbutia le pauvre hôtelier consterné, vous voulez donc me chasser de ma maison, monseigneur?
— Non, je t'invite à m’y laisser maître pendant quelques heures, voilà tout.
— Et je pourrai y rentrer?
— Au sou il levant. Tu as l'air d'un bon diable et Je défendrai à mes gens d'y mettre le feu.
— Mais... qu'allez- vous donc faire ainsi, seigneur Dieu?
— Ce sont mes affaires. Seulement, je vais te donner un conseil : si demain, en rentrant dans ta maison, tu trouves quatre cadavres, ceux des deux gentilshommes, celui du bourgeois cl celui de son valet...
— Eh bien? demanda l'hôtelier qui sentait ses cheveux se hérisser.
— Tu creuseras un trou dans ton jardin et tu les enterreras...
— Mais... les gens de justice?...
— D’aliord ils lie sauront rien. Ensuite, s’ils apprennent quelque chose, tu leur diras mon uoui. On m'appelle Renc le Florentin.
Ce nom de René était tans doute bien connu de l'hôte, car il tnanifr?ta un violent effroi et prit l'altitude pleine d'humilité d'un homme qui craint pour sa vie.
Le favori de la reine-mère se leva alors et ajouta :
— Maintenant dépéche-loi, drôle, et déguerpis au plus vite!
Il lit un pas vers la porte, afin tans doute de rejoiudre le* fetafiers qu’il avait laissés sur la route.
Mais avant qu’il l'eût ouverte, un homme se montra sur la dtrmcre marche de l'escalier qui prenait naissance à la cuisine cl conduisait au premier etage.
Cet homme avait une arquebuse à I épaule et il ajustait le Florentin.
Ce dernier, muet de stupeur, laissa retomber la main qui tenait déjà le lo juet de U porte.
L'homme a l'arquebuse, c'est-à-dire Henri de Navarre, fit trois pas vers Renc et lui dit ;
— Si tu ne veux que je lue comme un chien, maître drôle, tais-toi, et garde-loi de bouger.
IV né le Florentin avait bien une épée au côté et une dague au flanc, mais il n’avait pas d armes à feu, cl il comprit sur-le-champ que son adversaire de la veille, — qu’il avait reconnu du reste, — lui euverrait uue balle dans le crâne avant qu'il eût dégaine.
Le prince ne tourna point la tête, n’abaissa point le canon de l'arquebuse, mais il dit :
— Nue, mou ami, approche-toi de monsieur.
Noô, qui sc tenait derrière le prince, s'avança vers René, tout en jetant vers l'hôlelier stujicfail un regard dominateur.
— Que fjut il faire de ce parfumeur? demanda-t-il de sa voix fraîche cl railleuse.
— Lui demander son épée d’abord, mon mignon.
— Bon 1 dit le jeune homme :
El, s'adressant à René :
— Pour un favori de la reine Catherine, dit-il, j’avoue que vous n’avez pas de chance, mon cher sire ; car vous venez de tomber dans nos mains comme un rat en une souric èrc, Baillez-moi votre épée de bonne grâce.
René, ivre de rage, protesta d'un geste et sembla vouloir résister.
— tiare 1 Noé, cria le prince, range- loi, je vais foire feul...
Le Florentin pàbt, mais il se croisa les bras et Noè lui détacha son épée qu’il portait avec un ceilnuron.
— Maintenant, prend s-lui sa dague, continua le prince.
Noé »’ciu ( >ara de U dague comme il avait déjà pria
l’épée.
LA JEUNESSE DU Itn! H ENItl.
Lt pAMaga Kcm.
— El puis, ajnula Henri de Navarre, comme il *e pourrait faire «pie monsieur eût nuelioc couteau ou quelque pistolet dans ses poche*, fouillc-lc donc, mon mignon.
Le jeune homme jeta aux pieds du prince l'épée et la dague, fouilla lieue Olit remuait de nge* mil! que la gueule Itêa nie de rarquebuse rendait docile, et il relira de ses poches une bourse fort hL» garnie et ioute rondelette, ainsi que le parchemin que tout à l'heure rilahen avait mis sous les yeux du malheureux hôtelier.
Alors le prince abaissa son arquebuse et dit à l'hôtelier :
— Prends cet argent. Monsieur avait oublié de le le donner pour acheter le droit de nous occire cl d’enlever la jolie dame d’en haut.
— Prends donc, imbécile I ajouta K»ë. U est probable lie monsieur n’aura plus bientôt besoin de rien.
René sentit une sueur froide perler à son front.
— Lt chéri lie- nous une !> nne corde neuve, ajouta le princ.
— Ma foi! pensa I’Iiôh'Ier, apres tout, ce» gentilst.blionmi' - sont plus raisom ahles que le Florentin : ils me paient. Lu lioiinê'.c homme que je suis, je dois les =2rvir.
Et l'hôtelier dé tacha une corde qui servait dans la cuisine à faire sécher du linge.
Le prince dit à Kcné :
— On ne vous tuera pas, maître parfumeur, à moins que vous n'essayiez de crier. Ainsi tenez-vous tranquille < t laissez-vous garrotter g« ultmenL Au premier cri ie relève mon arquebuse et je vous envoie chez le diable perler vos huiles et vos cosmétiques.
Puis le prince lit mi signe.
N* ê donna un croc en jambe \ René, tandis que l’hô- U hcr le saisis -ait par le.* épaules. L'hôtelier était replet 1 1 courtaud; il avait une vigueur de taureau, et il garrotta maître René le Fiofntin avec une dextérité sauf
u i>»u .-uc iih. a .uu»c epreuve.
— Faut-il le lAillonner? ajouta-t-il naïvement.
— Sans doute.
L'hôte prit sou mouchoir et bâillonna le parfumeur.
— Voilà, dit-il*
René se tordait «commit, cherchant à rompre scs liens, et mordait son Millon avec fureur.
— Maintenant, du le prince, tu vas descendre monsieur à la cave et tu l’y laissera* quelque» heures, jusqu’à demain soir, par exemple.
Comme dans lion nombre d'hôtelleries de province, l’entrée de la cave se trouvait dan» la cuisine mciue, à du te du comptoir sur lequel bridaient les |iots d etaiu et les croches de grés, et cette entrée était fermée par une trap|ie que l'hôte s'empressa de soulever.
— Eh hienl ordonna N"ô, charge monsieur sur tes épaules et descends-le dans ton caveau lu plus profond.
L'arquebuse île Henri de Navarre opérait de tels miracles que le digne cabaretier u hésita pas un seul instant.
Il prit dans ses bras robuste» le favori, réduit à l'impuissance, et disparut avec lui dans le» prof ndeurs de la cave.
Aior- Henri et N d tinrent conseil.
— Tout cela est fort bien, dit le prince, mais...
— Mais... quoi ?
— Ces hommes armés qui «ont «qr la route?
— Lh bien?
— Quand ils verront que leur poallre larde à venir, ils cerneront la maison, enfonceront les porte» et nous ne pourrons tenir lungiemps conte eux tous,,,
— C’est vrai, dit Ni.ê, mai» j'ai une idée.
— Laquelle?
— Tandis que vous aile z éveiller le bourgeois et sa femme...
— La femme, très-bien, dit le prince, mais le bour-
0Mb .. à qiioi bon?
— Ah! ilenr>, murmura N é, voilà que vous punisses René le Florentin, et que vous songez à l’imiter, e’e»t un peu léger...
Le prince se mordit les lèvres.
— Soit, dit-il, j’éveillerai le bourgeois. Apvée.
— L*î iMiiug ois et si femme. .
— Bon! Ensuite?
— * LT ôte lier ie a deuz portes ; l’une lue «ntt, <* qui donne sur la mute, l’autre qui va daos la bas?e-cour et le jardin.
— Très bien.
— J’ai remarqué b*ut cela dans la journée. U bassecour a une issue dans les champs. Le bourgeois, sa femme et nous-mêmes, nous pouvons très-luen monter Achevai dans U basse cour, prendre le tuilier garni de sau'cs qui «‘St au bout et partir au grand galop... pour rejoindre U route après un long détour.
— Pat lait, dit le prinée; mais les hommes A cheval?
— Je m’en charge...
— Th?
— Moi, dit froidement Noé. Allez éveiller le bourgeois et sa f. nnne.
H«wi de Navarre ne devinait pas trop ce que voulait faire N é. mais il avait une certaine confiance dans les . ressource» d'esprit du jeune homme et il répondit :
* — Soit, agis comme lu l’entendras, h L'hôte remonta de la cave.
W — Mon bon ami, dit N c. il y a ici près une trentaine d’homme» qui, dan» une heure, ne voyant pas revenir mesure René le Florentin, s’empresseront de mettre le feu à ta maison et te lu endroit, toi et les tiens, au i branches du saule de ta ba»se-«‘our.
— Que dites-vous? exclama l’hôte dont les cheveux se hérissèrent.
— - La vérité, mon bonhomme.
N>*é entr’ouvrit la porte et lui montra les cavalier' sur la route.
— Jésus Dieul je suis un homme perdu, balbutia le Ulaisois.
— Non, si tu fais ce que je vais le dire.
— Voyous? interrogea l'hôte en regardant Noé.
, Celui-ci continua :
— Tu vas rejoindre ces cavaliers et tu leur diras ï V ous attendez votre maître, monseigneur Rene le Florentin, n'est-ce pas? — Oui, te rep n Iront-ils. — Eli bien 1 diras-tu en clignant de l’œil, il n’aura pas besoin de vous pour Pilotant... la «lame a fini par »«.* montrer accommodante.. .et il vous engage a l’aller attendre à Or. Iéa«<s en emportant ees trente in. les que ‘voua.
En parlant ainsi, N><ë prit dan» !a poche de l’hôte la bourse de René le Florentin, en vidi le contenu sur une table, puis, sur ce «ontenu, prit trente pisloles qu'il remit dans la bourse.
L’hôte soupir « profondément.
— Il faut bien faire la part «lu feu. Ait le jeune homme; porte-leur la l*out»e de leur maître; grâce A elle, ils te croir ni sur parole.
— Donnez, du l’hôte soupirant toujours.
— Et, ajouta Nuê, comme il faut prévoir les trahisons, et que tu pourrai» 1res- bien le» avertir de ce qui vient de se pa-ser, je te jure que, si lu ne revien» seul, je met» le feu a ta maison et je fai» sauter le crâne à la Itinuii! d’un coup d’arquebuse.
Celte dernière menace acneva de gagner l’hôL lier A la cause de» Joui jeuu s g- us.
Il prit la bo»r»e coule naul les trente pistoles et s'élança sur la rouie.
— ViP-, Heurt I vile! dilNoâ, éveillons le bourgeois, et parlons.
Lu prince «'arma d’un flambeau, et toujours son arqui bure sur l'<paub., il moula au premier étage et fiuppu A la clo.siui qui séparait sa chambre de la chambre oc> upce par la jeune lemuie.
— Qui est la? demanda celle-ci d’une voix treinliianie,
— Ouvrez, madame, ouvres...
— Qui esl la? répéta le bourgeois qui avait entendu fra «per
— Il y va de votre vie, insista l«< prince, ouvrez...
La belle voyageuse vint ouvrir deim-vèiue.
— Mou Dieu I s’écria t-eile, qu’esi-ce doue encore?
— N eliez-vous pa« la nuit dernière sur la route de Tour» à Blois? demanda le prince.
— Oui, mewire..
— Un homme vous poursuivait.
— Oui... oui., fit-elle en pâlissant.
r- Eh bien! cet homme vou« |*oursuit encore... il a c« mé la maison, et »ans non* vous * liez perdue!
Alors le prince raconta brièvement au bourgeois et à sa femme ce qu’il venait de voir, d’entendre et de faire, ajoutant :
*— Habillez-vous sur le-ehamp, ne perdez pas une minute... je vais seller les chevaux, il faut partir...
Un quart d’heure après, en « Hct, les hommes de René le Florentin s’é trient éloignés, et le bourgeois la jeune femme et leur valet montaient A cheval et prenaient le sentier qui s’enfonçait dans le» champ*.
Le bourgeois s était confondu en actions de grâce ; il avait juré aux deux gentilshommes qu’il n oublierait jamais qu'il leur «levait l’honneur et la vie; mais il n’avait point répondu lorsque Uenri de Navarre lui avait offert de r. ccompagmr et de lui servir d’escorte, lui tt N'-è, jusqu’à la ville prochaine.
— Allons 1 murmura le prince en mettant A son tour le pie«l A l’etrur, je suis fixé maintenant : c’est le