ACTE I
VADAME HUGUET.
' C'est justement pourquoi-, Si nous donnions l'exemple, il serait tout à toi.
PHILIPPE
Mais il a renoncé lui-même à la produire.
MADAME HUGUET
Oui, jusqu'à ce qu'il trouve accès p'our l'introduire. Il cherche un patronage appuyé d'un beau nom, Et c'est sur nous qu'il a jeté les yeux.
PHILIPPE.'
Eh, noni
MADAME HUGUET
Sois sûr que c'est le prix qu'il met à ses services.
PHILIPPE
En tout cas je suis prêt à bien des sacrifices, Dont ma candeur imberbe aurait jadis frémi, Mais pas à celui-là.
MADAME HUGUET
Pourquoi donc , mon ami Ne coudoyons -nous pas tous les jours dans le monde Des femmes contre qui la médisance abonde?
PHILIPPE
Mais on ne fait pas même à madame Joulin L'honneur du mot couvert et du propos malin : On en parle tout haut. Tout Paris l'a connue Maîtresse de Joulin, maîtresse entretenue De Joulin marié , qu'elle grugeait très-bien , Et qui, vçuf, l'épousa pour rattraper son biçn.
MADAME BUGUET
S'il était vrai, Joulin ne vaudrait pas mieux qu'elle, Et tu ne devrais rien accepter de son zèle.
— Une bonne habitude à prendre est de ne point Penser de mal des gens dont nous avons besoin.
— Pour madame Joulin, moi , je vois qu'elle 5igne
Le nom d'un honnête homme et veux l'en croire digne; Quel que soit son passé, rien n'en reste debout; Le mariage a fait table rase de tout;, * Et pour le demeurant si quelque chose y cloche , L'indulgence est le droit des femmes sans reproche, C'est le mien.
PHILIPPE
Tu diras tout ce que tu voudras, C'est une lâcheté que je ne ferai pas.
Je ne veux exposer ni ma sœur ni ma mère Au contact flétrissant de cette aventurière.
MADAME nUGUBT. .
Ta sœur part dans huitjours^ et moi j'ai cinquante ans.
Et ta nièce? — En un mot, je ne veux pas.
MADAME HUGUET
J'entends.
PHILIPPE
D'ailleurs, monsieur Joulin n'y songe pas lui-même, Et nous le séduirons sans ce moyen extrême.
MADAME HUGUET
C'est ton seul protecteur, mon enfant; songes -y, Et ne le laisse pas échapper.